Grands caractères : un label pour l'accessibilité

Dans un marché de l'édition en plein mouvement, l'association Les Amis des Grands Caractères lance un label inédit pour garantir la qualité de la lecture des personnes handicapées ou malvoyantes, vers une inclusion universelle.

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Loupe posée sur un livre

« Un livre en grands caractères ne se résume pas à agrandir une police », insiste l'association Les Amis des Grands Caractères, à l'origine du nouveau référentiel « Label Grands Caractères / Lisibilité – Accessibilité » lancé le 4 juin 2026. Objectif : mettre fin à une réalité encore très hétérogène dans l'édition spécialisée : des ouvrages estampillés « gros caractères » mais parfois difficilement lisibles pour les publics concernés. En effet, l'offre actuelle des vingt éditeurs spécialisés souffre de disparités techniques majeures, mettant parfois le lecteur en situation d'échec.

Ce premier référentiel technique vient y remédier en imposant des critères précis : taille minimale de 16 points, interlignage d'au moins 140 %, espacements renforcés entre les mots et les lettres, typographies adaptées sans déformation, ainsi qu'une fabrication pensée pour limiter la fatigue visuelle (contraste, opacité du papier). L'ambition est claire : passer d'une logique empirique à une exigence de qualité mesurable. « Nous espérons que ce label incitera les éditeurs à revoir leurs pratiques et à mieux prendre en compte les besoins des lecteurs malvoyants », explique Matthieu Rondeau, président de l'association.

1,7 million de personnes concernées en France

Derrière les grands caractères, il y a un enjeu majeur d'accessibilité à la lecture pour les personnes concernées. En France, près de 1,7 million de personnes vivent avec une déficience visuelle, dont environ un million susceptible d'avoir besoin de livres adaptés. Selon les chiffres de l'association, on compte notamment 560 000 personnes en malvoyance légère (acuité visuelle corrigée comprise entre 3/10e et 1/10e, avec un champ visuel supérieur à 20°.), 932 000 en malvoyance moyenne et plus de 200 000 en situation de malvoyance profonde ou de cécité.

Mais l'enjeu dépasse le seul champ du handicap. Loin d'être réservés aux seules personnes en situation de handicap visuel, ces ouvrages optimisés profitent au plus grand nombre : seniors en perte de confort visuel, personnes atteintes de troubles DYS (dyslexie) ou de difficultés cognitives. Une approche déjà observée dans l'édition jeunesse adaptée ou dans des librairies spécialisées, principalement présente à Paris (Des livres jeunesse en grands caractères : bien vu!).

Un marché du livre sous tension mais résilient

Cette initiative intervient dans un contexte économique fragile pour l'édition. Inflation des coûts, arbitrages budgétaires des ménages, concurrence du numérique : le secteur cherche des points d'équilibre. Pour autant, certains acteurs affichent un certain optimisme. À l'occasion des 150 ans de la maison Flammarion, sa PDG Sophie de Closets estimait en 2022 que « le livre ne va pas disparaître », à condition qu'il sache répondre aux nouveaux usages et aux besoins de sens et de transmission. Pour survivre et s'adapter, l'industrie éditoriale doit cibler tous les publics. Dans ce paysage incertain, l'édition en grands caractères apparaît comme un segment en structuration.

Vers une lecture réellement accessible à tous

L'un des enjeux majeurs du référentiel est aussi d'éviter les « échecs de lecture ». Dans les bibliothèques ou médiathèques, des ouvrages mal adaptés peuvent décourager des lecteurs déjà fragilisés par leur handicap visuel. Le label veut donc servir de repère pour les professionnels du livre comme pour les usagers. Au-delà du papier, cette démarche interroge aussi l'accessibilité numérique. Les mêmes exigences de lisibilité – contraste, typographie, hiérarchisation de l'information – irriguent déjà les réflexions autour des livres numériques, des sites d'édition ou des plateformes de lecture. À terme, ce type de référentiel pourrait inspirer des standards communs entre supports papier et digital.

Bibliothèques, éditeurs : un outil de référence

Le label ambitionne enfin de devenir un outil pour les acteurs de terrain : bibliothécaires, enseignants, médiateurs culturels. Tous sont confrontés à la diversité des offres sans toujours disposer de critères simples pour guider les publics. Selon les Amis des grands caractères, près de 400 titres par an pourraient déjà répondre aux exigences du label. Une première étape vers une harmonisation d'un secteur en pleine évolution.

Au fond, cette initiative rappelle une évidence souvent sous-estimée : l'accès à la lecture est une condition de l'égalité culturelle. Et pour des millions de personnes en situation de handicap visuel ou cognitif, la lisibilité n'est pas un confort, c'est une condition d'accès à la citoyenneté culturelle.

© patpitchaya de Getty Images / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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