De prof à clown, le récit fracassant d'un sourd en fauteuil

Atypique. C'est probablement l'adjectif qui définit le mieux Fabrice Bertin. Lui qui "cumule" surdité et handicap moteur joue à fond la carte "hors norme". Prof d'histoire-géo à la base, il est en passe de devenir clown professionnel...

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Pendant treize ans, Fabrice Bertin a formé des citoyens en devenir, mené des recherches et milité pour la reconnaissance de la langue des signes française (LSF). De 1997 à 2010, cet enseignant intervient auprès d'élèves locuteurs de la LSF et leur transmet sa passion pour l'histoire. Une histoire qui, à son grand désespoir, occulte en partie la culture sourde. Mais il a de nouveaux projets... Il officiera bientôt à l'hôpital auprès d'enfants ou en EHPAD auprès de personnes âgées. Sourd de naissance et en fauteuil roulant à cause d'un syndrome cérébelleux, il a ajouté un nez rouge à sa panoplie. Il sera un jour clown professionnel, dès sa formation achevée. 

Faire connaître l'histoire des sourds

« Je souhaitais faire prendre conscience à mes élèves qu'il existe une histoire des sourds, et pas seulement une histoire d'audition », affirme-t-il. Cette idée, il l'approfondit au cours d'une thèse qu'il mène de 2010 à 2015, sur Auguste Bébian, promoteur d'une éducation bilingue (langue des signes/langue française). Dans le sillage de Bébian, Fabrice Bertin, devenu docteur en histoire à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) puis auteur de plusieurs livres dont Le théorème de la chaussette, a souhaité apporter sa pierre à l'édifice au sein de l'Education nationale mais sans succès. Il en claque la porte en 2010. Aujourd'hui, 3 % seulement des enfants sourds français bénéficient d'une éducation en LSF et les autres ont, en moyenne, une heure hebdomadaire d'enseignement de la LSF, selon le chercheur. « 200 ans après Bébian, on n'est pas très avancé », constate-t-il à regret.

Dénoncer l'audisme

Face à cet immobilisme, Bertin voit dans le clown un nouvel outil pédagogique et militant pour transmettre son message autrement et dénoncer « l'audisme », soit l'ensemble des attitudes oppressives et discriminatoires envers les personnes sourdes dans la société, adoptées de façon consciente ou non. C'est dans les manuels scolaires, les livres d'histoire et l'actualité contemporaine (Coluche, notamment) qu'il est interpellé par la figure, parfois historique, du clown. « Les bouffons du roi m'ont toujours inspiré. Ces personnages pouvaient dire la vérité sans se faire couper la tête grâce à leur apparence un peu niaise, ridicule. Ils s'exprimaient beaucoup par métaphore aussi, pouvant tout se permettre. C'est poétique, magique, il n'y a pas d'agressivité », affirme l'ex-professeur.

Un personnage haut en couleurs

En février 2023, il entame donc une formation au sein de l'école Bataclown, compagnie de clown-théâtre implantée dans le sud de la France. Ce projet était dans les cartons depuis quelques temps mais n'avait pas pu voir le jour. En cause ? Des lieux de stage inaccessibles et un manque de financements. « Je cumulais les difficultés. Un clown sourd, c'est déjà compliqué, alors que dire d'un clown sourd en fauteuil... Pourtant, j'ai trouvé dans ce personnage hors norme quelque chose qui me ressemblait », relativise Fabrice Bertin. Son objectif ? Apporter de la joie et montrer qu'il n'y a rien de dramatique à être sourd et en fauteuil roulant. Son nez rouge est déjà prêt. Même le fauteuil roulant est customisé pour parfaire ce personnage haut en couleurs.

© Fabrice Bertin

Fabrice Bertin, déguisé en clown, qui met la main devant sa bouche.
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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