« C'est un vrai tournant dans la médecine de l'obésité, puisque ça vient installer encore plus l'idée que dans une situation d'obésité médicale, il s'agit d'une vraie maladie chronique qu'il faut prendre en charge et pas juste une question de volonté », admet Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue de la plateforme Charles.co. En annonçant le remboursement du Wegovy® (sémaglutide) et du Mounjaro® (tirzépatide) pour certains patients souffrant d'obésité sévère à partir du 15 juin 2026, l'Assurance maladie envoie un signal fort à 17,4 % des adultes en situation d'obésité en France (Service Public).
Derrière les chiffres se cachent souvent des situations de handicap ou de perte d'autonomie. Arthrose, diabète de type 2, syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), stéatose hépatique, insuffisance cardiaque ou respiratoire… Les comorbidités associées à l'obésité peuvent limiter fortement la mobilité, l'emploi ou la participation sociale.
Qui peut en bénéficier ?
Le gouvernement indique que le taux de participation de l'assuré sera désormais fixé à 35 %, soit une prise en charge de 65 % par l'Assurance maladie. Sont éligibles à ce remboursement les personnes présentant un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 40 (obésité massive) sans comorbidité et les personnes présentant un IMC égal ou supérieur à 35 (obésité sévère) avec comorbidité. « Ce type de traitement ne peut être prescrit qu'en seconde intention, en cas d'échec d'une prise en charge nutritionnelle (soit une perte de poids de 5 % du poids total après 6 mois). Il doit intervenir en complément d'un régime hypocalorique et d'une augmentation de l'activité physique », alerte le ministère de la Santé.
Il faut en effet que la toute première ordonnance soit réalisée par un médecin spécialisé, généralement situé dans centre dédié au traitement de l'obésité. Les situations moins sévères seront non remboursables. Une restriction pour répondre à la polémique récente de l'usage détourné de ces traitements pour des raisons esthétiques (certains usagers sans problématique de poids particulière l'utilisaient dans le but de perdre quelques kilos superflus).
Retrouver une vie plus autonome
Pour de nombreux patients obèses ou en surpoids, ces médicaments représentent une opportunité de retrouver des capacités physiques perdues. « J'ai perdu 6 kg en deux mois. Je ne pense plus à la nourriture et je comprends enfin ce qu'est le sentiment de satiété », témoigne Sophie, 42 ans. Même constat pour Michael : « Ce matin, j'ai bouclé une randonnée que j'aurais évitée il y a quelques mois. Aujourd'hui mon corps suit. » Les études montrent que le Wegovy® et le Mounjaro® peuvent permettre des pertes de poids importantes chez certaines personnes. Pour les patients éligibles, le remboursement pourrait ainsi réduire une inégalité d'accès aux soins : jusqu'ici, ces traitements coûtaient plusieurs centaines d'euros par mois, les réservant aux ménages les plus aisés.
Un outil thérapeutique, pas une baguette magique
Pour autant, les spécialistes mettent en garde contre les promesses miraculeuses. « Wegovy® est un outil, pas une solution magique », résume une patiente suivie depuis un an. Les traitements doivent impérativement s'accompagner d'un suivi médical, nutritionnel et d'une activité physique adaptée. D'ailleurs, plusieurs centres spécialisés exigent un accompagnement diététique avant toute prescription remboursée.
L'obésité est une maladie multifactorielle, bien loin de l'image trompeuse du « manque de volonté ». Génétique, hormones, troubles du comportement alimentaire, précarité, environnement alimentaire, résistance à l'insuline ou facteurs psychologiques peuvent intervenir. Chez certaines personnes, malgré les régimes et l'activité physique, la perte de poids reste extrêmement difficile. C'est notamment le cas de patients atteints de SOPK (désormais appelé syndrome métabolique ovarien polyendocrinien, le SMOP) avec insulinorésistance ou de maladies métaboliques associées. « Je n'arrive pas à perdre du poids malgré mes régimes restrictifs et mon activité physique… J'ai découvert une résistance à l'insuline avec un prédiabète », rapporte une jeune femme sur un groupe de parole sur Facebook.
Entre progrès médical et vigilance sanitaire
L'arrivée de ces traitements relance également le débat sur les priorités de santé publique. Dans un article de Business Times, Le Pr Pierre-Vladimir Ennezat, cardiologue, appelle à la prudence face à « l'engouement pharmacologique » suscité par ces médicaments. De nombreux patients rapportent également l'existence d'effets secondaires potentiels : nausées, diarrhées, fatigue, troubles digestifs, mais aussi perte musculaire, calculs biliaires ou reprise de poids à l'arrêt du traitement.
Pour de nombreux professionnels de santé, la question dépasse le seul médicament : faut-il consacrer davantage de moyens à la prévention, à l'éducation nutritionnelle, à l'activité physique adaptée ou à l'amélioration de l'environnement alimentaire ? Un mélange de tout ça ? Une certitude demeure : en reconnaissant l'obésité comme une maladie chronique pouvant entraîner invalidité, handicap et exclusion sociale, le remboursement de ces traitements marque un changement de regard attendu depuis longtemps par les personnes concernées.
Les informations présentées dans cet article ont un caractère purement informatif et ne remplacent pas un avis médical. Les médicaments cités, notamment Wegovy® (sémaglutide) et Mounjaro® (tirzépatide), sont soumis à prescription médicale et ne conviennent pas à toutes les situations. Leur indication, leurs bénéfices et leurs risques doivent être évalués par un professionnel de santé. Toute décision de traitement doit être prise dans le cadre d'une consultation médicale.
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