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Personnes immunodéprimées : la hantise d'attraper le Covid

Ils vivent avec la peur d'attraper le Covid, parfois terrés chez eux : les "immunodéprimés", peu ou pas réceptifs aux vaccins, payent un lourd tribut à la pandémie. Et ils occupent un quart des lits en réanimation, malgré leurs précautions.

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Par Isabelle Tourné

Ils sont environ 300 000 en France : greffés, dialysés, transplantés, atteints de certains cancers ou prenant des traitements qui affaiblissent leur système immunitaire. Ces "immunodéprimés" sévères sont depuis le début de la crise du Covid-19 considérés comme "à très haut risque". L'arrivée du variant Omicron, extrêmement contagieux, n'a rien arrangé...

Vaccination non efficace

Delphine Blanchard, greffée du rein mais qui a toujours besoin de dialyses, n'a vu personne depuis deux mois, hormis son mari et du personnel médical. "J'ai 44 ans, je n'ai pas envie de mourir", confie-t-elle à l'AFP. "Je me déplace deux fois par semaine pour ma dialyse, c'est tout". Quasiment "auto-confinée" chez elle, elle vit dans la hantise d'être contaminée par "Omicron, au sujet duquel on sait très peu de choses". Comme beaucoup de personnes immunodéprimées, les vaccins ne sont pas efficaces sur elle. "J'ai déjà reçu quatre doses mais ça ne marche pas, alors on s'est arrêté là". Pour environ 30 % de cette population, la vaccination n'apporte aucun anticorps. "Quand des anticorps sont produits, la protection conférée par les vaccins reste bien inférieure au reste de la population", explique Yvanie Caillé, fondatrice de Renaloo, une association de patients atteints de maladies rénales.

Taux de mortalité de 15 à 20 %

En cas de contamination, la mortalité des personnes immunodéprimées est très élevée, de l'ordre de 15 à 20 % selon les associations. Malgré leurs précautions, elles occupent actuellement environ un quart des lits de réanimation, aux côtés des non-vaccinés essentiellement. Face à ce constat, six présidents d'associations ont exhorté ce week-end le président Emmanuel Macron, dans une tribune du JDD, à tout faire pour "protéger les plus fragiles". "Ces personnes vivent recluses ou dans un stress permanent, beaucoup sont en dépression", témoigne Jean-Marc Charrel, président de l'association France Rein.

Augmenter la vaccination ?

A 73 ans, greffé et recevant un traitement immunosuppresseur (qui diminue l'activité du système immunitaire pour éviter le rejet de la greffe), Jean-Marc Charrel dit avoir de "la chance de bien répondre aux vaccins". Mais Omicron l'inquiète : "J'ai peur de le choper, je viens d'acheter un stock de masques FFP2". Les associations de malades souhaiteraient une prise en charge intégrale de ces masques qui protègent davantage que les chirurgicaux mais sont plus chers. "L'un des moyens d'augmenter la protection serait que tout le monde se vaccine", plaide aussi Mme Caillé. A maintes reprises, Alain Fischer, le "Monsieur vaccin" du gouvernement, a martelé que la sécurité des personnes les plus fragiles dépendait des autres, appelant à la vaccination au nom d'une "solidarité entre citoyens d'un même pays".

Manque d'efficacité des traitements préventifs

L'accès aux traitements préventifs reste aussi un talon d'Achille de la lutte contre le Covid pour les plus fragiles, selon les associations. "En théorie, on oriente les personnes immunodéprimées chez qui le vaccin n'est pas efficace vers des anticorps monoclonaux", dit Eric Buleux, président de la fédération Transhépate, des transplantés du foie. "Mais, en pratique, c'est très compliqué". Le Ronapreve (laboratoires Roche et Regeneron) administré à titre préventif via une perfusion en intraveineuse a été jugé trop lourd par certains hôpitaux. En outre, selon des résultats préliminaires dévoilés fin décembre par l'agence de recherche ANRS/Maladies infectieuses émergentes, ce traitement semble avoir perdu son efficacité face à Omicron.

Nouveau traitement prometteur ?

Un autre traitement par anticorps -l'Evusheld d'AstraZeneca, dont l'accès précoce vient d'être rendu possible- doit être mis en place en urgence, plaident les associations. "Il faut faire cet effort logistique", demande Pierre Foucaud, le président de Vaincre la mucoviscidose, prônant une administration via "un dispositif de soins à domicile comme c'est le cas en Angleterre et dans l'Etat de New York". "Cette population est actuellement sur-représentée dans les services de réanimation, on a les moyens de l'éviter", estime-t-il.

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