« Les logements accessibles aux personnes en situation de handicap sont tous déjà occupés dans les résidences étudiantes autour de l'école où j'ai été acceptée, à Cergy (95). Certains ont même été donnés à des personnes valides », raconte Talia, 21 ans. Cette étudiante n'a donc d'autre choix que de rester chez ses parents, dans les Yvelines (78), à plus de 45 minutes de trajet. Vivant avec un handicap moteur, Talia a besoin d'un logement adapté « PMR ». Admise courant juin 2026 dans son cursus, elle n'avait pourtant toujours pas de solution d'hébergement, si ce n'est celle du domicile familial, deux mois plus tard, à la mi-août.
Pourquoi trouver un logement PMR étudiant est-il si difficile ?
Si les Crous réservent quelques logements de leur parc pour les étudiants en situation de handicap, la démarche nécessite d'être tout de même anticipée. « Ceux-ci sont accessibles sur critères sociaux, mais il faut savoir que si on appuie une demande avec un dossier complémentaire en passant éventuellement par une association ou une assistante sociale, on peut parfois obtenir une place », informe Lauriane Houard, chargée d'accompagnement au sein d'Handisup Normandie. Cette association aide notamment les jeunes en situation de handicap dans leurs démarches administratives liées aux études supérieures, en Seine-Maritime et dans l'Eure.
Quels sont les freins pour obtenir une chambre PMR au Crous ?
La prospection d'un logement s'apparente à une épreuve d'endurance. D'abord, les sites Internet sont rarement accessibles. Selon son handicap, on peut rencontrer des obstacles à trouver les annonces, téléphoner, assister aux rendez-vous… « Je suis handicapé visuel, j'utilise la synthèse vocale, mais quand je vais sur les plateformes de recherche, la présence systématique de captchas bloquent la lecture », témoigne Folly, 33 ans.
Par ailleurs, l'accessibilité est rarement détaillée dans les annonces. « J'ai visité un appartement où je ne pouvais pas entrer dans la salle de bains avec mon déambulateur », illustre Talia. « Une jeune en fauteuil avait réussi à obtenir une chambre PMR dans une résidence, mais la porte de l'immeuble était trop lourde pour elle », rapporte Lauriane Houard. Camille*, 26 ans, étudiant malvoyant, est soulagé d'avoir obtenu un logement avec le Crous, même si des incertitudes persistent : « Il me manque des informations importantes, sur la luminosité par exemple. Il est aussi possible que je ne puisse pas utiliser certains appareils de la résidence. J'attendrai donc le 1er septembre, pour connaître l'état effectif de l'accessibilité de mon logement ».
Face à la pénurie de logements accessibles PMR sur le marché locatif, Zoée, 25 ans, étudiante à Brest, a dû revoir ses critères à la baisse : « J'ai pris un appartement au premier étage sans ascenseur, ce qui me limite pour mes courses. J'ai besoin de me déplacer en fauteuil roulant à l'extérieur. Résultat, je l'ai d'abord stocké dans la cage d'escalier puis dans ma voiture ».
Coûts et lourdeurs administratives
« Les logements PMR sont souvent plus chers car plus grands, c'est un autre frein », souligne Zoée, vice-présidente en charge de la défense des droits à 100% Handinamique. Ce mouvement national de jeunes concernés milite notamment pour que le milieu de l'Enseignement supérieur soit plus inclusif. « Les procédures pour obtenir un logement adapté changent d'un Crous à un autre, d'une ville à une autre pour les logements sociaux… Il faudrait un système national et plus facile dans son utilisation », prône Zoée.
D'autres changements sont suggérés par les associations. Lauriane Houard le rappelle : « Un logement du Crous peut être obtenu pour cinq ans maximum, et six si l'on est en situation de handicap. Mais en raison des aménagements nécessaires, les parcours d'études peuvent s'allonger ». Cette problématique du logement peut avoir des conséquences à plusieurs niveaux : budget, fatigue, vie sociale, santé mentale… et donc, in fine, se répercutent sur la scolarité. « Beaucoup d'étudiants restent chez leurs parents même si les trajets sont fatigants ou bien restreignent leurs choix d'orientation », regrette Zoée.
Qui contacter pour obtenir un logement étudiant adapté ?
Face à ces difficultés, les étudiants concernés sont unanimes : ne pas rester isolé dans les démarches. « J'ai un trouble du spectre de l'autisme (TSA). J'étais inquiète face aux démarches administratives et à l'idée de devoir contacter différentes personnes. J'ai été rassurée en étant accompagnée par une association comme Handisup Normandie pouvant expliquer les différentes étapes », apprécie Mathilde, 18 ans, qui a finalement pu trouver un logement à Rouen.
Crous, assistant de service social - par exemple dans un Centre communal d'action sociale (CCAS) ou un centre médico-social (CMS) -, mission locale, associations étudiantes ou nationales (liées aux études et/ou au handicap), bureau de la vie étudiante, bailleurs, bureau information jeunesse de la ville, référent handicap de son établissement… « Il faut frapper à toutes les portes », recommande Folly, qui vient d'obtenir un logement non adapté via le Crous de Limoges, le 20 août 2026. En tant qu'étudiant étranger, Folly avait mis 18 mois à dénicher son premier appartement à Bordeaux, en obtenant un logement social. Passer par les Villes ou les métropoles, qui priorisent les personnes en situation de handicap, peut ainsi permettre de débloquer une situation. À noter également que des places se libèrent dans les résidences Crous souvent dès les mois de novembre ou janvier.
*Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat de la personne, à sa demande.
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