Film Droit de regard : maman solo aveugle face à la justice

"Droit de regard", c'est l'histoire d'une femme inspirée de la vie d'Anne-Sarah Kertudo qui, devenant aveugle, se bat pour conserver la garde de ses enfants et montrer une autre image des parents solo handicapés. Sur France 2 le 31 janvier 2024.

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Affiche du film où une mère tient sa fille dans ses bras et regarde son fils.

Tout sourit à Alexandra. Cette trentenaire énergique est une coach professionnelle très appréciée. Mais son destin s'assombrit lorsqu'on lui diagnostique un glaucome... Cette maladie chronique de l'œil, due à des lésions du nerf optique, est en train de la rendre aveugle. Le choc est violent et les conséquences sont d'autant plus lourdes qu'elle est en procédure de divorce avec Yann, le père de ses deux enfants. Alors que l'audition devant le juge approche, Alexandra parviendra-t-elle à convaincre la justice qu'elle peut s'adapter et conserver la garde de ses enfants ? Réponse dans le film Droit de regard, réalisé par Julie Manoukian (production Cinétévé), basé sur un scénario d'Anne-Sarah Kertudo, juriste non-voyante. La directrice de l'association Droit pluriel, qui œuvre en faveur d'une justice accessible aux personnes en situation de handicap, dévoile la genèse de ce long-métrage lumineux de 90 minutes.

Il sera diffusé sur France 2 le 31 janvier 2024 à 21h10, suivi à 22h35, du docu de 67 min Infrarouge inédit L'Odyssée des enfants d'ULIS ; Lucie, Adam et Daouda appartiennent à un groupe d'élèves aveugles ou malvoyants qui suivent une scolarité classique au collège de la Grange aux Belles. Petites victoires quotidiennes, joies et tourments de l'adolescence... Nous les suivons dans leur volonté farouche de se faire une place. A suivre : un débat animé par Marie Drucker (nom des invités à venir). 

Handicap.fr : Comment cette aventure a-t-elle débuté ?
Anne-Sarah Kertudo
: Au départ, j'ai réalisé le documentaire Parents à part entière sur des parents aveugles qui élèvent seuls leurs enfants. Etonnée des réactions face à la situation de mon frère, lui aussi aveugle, qui élève sa fille, je voulais montrer que les parents solo peuvent très bien s'occuper de leur enfant. A la seconde où Fabienne Servan-Schreiber, qui est à la fois productrice de télévision et présidente de Droit pluriel, a vu ce docu, elle m'a dit : « Il faut en faire une fiction ! ». J'ai tout de suite été partante. C'est ainsi qu'est né Droit de regard.

H.fr : En quoi le parcours d'Alexandra fait-il écho au vôtre ?
ASK
: Tout comme Alexandra, j'ai un glaucome et me retrouve aujourd'hui à élever mes enfants seule. Je me suis séparée pendant l'écriture du scénario, c'est souvent comme ça, ce genre d'expérience fait ressortir beaucoup de choses... Au moment de l'écriture du film, je perdais la vue et me demandais comment j'allais réussir, une fois aveugle, à être une mère, à protéger mes enfants... 

H.fr : Quel genre de questions concrètes vous êtes-vous posées par exemple ?
ASK
: Comment je vais faire quand ma fille va hurler parce qu'il y aura une araignée, quand mes enfants voudront des gâteaux, regarder un film, pour assister aux matchs de ping-pong de mon fils et partager sa passion... Finalement, est-ce que ce ne sont pas eux qui vont m'apprendre la vie, me guider, m'accompagner ? Je ne voulais pas cette inversion des rôles, ni qu'ils soient inquiets pour moi et encore moins qu'on soit une famille triste avec un drame.

H.fr : Alors, mission réussie ?
ASK
: Oui, tout se passe très bien ! Je me suis donnée énormément de mal pour que mes enfants ne fassent pas les choses à ma place, qu'ils ne subissent pas les conséquences de mon handicap. Peut-être un peu trop au début... Jusqu'au jour où tous mes proches m'ont dit : « On se calme. Les laisser descendre les poubelles, c'est juste normal, ça n'a rien à voir avec ton handicap ! ». Au final, ce sont les mêmes situations que dans toutes les familles. A la différence que, parfois, je leur demande si je porte bien mon pantalon bleu ou mon pull noir, et que je ne peux pas leur remplir leur dossier scolaire. L'avantage, c'est qu'aujourd'hui, à 15 et 19 ans, ils sont très responsables et autonomes.

H.fr : Quel est l'objectif de ce film ?
ASK
: Ado malvoyante, je me sentais très différente. Dans la cour de récré, c'était dur, la séduction je ne vous en parle même pas... Et je n'avais aucun modèle auquel me référer. Des hommes aveugles, il y en avait (Stevie Wonder, Ray Charles...) mais pas de femmes. Si ce n'est Helen Keller (ndlr : autrice américaine aveugle, sourde et muette) mais qui est née en 1880, compliqué de s'identifier... Avec Droit de regard, je voulais mettre en lumière le quotidien tout ce qu'il y a de plus normal d'une femme aveugle qui travaille, aime s'amuser, a des amis, des enfants et montrer une autre image du handicap qu'une personne qui pleure sur son sort ou, au contraire, est une héroïne. Certains voyants pensent qu'il est impossible d'élever ses enfants en étant aveugle. Quand vous recevez cette bombe en pleine figure et que, du jour au lendemain, vous êtes aux yeux des gens une « handicapée », qui doit affronter toutes sortes de préjugés, il faut trouver un moyen de continuer sa route, celle que l'on a choisie d'emprunter, qui donne envie et pas celle que l'on nous impose.

H.fr : Ce film dénonce aussi les inégalités d'accès à la justice...
ASK
: Absolument. Pour cela, je me suis inspirée des nombreux témoignages de femmes que je reçois via Droit pluriel. Le but est aussi de montrer les réactions des professionnels du droit face à ces discriminations, une affaire qui repose avant tout sur des êtres humains. Dans le film, c'est parce qu'il existe des gens formidables qu'Alexandra va parfois réussir, et d'autres moins formidables, eux-mêmes empêchés et dans l'incapacité de penser autrement, qu'elle va aussi échouer.

H.fr : Camille Goudeau, l'interprète d'Alexandra, est malvoyante. En quoi cela donne encore plus de force au récit ?
ASK
: C'était une condition non négociable, aussi bien pour moi que pour la production. Camille joue extrêmement bien parce que c'est son histoire, elle y met manifestement une part d'elle-même. Elle est lumineuse et impressionnante.

H.fr : A quelle date le film sera-t-il diffusé sur France 2 ?
ASK
: Fin décembre 2023 ou début 2024, lors d'une soirée spéciale avec un autre documentaire que j'ai écrit avec Julie Bertuccelli (réalisatrice de La cour de Babel ou encore des Dernières nouvelles du cosmos) sur la vie à l'école d'enfants mal et non-voyants. Il est actuellement en cours de montage...

H.fr : Quel accueil Droit de regard a-t-il reçu lors du festival de la fiction de La-Rochelle (du 12 au 17 septembre 2023) ?
ASK
: Super, c'était un très beau moment. Nous avons eu de bons retours des journalistes et du public. J'étais en larmes, comme une partie de l'équipe. C'est super émouvant de voir son histoire sur grand écran et les mots qu'on a écrits, minutieusement choisis, résonner dans une salle de cinéma. Le tournage était un moment fou de solidarité, particulièrement humain. Une comédienne qui ne sait pas où est la caméra, c'était nouveau pour l'encadrement. Toute l'équipe était très soudée, très fière de cette expérience. Et cela se transcrit dans ce film qui est positif, très émouvant mais sans pathos.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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