Cataracte : une chirurgie en pleine transformation

Avec plus d'un million d'interventions chaque année en France, la chirurgie de la cataracte poursuit son évolution. Au-delà des progrès techniques, l'enjeu est aussi de préserver l'autonomie et la qualité de vie des patients.

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Chirurgiens qui opèrent un patient au niveau des yeux

Tout commence souvent par de petits renoncements. Ne plus conduire la nuit. Éviter les sorties lorsque la pluie ou la pénombre rendent les déplacements plus incertains. Demander à un proche de lire certains documents ou de se faire accompagner pour les courses. Peu à peu, la cataracte ne brouille pas seulement la vision. Elle réduit « le champ » des possibles, restreignant l'autonomie et compliquant les gestes les plus ordinaires.

Cette opacification progressive du cristallin, principalement liée au vieillissement, touche une grande partie des personnes âgées (plus de 20 % des plus de 65 ans sont concernés en France selon l'Assurance maladie) et constitue la première cause de chirurgie oculaire en France. Chez les personnes vivant avec un diabète, une maladie neurologique ou un autre handicap, elle peut venir accentuer des limitations déjà présentes et fragiliser davantage l'indépendance au quotidien.

Une opération parmi les plus sûres

Avec plus d'un million d'interventions réalisées chaque année en France, la chirurgie de la cataracte est devenue l'une des plus pratiquées. Elle est aussi l'une des plus sûres et des plus efficaces, avec un très faible taux de complications. Le nombre d'interventions continue d'augmenter d'environ 3 % par an, sous l'effet notamment du vieillissement de la population. Et cette chirurgie très maîtrisée n'en finit plus d'évoluer. Robotique, nouveaux parcours de soins, chirurgie des deux yeux le même jour, prise en compte accrue de la qualité de vie… les changements concernent autant l'organisation des soins que la façon d'évaluer les bénéfices pour les patients.

Des parcours plus simples pour les patients

Depuis une vingtaine d'années, l'anesthésie locale et la chirurgie ambulatoire ont considérablement allégé la prise en charge. Mais certains hôpitaux vont encore plus loin. À la Pitié-Salpêtrière à Paris, les équipes expérimentent un parcours dit « fast-track » (« procédure accélérée » en français), conçu pour fluidifier le passage des patients et désengorger les blocs opératoires conventionnels. Pour les personnes âgées, celles dont la mobilité est réduite ou celles qui dépendent d'un proche aidant, ces parcours plus fluides peuvent se traduire par moins d'attente, moins de fatigue et un retour plus rapide au domicile.

Quand le bloc opératoire se réinvente

Concrètement, certains hôpitaux expérimentent des « mini-blocs » dédiés aux interventions les plus simples. À la Pitié-Salpêtrière, les opérations de la cataracte sont réalisées dans une structure compacte et stérile, le Surgicube®, installée à proximité du bloc mais indépendante de celui-ci. Ce dispositif permet d'intervenir dans un environnement sécurisé tout en réservant les salles d'opération classiques aux actes plus lourds. Le Pr Bahram Bodaghi, chef du service d'ophtalmologie de l'hôpital, explique que ce système permet de « libérer de l'espace au bloc conventionnel ». Il souligne également que « la sécurité des patients est parfaitement respectée » et que « les complications demeurent exceptionnelles ». Plus de 2 000 patients bénéficient chaque année de cette organisation à la « Pitié ». 

Une seule opération pour les deux yeux ?

Traditionnellement, les deux yeux sont opérés à quelques semaines d'intervalle. Cette organisation implique deux interventions, deux périodes de récupération et autant de déplacements. Le Pr Dominique Monnet, du CHU Cochin à Paris, considère que la chirurgie bilatérale immédiate illustre bien les nouvelles exigences de la médecine moderne. « Il ne s'agit plus seulement d'évaluer la sécurité ou l'efficacité d'une intervention, mais aussi son bénéfice concret pour les patients », souligne-t-il. Déjà pratiquée dans plusieurs pays européens, cette stratégie a été évaluée dans l'étude BICAT-NL, publiée en 2023 dans la revue scientifique The Lancet. Réalisé auprès de plus de 800 patients, cet essai a montré que les résultats visuels étaient comparables à ceux obtenus lorsque chaque œil est opéré séparément et que les complications graves restaient exceptionnelles.

L'étude suggère également qu'une seule intervention pourrait réduire le nombre de consultations et de déplacements, sans perte de qualité pour les patients. Une telle organisation pourrait aussi alléger la charge pesant sur les patients et leurs proches, avec une seule période de récupération et, pour beaucoup, moins d'appréhension et de stress liés à l'intervention.

La robotique entre progressivement au bloc opératoire

La robotique, déjà bien implantée dans d'autres domaines de la chirurgie, commence aussi à trouver sa place en ophtalmologie. « La chirurgie de la cataracte est l'intervention chirurgicale la plus pratiquée en France et dans le monde, toutes spécialités confondues », rappelle le Pr Jean-Louis Bourges, du CHU Cochin. Face au vieillissement de la population et à l'augmentation continue du nombre d'interventions, les nouvelles technologies pourraient apporter une aide précieuse aux chirurgiens. Le robot Polaris, spécialement développé pour cette chirurgie, a déjà été utilisé chez dix patients. « Il a permis d'opérer dix patients en toute sécurité. Son parcours vers nos blocs opératoires est donc désormais engagé après cette première phase d'évaluation clinique », précise le spécialiste. L'objectif n'est pas de remplacer le chirurgien mais d'améliorer encore la précision et la reproductibilité des gestes.

Ce qui compte vraiment pour les patients

Longtemps, le succès d'une opération se mesurait essentiellement en dixièmes de vision gagnés ou en absence de complications. Désormais, les spécialistes veulent aussi savoir ce que les patients recouvrent dans leur vie quotidienne. Peuvent-ils lire plus facilement, reprendre leurs activités ou dépendre un peu moins de leur entourage ? Pour cela, les médecins s'appuient de plus en plus sur des questionnaires appelés PROMs (Patient-Reported Outcome Measures). Renseignés directement par les patients, ils servent à évaluer l'impact concret d'une intervention sur la qualité de vie, l'autonomie ou encore les activités quotidiennes. Le Pr Dominique Monnet rappelle que ces outils permettent « d'intégrer la perspective du patient en mesurant l'impact fonctionnel réel de l'intervention sur la qualité de vie, l'autonomie et les activités quotidiennes ». Cette évolution traduit un changement de regard. Au-delà des performances techniques, la réussite d'une intervention se mesure aussi à ce qu'elle permet de préserver ou de retrouver dans la vie de tous les jours.

© loonger de Getty Images Signature / Canva

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