ESAT de transition, les clés de l'insertion professionnelle?

En cas de handicap psychique, comment réussir la transition entre milieu professionnel protégé et ordinaire ? Inès de Pierrefeu, psychologue clinicienne, a étudié le parcours et l'accompagnement des travailleurs au sein d'ESAT de transition.

28 septembre 2016 • Par

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En cas de handicap psychique, comment réussir la transition entre milieu professionnel protégé et ordinaire ? La question fait l'objet de travaux de recherche, financés par la Fondation Falret et la Fondation pour la recherche en psychiatrie et santé mentale, auxquels participe la psychologue Inès de Pierrefeu. Sur une période de neuf mois, elle s'est penchée sur le parcours de 160 travailleurs souffrant de troubles psychiques au sein d'ESAT de transition, dont une quinzaine de sites de l'association Messidor en Rhône-Alpes. À Lyon, elle fera part des conclusions de sa thèse le 13 octobre 2016 à l'occasion des Assises de l'association, à Lyon (Palais des Congrès de 10h à 16h30, lien ci-dessous) sur le thème « Handicap psychique et travail, une voie de rétablissement ».

Préparer au milieu ordinaire

Si les ESAT (Etablissements et services d'aide par le travail) ne visent pas le milieu ordinaire, ceux de transition, au contraire, préparent le travailleur en situation de handicap, notamment psychique, à s'y insérer. Dans le cadre d'une thèse codirigée par le psychiatre Bernard Pachoud et le professeur Marc Corbière, Inès a étudié le métier des accompagnants de ces établissements et l'évolution de la perception des bénéficiaires. Lorsqu'elle démarre son étude, Inès interroge 160 travailleurs afin d'évaluer quantitativement leur évolution, en début de parcours, dans les ESAT. Huit questionnaires sont distribués à chaque personne, portant, entre autres, sur la perception de leurs symptômes, les obstacles à l'insertion en milieu ordinaire ou l'estime de soi en tant que travailleur. La chercheuse n'a pas investigué une fois l'insertion menée en entreprise ; son travail porte davantage, en amont du parcours, sur le mode d'accompagnement vers le milieu ordinaire et sur ce qui favorise plus largement le rétablissement de la personne. Une notion également abordée par Bernard Pachoud (lire article en lien ci-dessous).

L'importance du challenge

Dans ces ESAT, le « parcours de transition individualisé » vise à favoriser des activités de service les plus représentatives de la réalité, donc, parfois, difficiles. La psychologue y voit là un élément clé : « Dépasser ses difficultés et relever un challenge permet de gagner en confiance, de développer une estime de soi positive, de se sentir plus compétent. Cela est valable pour tout le monde finalement. » Le rôle joué par les accompagnants est également primordial. « Ils considèrent les travailleurs comme des personnes avec des compétences qui ne demandent qu'à être exploitées, pas comme des malades,  explique Inès. C'est un fait démontré scientifiquement : trop d'assistanat entrave l'insertion. » En adoptant ce regard positif, les accompagnants amènent la personne à croire à son tour qu'elle est capable de travailler. « Le regard qu'ils portent a un « effet miroir » sur elle. Cette croyance en son potentiel est d'autant plus solide lorsque les mises en situation de travail sont réussies. L'estime de soi se (re)construit donc par le regard des accompagnants et par le réel du travail accompli », précise la doctorante.

D'autres projets de vie

Concernant l'évaluation auprès des travailleurs, Inès conclut que la perception de leur travail dans ces structures est majoritairement positive, et qu'elle se maintient au cours de sa période d'étude. « Certains arrivent à l'ESAT complètement déprimés. En se mettant au travail et en voyant leurs compétences valorisées, ils reprennent confiance en l'avenir, parfois même en quelques mois ». À la sortie, entre 10 et 20% sont insérés en milieu ordinaire. « Les travailleurs sont préparés aux secteurs de l'industrie, de la logistique, de l'entretien des espaces verts ou de la restauration. Il est essentiel qu'ils ne soient pas enfermés dans un atelier à répéter les mêmes tâches mais plutôt au contact du milieu ordinaire, directement chez leurs clients par exemple. » D'autres envisagent des projets de vie différents mais qui permettent également de recréer du lien social, en faisant du bénévolat ou en se remettant au sport par exemple. « L'insertion professionnelle est souhaitable pour tous, en particulier en milieu ordinaire, mais la priorité est de respecter le projet de chaque personne, son désir et ses préférences », estime la psychologue.

Prévenir aussi en entreprise

Multipliant les casquettes, Inès de Pierrefeu intercède également auprès d'entreprises, en milieu ordinaire. La psychologue veille à former et à sensibiliser les services de ressources humaines à la prévention des risques psychosociaux. Elle intervient, par exemple, lorsque des troubles psychiques « transitoires » apparaissent chez certains salariés (burnout, troubles anxieux liés au stress chronique…) pour aider au maintien en emploi. Une expérience complémentaire qui, même s'il ne s'agit pas de handicap psychique, consiste à préserver la santé mentale au travail.

© Agence HUB ID & NAPOLI

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Aimée Le Goff, journaliste Handicap.fr"

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