Et si une prise de sang permettait d'adapter les traitements en psychiatrie ? Une étude internationale menée par le centre SINAPS, en partenariat avec la Fondation FondaMental, met en lumière un levier concret : l'inflammation chronique de bas grade.
Selon les chercheurs, près de 30 % des patients souffrant de dépression résistante, de schizophrénie ou de troubles bipolaires présentent un taux élevé de CRP (protéine C-réactive), un biomarqueur de l'inflammation. Publiés dans la revue Brain, Behavior, and Immunity, ces travaux reposent sur l'analyse de plus de 7 000 patients suivis en France.
Des facteurs de risque bien identifiés
L'étude établit un lien clair entre inflammation et facteurs de santé déjà connus : surpoids, obésité, troubles métaboliques ou tabagisme. Autant d'éléments souvent associés aux maladies cardiovasculaires, mais désormais reconnus comme influençant aussi la santé mentale.
Autre enseignement clé : des différences selon le sexe. Chez les femmes, l'inflammation est davantage liée au poids et aux déséquilibres métaboliques, ainsi qu'à certains biomarqueurs comme l'acide urique. Chez les hommes, le tabagisme apparaît comme un facteur déterminant.
Vers une psychiatrie de précision
Ces résultats ouvrent la voie à une approche plus ciblée des soins. La CRP pourrait devenir un signal d'alerte clinique, permettant d'ajuster les traitements au profil de chaque patient.
« Comprendre si un patient présente une composante inflammatoire […] permet d'associer aux traitements classiques des interventions précoces ciblées », explique Tim Rietberg, doctorant à l'Université d'Anvers. Cela inclut des actions concrètes : activité physique, amélioration de l'alimentation, arrêt du tabac, voire traitements anti-inflammatoires spécifiques.
Pour la Pr Livia de Picker, « la psychiatrie de précision nous permet de sortir d'une approche standardisée », en affinant les diagnostics et les stratégies thérapeutiques.
Un enjeu majeur de santé globale
Au-delà des symptômes psychiatriques, ces travaux rappellent l'importance du lien entre santé mentale et physique. « Les personnes souffrant de maladies psychiatriques ont une espérance de vie réduite de 10 ans en moyenne », souligne la Pr Marion Leboyer.
En intégrant davantage les dimensions métaboliques et inflammatoires, cette recherche pourrait contribuer à améliorer le pronostic global des patients. Prochaine étape : des études prospectives pour mesurer l'impact concret de ces interventions ciblées.
Une avancée qui confirme une tendance de fond : la psychiatrie s'oriente vers des solutions personnalisées, où biologie et mode de vie deviennent des alliés majeurs du soin.
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