Dès les premières images, Sorda (sourd en espagnol) frappe juste. Pas de discours surplombant, mais une inquiétude intime : « Saurai-je être mère ? ». Angela, femme sourde, attend son premier enfant. Une question universelle, traversée ici par une réalité encore peu représentée au cinéma : celle de la parentalité en situation de handicap. Le film, salué par la critique et récompensé à plusieurs reprises - dont trois prix aux Goya - met en lumière une expérience souvent absente des écrans, celle d'un quotidien où tout, ou presque, reste pensé pour les entendants.
Une maternité encore invisibilisée
Derrière cette histoire, une réalité bien concrète. En France comme ailleurs, les femmes sourdes font face à de nombreux obstacles dans leur parcours de maternité : accès à l'information, suivi médical adapté, communication avec les professionnels de santé. « Comment accoucher face à une équipe médicale 100% oralisante ? », « Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie souvent d'inclure ceux qui n'entendent pas ? » pose le film. Entre doutes, projections et pression sociale, Angela incarne une maternité à la fois singulière et universelle.
Quand l'accessibilité devient un langage
Autre singularité du projet : son attention portée à l'accessibilité. Le distributeur Condor Distribution propose une « affiche parlante », permettant aux publics non-voyants d'accéder à l'univers visuel du film de manière autonome (Aveugles : les premières affiches de films parlantes!). Co-écrite par David Colard et Raphaëlle Valenti, l'audiodescription de l'image fixe est une petite révolution technique.
Représenter sans enfermer
Avec son actrice principale, Miriam Garlo, première comédienne sourde récompensée aux Goya, équivalent du César en France, Sorda évite l'écueil du pathos. Ici, pas de récit héroïsant ni misérabiliste, mais une plongée sensible dans l'intime. Au-delà de l'aspect technique, Sorda est un film sur la transmission et le courage. La peur de ne pas entendre les pleurs de son enfant ou de ne pas pouvoir communiquer pleinement est un sujet profond, rarement abordé sur grand écran (sauf dans les célèbres Famille Bélier et Coda, l'adaptation américaine). Le long-métrage questionne aussi l'identité : être mère, être sourde, transmettre une langue, une culture, un rapport au monde. Au fond, Sorda ne parle pas seulement de surdité. Il interroge notre capacité collective à faire une place à toutes les parentalités.
©Condor


