Diabète de type 2 : l'hérédité comme levier de prévention

Souvent familial, le diabète de type 2 reste pourtant diagnostiqué trop tard, une fois les premières complications installées. Un retard qui peut transformer une maladie chronique en bascule vers le handicap.

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Homme tenant un stylo de surveillance de la glycémie

« On peut vivre des années avec un diabète sans le savoir », rappelle le Pr Emmanuel Cosson, diabétologue, dans l'émission PuMS (Pour une meilleure santé). Près d'un tiers des personnes diabétiques ignorent leur état, selon l'Association diabète suisse. En cause : une progression lente, sans symptômes visibles. Résultat, le diagnostic survient parfois au moment où apparaissent déjà des atteintes graves. Ce paradoxe interroge : alors même que l'hérédité est un facteur de risque majeur - en France, 60 % des personnes vivant avec un diabète de type 2 ont des antécédents familiaux d'après la Fédération française des diabétiques - pourquoi le dépistage reste-t-il si tardif ? Il semblerait qu'il n'y a pas assez de prévention ciblée chez les personnes à risque familial.

Deux types de diabètes à différencier

Il faut d'abord rappeler qu'il existe deux types de diabètes. Si ces deux maladies concernent toutes deux le sucre dans le sang, elles fonctionnent très différemment. Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune où le corps ne produit plus du tout d'insuline : c'est une panne sèche totale qui nécessite des injections vitales dès le début. À l'inverse, le diabète de type 2, qui concerne 90 % des malades, est une maladie progressive. Le corps produit encore de l'insuline, mais il l'utilise mal (résistance) ou finit par s'épuiser. Cette forme est particulièrement traître car elle peut rester « en sommeil » pendant des années, sans aucun symptôme visible, tout en abîmant silencieusement les organes, jusqu'à l'apparition de complications micro et macrovasculaires.

Quand la maladie devient handicap

Derrière le diagnostic tardif du diabète de type 2, une réalité brutale : l'entrée dans le handicap. Ses complications peuvent être tout aussi graves que celles du type 1. Si les causes de la maladie diffèrent, les conséquences d'une hyperglycémie chronique sur les vaisseaux et les nerfs sont identiques. Elles peuvent entraîner amputations, cécité ou maladies cardiovasculaires. Autant de situations qui bouleversent la vie professionnelle et sociale. Fatigue chronique, douleurs, limitations fonctionnelles… autant de freins à l'emploi. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) intervient alors souvent trop tard, une fois la désinsertion amorcée.

Une hérédité connue, mais peu anticipée

Le lien génétique est pourtant bien établi et augmente significativement le risque. Lorsqu'un parent est atteint, le risque pour l'enfant est de 30 %, et dépasse 50 % si les deux parents le sont. Mais cette information peine à se traduire en stratégie de prévention efficace. Un contact de la Fédération française des diabétiques explique ainsi que le diabète de type 2 est souvent découvert par des médecins généralistes, mais qu'il y a un manque d'organisation pour le suivi précoce et l'éducation thérapeutique en dehors des hôpitaux. Il souligne que c'est d'autant plus préoccupant que les mesures sont les plus efficaces au début de la maladie. Des campagnes récentes insistent sur cet enjeu, mais le dépistage reste encore trop opportuniste, souvent réalisé au détour d'une prise de sang tardive. Un angle mort qui interroge les politiques de santé publique.

Mieux dépister pour éviter le pire

Les solutions existent pourtant : dépistage précoce, suivi régulier, accompagnement nutritionnel et activité physique. Des mesures simples qui peuvent retarder, voire éviter, les complications. « Plus on agit tôt, plus on peut prévenir le handicap », insiste les professionnels de santé du secteur. Certaines études, dont celle intitulée DiRECT (Diabetes Remission Clinical Trial), publiée en 2018 dans The Lancet, montrent même qu'une perte de poids significative peut conduire à une rémission dans près de 46 % des cas à un an. Reste à transformer l'essai : faire du risque héréditaire non plus une fatalité silencieuse, mais un levier d'anticipation. Car dans le diabète, ce n'est pas la maladie qui surprend le plus… c'est le moment où elle frappe. Pour briser ce cycle, la Semaine nationale de prévention du diabète, qui se déroule du 1er au 8 juin 2026, place l'hérédité au centre de sa 15e édition.

© halfpoint / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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