Ecole inclusive : le compte n'est pas bon !

L'école française est-elle inclusive ? Jean-Luc Duval,président du CCH*, conteste un récent rapport du Cnesco,qui " sème la confusion ".Selon ce père de deux garçons autistes,le bilan est nettement plus alarmant.Il ne se prive pas de le dire...

17 février 2016 • Par

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*Collectif citoyen handicap, association parentale

Une semaine à peine après la parution du rapport du comité des droits de l'enfant de l'ONU (article en lien ci-dessous), en février 2016, un nouveau rapport portant l'étiquette du Cnesco (Conseil national de l'évaluation du système scolaire) fait la une de plusieurs quotidiens et sites sous les traits d'un article rédigé par l'Agence France presse (AFP), au titre suggéré et évocateur, « Les élèves handicapés mieux inclus à l'école qu'au collège » (en lien ci-dessous), qui laisse penser que plus de la moitié des enfants atteints de handicap seraient scolarisés…

Un rapport du comité des droits de l'enfant de l'ONU sans ambiguïté

Le rapport de l'ONU se présente pour sa part comme un rappel à l'ordre en direction de l'Etat français qui, plus de 10 ans après la loi du 11 février 2005, n'est toujours pas parvenu à mettre en œuvre une scolarisation effective et efficace de cette population. Ce même rapport s'inquiète de la politique mise en œuvre qui consiste à regrouper ces élèves différents dans des classes séparées, ne considérant pas celles-ci comme de l'inclusion scolaire. Une condamnation sans appel d'un système qui se veut plus ségrégationniste qu'inclusif !

Un second rapport du Cnesco qui sème la confusion

La réponse ne s'est pas fait attendre ; quelques jours ont suffi pour voir apparaître un second rapport sous l'égide du Cnesco, co-signé par un proche de Mr Peillon où l'approximation et les paradoxes se multiplient, où l'on apprend que 53 % des enfants différents seraient scolarisés en milieu ordinaire. Un rapport foncièrement confus dans lequel classes spécialisées et milieu ordinaire ne font qu'un, un rapport qui s'apparente à une réponse maladroite, un déni de réalité basé sur des statistiques inexistantes, seul point de convergence avec celui de l'ONU.

L'école inclusive, un concept jamais mis en œuvre sur le terrain

Il y a une réalité que personne ne peut nier, celle du terrain où nous constatons, depuis la rentrée 2015, une aggravation des conditions d'accueil de ces enfants engendrés par le manque criant, sur le terrain, des auxiliaires de vie scolaire, les mettant de fait en difficulté puis ensuite redirigés vers les Ulis-Ecoles (Unités localisées pour l'inclusion scolaire). Peu de chose ont en effet évolué malgré le discours en faveur de l'école inclusive des gouvernements successifs. Bien au contraire, depuis quelques années, l'abandon de ces enfants par le ministère de l'Education nationale vers celui de la Santé est un signe que ceux-ci ne sont plus considérés comme des citoyens à part entière, ayant le droit à une éducation, mais comme des malades incapables d'accéder à une quelconque autonomie. La parution le 29 janvier 2016 d'un nouveau diplôme (Décret n° 2016-74 du 29 janvier 2016 relatif au diplôme d'Etat d'accompagnant éducatif et social et modifiant le code de l'action sociale et des familles, en lien ci-dessous), pourtant destiné aux auxiliaires de vie scolaire, à tendance outrageusement « médico-social », et le transfert des Clis et Ulis vers le médico-social, via une nouvelle appellation Ulis-Ecole, ajoutent encore à cette impression de recul généralisé des droits à une vraie scolarisation en milieu ordinaire au profit du tout médico-social.

Un manque de volonté réel malgré des solutions avantageuses pour tous

Lors de toutes nos rencontres au ministère de l'Education nationale et à l'Élysée, nous n'avons eu de cesse d'entendre l'éternelle ritournelle : « La crise ne permettrait pas la mise en place d'une vraie politique inclusive ». Ce ne serait alors qu'une problématique financière de plus. Pourtant, en prenant connaissance des coûts du système actuel, il est plutôt difficile de donner un quelconque crédit à cette hypothèse. Une année en hôpital de jour, sorte de maternelle pour enfants autistes, coûte 160 000 euros, 70 000 euros dans un IME (Institut médico-éducatif), sachant que cela n'apporte que peu à ces enfants qui ne pourront alors plus jamais réintégrer l'école, et même 30 000 euros la place en Unité d'enseignement. Alors que l'inclusion en classe ordinaire, même avec une AVS, s'avère nettement moins onéreuse. Nous préconisons un taux de scolarisation de ces enfants de plus de 90 %, comme chez certains de nos voisins européens, avec de vrais moyens, une baisse significative des effectifs par classe, l'ajout d'enseignants spécialisés, un système inclusif profitant à tous, qui serait compensé par le budget libéré par ces fermetures de structures inefficaces. Cerise sur le gâteau, nous pourrions ainsi, dans un avenir proche, permettre une autonomie accrue à l'âge adulte et un nombre de structures plus réduit mais qualitativement supérieures pour ceux en ayant besoin.

Un avenir incertain, une condamnation sans appel

Depuis des décennies, des générations d'enfants handicapés sont victimes de cette politique d'exclusion, ne peuvent devenir autonomes et sont, par conséquent, orientés dans des structures pour adultes où ils finissent leurs jours. Ils n'auront connu que cela. Les associations nationales, dans leur grande majorité, qui représentent cette population, sont devenues partie prenante du système, percevant de généreuses subventions pour ouvrir et gérer ces structures. Neuf milliards d'euros, selon l'Ondam, sont destinés uniquement à cela. Une façon simple et astucieuse pour nos gouvernants de se débarrasser d'un problématique encombrante en la confiant à des associations gestionnaires qui, même en ayant constaté l'inefficacité de leurs structures, continuent leur course aux subventions, oubliant leur but premier, veiller aux intérêts de cette population…

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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