Pernelle : une mannequin atypique fait sensation à Paris

Tous les regards sont braqués sur elle... Perchée sur ses prothèses, Pernelle Marcon a fait sensation sur le podium parisien de l'Open mode festival. Amputée des mains et des jambes, la jeune mannequin chamboule les codes étriqués de la mode.

29 décembre 2019 • Par

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Pernelle Marcon s'avance vers le podium, c'est bientôt à son tour de défiler. 3, 2, 1... Elle s'élance, pleine d'aplomb, les yeux rivés sur son objectif : sensibiliser. Vêtue d'un bustier noir, elle attire tous les regards. Sa particularité ? Outre une longue crinière blonde et un regard particulièrement pétillant, elle est amputée des jambes et des mains et défile avec des prothèses en carbone. Surprise, admiration, gêne... Les réactions des spectateurs ne se font pas attendre. Imperturbable, Pernelle trace sa route et signe une performance remarquée et remarquable, le 14 décembre 2019, à Paris lors de l'Open mode festival, « une version off de la Fashion week » qui prône l'inclusion et la tolérance.

Se reconstruire intégralement

C'est en 2012 que le destin de Pernelle bascule, à la suite d'une méningite foudroyante. Face à l'ampleur des lésions, l'amputation est inévitable. Elle a alors 19 ans, étudie les lettres et s'illustre dans le handball depuis sa plus tendre enfance. Après un an d'hospitalisation, elle doit se reconstruire, physiquement et psychologiquement. « Se réapproprier son nouveau corps, appréhender un environnement médical et institutionnel dont on ne sait rien et lutter contre les stigmates liés au handicap... », précise la jeune femme. Pour ce faire, elle peut compter sur l'aide de psychothérapeutes et de ses proches, un entourage « stimulant qui rend moins pénible cette immersion totale dans un monde à part ».

Trois ans plus tard, elle rencontre les co-directeurs de U-exist, studio de design orthopédique « militant », spécialisé dans la personnalisation des prothèses. « Rapidement, des liens se créent et j'accepte de poser pour ceux qui deviendront des amis », souligne l'apprentie modèle. Un shooting puis un défilé, puis deux... Pernelle se prête au jeu et fait ses premiers pas dans le monde exigeant de la mode. Les critiques ? Elle préfère ne pas y prêter attention, d'autant qu'elle en reçoit « très peu », à l'inverse des encouragements massifs.

Une « starification » à outrance ?

Friands des histoires sur le dépassement de soi, les médias s'emparent de cette « success story ». « Mon histoire semblait très vendeuse, j'avais l'impression d'être Martine ! ». « Pernelle défile. Pernelle obtient son diplôme. Pernelle se met au handisport. Pernelle, du hand au handi »... Une sacrée collection ! A tel point que certains ne se contentent plus de raconter son histoire et se l'approprient... « J'avais l'impression d'être une bête de foire, lance-t-elle. Dans certains articles, je ne me reconnaissais pas, j'étais plutôt la projection des envies des autres ». Par ailleurs, « ils délivraient un message de performance individuelle que je ne cautionne pas », ajoute cette athlète plutôt adepte des sports collectifs. Une « starification très superficielle qui l'éloigne de ses proches », estime-t-elle. Mais, « pour faire avancer les mentalités », elle finit par accepter cette visibilité et en profite pour véhiculer un message de tolérance. En octobre 2019, âgée de 27 ans, elle intègre Wanted, une agence de mannequins atypiques.

Combattre les diktats de la beauté

En parallèle, son expo photo « Un fauteuil pour mes 20 ans » montre l'envers du décor et interroge avec humour les représentations du handicap. « Cette exposition n'est pas un faire-valoir, elle vise à lever le voile sur la condition de personnes ne correspondant pas aux chimères normatives, explique-t-elle. A tous ceux qui n'ont pas les moyens de crier au grand jour qu'ils ne sont et ne souhaitent pas être 'normaux'... c'est normal ! » Adepte du « body positive », elle prône une beauté éclectique et estime qu'il est « très important de mettre en lumière des corps différents » dans les médias pour éviter de faire naître des complexes.

« Adolescente, j'étais très complexée. Après mon amputation, je me suis rendu compte que se comparer à des personnes ayant des jambes était ridicule, absurde, affirme-t-elle. La publicité et les réseaux sociaux ont un rôle majeur à jouer pour mettre un terme aux diktats de la beauté. » Selon elle, « notre société exige beaucoup (trop) de l'apparence des femmes », quitte à imposer un modèle « machiste ». « Au moment de choisir mes prothèses, j'ai dû affirmer à plusieurs reprises que je souhaitais faire passer le fonctionnel avant l'esthétique », témoigne-t-elle. Un choix incompréhensible pour le personnel soignant...

Un retard français

Pour Pernelle, être femme et handicapée, c'est la double peine. « La France a une culture particulière, elle a souvent mis à l'écart les personnes handicapées, les plaçant notamment dans des institutions », estime-t-elle. « Les 'handicaps' sont aussi construits par la société », poursuit Pernelle, qui réclame des actions politiques concrètes, plus de dialogue et des formations renforcées pour tous les professionnels agissant dans le champ du handicap. « Ce qui m'abime le plus, ce sont les discriminations au travail et au cours de la scolarité. Sans parler des discours déshumanisants des 'techniciens médicaux' ou encore de la violence institutionnelle... » « Le jour où les personnes 'valides' comprendront que la diversité est une richesse, ce sera une belle victoire collective », conclut la sportive. Echec et match ?
© DelphineChenuportraits
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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