Gueules cassées : quel avenir pour les blessés de la face?

RDV les 13 et 14 octobre 2023 à Paris pour découvrir "La face du futur". Des balbutiements de la chirurgie maxillo-faciale à l'Homme bientôt autoréparable, ce colloque retrace un siècle de progrès médicaux au profit des "gueules cassées".

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Patchwork de 35 portraits de «gueules cassées» en noir et blanc.

27 octobre 1999. En pleine opération militaire, le Général Beaussant s'écrase en parachute lors d'un vol de nuit. Verdict : enfoncement de la paroi orbitale et arrachement des muscles moteurs de l'œil. Il aura fallu sept jours de coma, trois semaines d'hôpital et six opérations sous anesthésie générale pour « reconstruire la bête », selon ses propres mots. Dépossédé de son visage, de son identité, il a décidé de « sourire quand même ». C'est le credo de la Fondation des gueules cassées, dont il a pris la « tête » en 2021. « Il y a 24 ans, je n'étais pas beau à voir, confie-t-il. Mais, si vous me croisez dans la rue, vous n'en saurez rien. Les progrès de la médecine ont fait des prouesses... » C'est ce que souhaite mettre en lumière le troisième colloque de la Fondation, « La face du futur », organisé les 13 et 14 octobre 2023 au Novotel Eiffel, à Paris. Objectif ? Mettre en perspective les moyens de recherche pour affronter le futur et contribuer à un meilleur lendemain pour les blessés militaires et civils.

Mettre les savoirs en commun

Ainsi, il réunit une trentaine d'intervenants (chirurgiens maxillo-faciaux, dentistes, psychiatres...) afin de mettre en commun leurs savoirs. « L'histoire, la médecine, la biologie, l'art... Toutes ces spécialités œuvrent ensemble pour soigner ces patients », explique Marie-Andrée Roze-Pellat, vice-présidente de la Fondation et docteur en chirurgie dentaire. Oui, même l'art ! « Une gueule cassée est une personne qui a reçu une blessure du sommet des épaules jusqu'au sommet du crâne, lieu des cinq sens et carrefour anatomique majeur, détaille-t-elle. Avec la perte d'un visage, c'est la personnalité de l'individu qui disparaît, ce qui peut être particulièrement difficile à encaisser. Faire de la musique, de la peinture ou de la sculpture peut participer à sa réparation psychologique et, plus largement, améliorer la représentation d'une gueule cassée. »

Au programme !

Ce colloque est organisé autour de quatre sessions, à commencer par « La réparation du visage, des origines à nos jours ». Une véritable incursion dans l'Histoire autour de la chirurgie crânio-maxillo-faciale, qui nous rappelle à quel point la science médicale a le pouvoir de transformer des vies. La seconde session, « Recherche et innovation » présente différentes innovations dans le domaine de la recherche médicale, ainsi que des applications cliniques et technologiques qui révolutionnent les modes opératoires (ingénierie tissulaire pour reconstruire la sphère crânio-maxillo-faciale, réingénierie cornéenne...). Elle fait également la part belle aux avancées en matière de reconstruction chirurgicale, via l'intervention d'éminents spécialistes tels que le Dr Jean-Pierre Reynaud. « L'essor de la chirurgie maxillo-faciale est résolument tourné vers l'avenir, grâce aux chercheurs et au génie des praticiens aidés par les nouvelles technologies », affirme ce chirurgien plasticien et esthétique. Il fait notamment référence à l'impression 3D ou encore à la main augmentée, qui s'apparente à un robot, guidé par un chirurgien, permettant d'aller dans des endroits du corps humain infiniment petits. « L'avenir c'est aussi l'autogreffe pour éviter les problématiques de rejet », ajoute le Dr Marie-Andrée Roze-Pellat.

Des évolutions « absolument passionnantes », selon elle. « J'ai le sentiment que ces recherches, le génie humain, l'audace des médecins, des praticiens est sans limites ! Dans une dizaine d'années, l'Homme aura la capacité de se réparer lui-même, et nous y aurons tous participé », se félicite cette chirurgienne.

Réparer le corps... et l'esprit !

Rendez-vous le 14 octobre pour la troisième session intitulée « Sourire quand même : parcours d'une vie ». Ici, le sourire apparaît comme la métaphore de la reconstruction, une forme de résilience, de rétablissement. Le témoignage poignant de Christine Mirabel-Sarron permet notamment de comprendre comment une blessure peut enrichir la vie. « Son récit vise à éclairer le public de manière simple, en partageant son expérience personnelle de traumatisée et de psychiatre, pour offrir des pistes de réflexion applicables par tous, blessés ou non », précise la Fondation créée en 2001. « L'accompagnement psychologique et humain est fondamental dans la reconstruction de la tête, aussi bien dans sa dimension physique que psychologique, que ce soit après une blessure reçue en opérations ou lors d'un accident dans l'exercice de son métier », insiste-t-elle.

Limiter Alzheimer et le stress post-traumatique

Enfin, la quatrième session illustre les « avancées et concrétisations des projets portés par la fondation des gueules cassées » avec la présentation de deux projets. Tout d'abord, les maisons de réhabilitation psycho-sociale « Athos », conçues pour accompagner les militaires atteints du syndrome de stress post-traumatique (parce que le cerveau, c'est aussi la tête !) tout au long de leur reconstruction personnelle, sociale, voire professionnelle. Une nouvelle maison ouvrira d'ailleurs ses portes en 2024 sur le domaine des « gueules cassées » dans le Var. Le projet Cermad, quant à lui, vise à développer la recherche clinique dans la maladie d'Alzheimer pour en identifier les marqueurs précoces et fiables. L'enjeu, à terme, est de créer un grand centre européen de recherche clinique sur cette maladie neurodégénérative qui touche environ un million de Français.

Soucieux de vouloir informer le plus grand nombre, ce colloque est gratuit et ouvert à tous. Le nombre de places étant toutefois limité, il est nécessaire de s'inscrire sur le site de l'évènement pour y participer, en présentiel ou en distanciel.

10 à 15 000 « gueules cassées » en France

« Des gueules cassées, il y en aura toujours, contrairement à ce que l'on entend parfois. Les corps habillés (gendarmes, pompiers, policiers, militaires...) ont des dispositifs qui les protègent de mieux en mieux mais le point faible reste le bas du visage », indique le Dr Marie-Andrée Roze-Pellat. Cet évènement souhaite aussi rendre hommage à ces 10 à 15 000 Français qui tentent de ne pas perdre la face... Et à ceux qui ont péri. « Tous ces blessés ont contribué, malgré eux, à l'essor de la chirurgie maxillo-faciale. Victimes, ils ont été aussi vecteurs d'innovations et de progrès », conclut-elle.

© Union des blessés de la face et de la tête

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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