Japon: sénateurs handicapés en mission contre l'invisibilité

Lutter contre l'invisibilité des personnes handicapées dans la société japonaise, c'est l'objectif central de Mme Kimura et M. Funago, 2 sénateurs paraplégiques, à l'aune des Jeux paralympiques de Tokyo en 2020.

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Par Miwa Suzuki

Eiko Kimura et Yasuhiko Funago, tous deux sévèrement paralysés, avaient fait la Une des médias japonais après leur élection l'été dernier à la chambre haute de la Diète, le Parlement nippon sous l'étiquette d'un micro-parti d'opposition populiste, le Reiwa Shinsengumi, récemment fondé par un ancien acteur (article en lien ci-dessous). Mais derrière la stratégie un brin opportuniste de leur parti, qui a ainsi bénéficié d'une forte médiatisation, les deux nouveaux sénateurs prennent leur rôle au sérieux.

Des êtres invisibles

Mme Kimura, âgée de 54 ans, est paralysée de la nuque jusqu'aux membres inférieurs, à l'exception d'une seule main, après avoir eu un grave accident quand elle était bébé. Devenue membre d'un comité sénatorial sur l'aménagement territorial et les transports, elle est notamment déjà intervenue dans ce cadre pour souligner la difficulté des personnes handicapées à être évacuées dans de bonnes conditions lors des catastrophes naturelles, fréquentes au Japon, ou à voyager à bord des shinkansen, les TGV nippons. Une société qui n'aide pas les personnes handicapées finit par les cacher, estime-t-elle. "Aller à l'école ou travailler est très important si vous voulez intégrer la société", insiste-t-elle dans un entretien accordé à l'AFP. "En être privé est la raison pour laquelle nous sommes invisibles dans la société".

L'ignorance nourrit les préjugés

Agé de 62 ans, M. Funago est quant à lui atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, une pathologie neurodégénérative qui paralyse progressivement les muscles (article en lien ci-dessous). Incapable de parler, il peut toutefois s'exprimer grâce un appareil électronique en forme de paille placé dans sa bouche, qui capte des micromouvements de sa mâchoire pour lui permettre de choisir des caractères et écrire ainsi avec un ordinateur. Il siège au sein d'un comité sénatorial sur l'éducation, la culture et la science, où il plaide pour un système éducatif davantage "inclusif", estimant que "l'ignorance" des conditions de vie des personnes handicapées "nourrit les préjugés et la discrimination" envers elles.

Faille juridique

La nomination de ces deux élus atypiques a mis en lumière une faille juridique problématique pour l'intégration des personnes avec un handicap moteur dans le monde du travail au Japon: c'est seulement quand ces derniers ne sont pas employés ou scolarisés que l'Etat finance leurs assistants personnels. Il est ainsi très souvent impossible pour un handicapé sévère de travailler, parce que son salaire ne suffirait pas à se payer un assistant personnel. Exceptionnellement, le Sénat a pris en charge le coût des assistants de Mme Kimura et de M. Funago mais ces derniers réclament un changement législatif pour que cette dérogation devienne la norme. La nomination des deux élus a été largement saluée dans l'opinion publique japonaise, même si certaines dents ont grincé, notamment parce que le Sénat a dû procéder à des travaux d'aménagement pour pouvoir techniquement les accueillir.

Peut mieux faire en matière de handicap

Le Japon figure parmi les bons élèves mondiaux en termes d'accessibilité: à Tokyo, par exemple, chaque station de métro dispose d'un large ascenseur et des dalles de guidage bosselées pour malvoyants y sont systématiques. Elles sont fréquentes dans la rue également. Mais l'archipel est à la traîne des pays développés concernant le taux d'activité des personnes handicapées: il est nettement plus faible au Japon comparé à l'Europe de l'Ouest, au Canada ou à l'Australie par exemple, selon un rapport conjoint de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l'Organisation internationale du travail (OIT) publié en 2018. Les quotas d'employés handicapés pour les entreprises au Japon se situent, par ailleurs, dans la tranche basse des pays du G20 dotés de dispositifs similaires, relevait ce même rapport.

Tokyo 2020 : faire tomber les barrières

Les enjeux de la mobilité réduite gagnent toutefois en importance dans un pays en fort vieillissement démographique (28,4% des Japonais étaient âgés de
65 ans et plus l'an dernier). Qui plus est, Tokyo entend réussir autant les Jeux paralympiques que les Jeux olympiques cet été. Pour ce faire, la société japonaise doit changer son attitude vis-à-vis des personnes handicapées, avait déclaré l'été dernier à l'AFP le président du Comité international paralympique, Andrew Parsons. Malgré les transports publics accessibles dans le pays, "vous ne voyez pas de personnes handicapées se déplacer, parce qu'il y a une barrière culturelle. On attend d'elles qu'elles restent à la maison", avait-il regretté.

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