Etudiant multidys, il saisit la justice pour discrimination

Raphaël, 22 ans, étudiant multidys, n'a pas obtenu les aides auxquelles il avait droit pour passer un concours d'ingénieurs. Il a porté plainte contre les prestigieuses écoles des Arts et Métiers pour discrimination. Verdict le 28 janvier 2022.

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DERNIERE MINUTE DU 28 JANVIER 2022
"Le tribunal a considéré la procédure irrégulière, sans juger le fond du débat", a indiqué à l'AFP son avocat, Me Pierre Farge, "une excellente façon donc de ne pas avoir à trancher la question de la discrimination" selon lui."Nous allons donc assigner à nouveau, sur les mêmes fondements. Et en même temps saisir le tribunal administratif pour demander l'annulation du concours", a ajouté son avocat.

ARTICLE INITIAL DU 28 JANVIER 2022
Par Anne-Sophie Morel

"J'ai été discriminé", explique Raphaël, 22 ans. "Ce sont des troubles invisibles mais je suis multidys : dyslexique, dysphasique, dysorthographique, dysgraphique, dyscalculique, et j'ai un trouble visuo-spatial. Voilà la liste !", lance le jeune homme, rencontré par l'AFP. Il a déposé plainte au tribunal correctionnel de Paris à l'automne 2020 contre l'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers (Ensam) et son directeur général, Laurent Champaney, pour "discrimination fondée sur le handicap avec la circonstance aggravante d'avoir été commise par une personne dépositaire de l'autorité publique". Il attend la décision de justice le 28 janvier 2022.

Pas d'aménagements prévus

Il y a presque deux ans, Raphaël, alors en classe prépa à Versailles, s'inscrit au concours commun aux écoles d'ingénieurs organisé par les Arts et Métiers. "Ce concours permet d'accéder à Polytechnique, Centrale, Mines, toutes les grosses écoles élitistes", explique-t-il. "Dès mon inscription, j'ai fait la demande d'aménagements. J'en ai besoin pour compenser mon handicap : en tant que dyslexique, je sais très bien que si je n'ai pas le correcteur d'orthographe, c'est inenvisageable", raconte-t-il. Il lui faut également un ordinateur pour éviter de rendre des copies trop brouillonnes et une calculatrice pour réaliser des graphiques. "Dix jours avant les concours, je me suis aperçu qu'il n'y avait pas d'aménagements prévus. J'ai essayé de contacter par mail et téléphone les personnes qui sont censées recevoir les dossiers. Mais rien, pas de réponse, le stress est monté d'un cran", se remémore le jeune homme. Après s'être "acharné", il finira par obtenir "un ordinateur et davantage de temps pour composer au concours". Mais il n'aura "jamais un correcteur d'orthographe, ni de logiciels adaptés". Tout au long de sa scolarité, notamment pour le baccalauréat, il a "toujours obtenu sans difficulté les aménagements demandés". Les écoles sont tenues de les mettre en œuvre pour chaque concours.

"Adieu aux grandes écoles"

"Je n'ai pas dormi les jours précédents, j'étais très angoissé. Le Jour J, je me suis assuré, comme je le pouvais, que lorsque j'écrivais un mot, il soit parfaitement orthographié. Je cherchais en permanence à écrire des synonymes, à réécrire les phrases, j'ai perdu un temps fou", explique Raphaël. "Je ne réfléchissais même plus au contenu mais à comment j'allais pouvoir m'en sortir pour écrire le moins de fautes possibles. C'était horrible". Sans grande surprise, ses notes ont été catastrophiques. Et il n'a jamais eu accès à ses copies malgré des demandes répétées. "Il a fallu accepter de dire adieu aux grandes écoles et j'ai pris l'école où j'étais admis, une école d'ingénieur accessible après le baccalauréat que j'ai pu intégrer directement au niveau de la troisième année", précise l'étudiant. Pour son avocat Me Pierre Farge, "le préjudice de Raphaël ne sera jamais réparé car il pensera toute sa vie qu'il aurait pu avoir une meilleure école, et donc un meilleur job".

Une politique forte contre le handicap ?

Raphaël en est persuadé : "Il y a une politique forte contre le handicap, on ne veut pas que des gens comme moi, différents, accèdent aux plus hauts postes. Toute cette communication positive du gouvernement en faveur du handicap est fausse". "Oui, j'ai été discriminé, ça m'affecte encore aujourd'hui et je vis très mal ce qui se passe, mais je me battrai", martèle-t-il. "Je ne vais rien gagner dans cette histoire mais je veux aller au bout de cette affaire pour moi et pour les autres: je souhaite que cette cause soit entendue et qu'on n'oublie pas ces personnes invisibles, qui ne sont pas moins fortes ou moins intelligentes que les personnes valides".

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