Personnes vulnérables disparues : un dispositif pour agir?

Fugue, enlèvement parental, disparition inquiétante... Les personnes avec un handicap mental sont en 1ère ligne. A l'occasion de la Journée mondiale des enfants disparus, le 25 mai 2021, un collectif d'asso milite pour un dispositif d'alerte spécifique

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En France, en 2019, un mineur a été signalé disparu auprès des forces de l'ordre toutes les dix minutes. La situation est suffisamment tragique pour justifier une journée internationale dédiée, celle des « enfants disparus ». Elle aura lieu le 25 mai 2021, date choisie en souvenir d'Etan Patz, petit garçon de 6 ans enlevé le 25 mai 1979 à New York. A cette occasion, pour la première fois, le visage d'un enfant disparu était imprimé sur les briques de lait. Son meurtrier est passé aux aveux la veille du 25 mai 2012, 33 ans après la disparition. Fugue, enlèvement parental, disparition inquiétante... Aujourd'hui encore, « la disparition, ce n'est pas une fiction ! », martèle la fondation Droit d'enfance. Ce drame touche aussi les personnes en situation de handicap, notamment mental. Au fil des mois, il n'est pas rare de voir des alertes dans les médias, portant notamment sur de jeunes autistes égarés…

Wanted personnes vulnérables

Depuis plusieurs années, l'association « 1 pour tous pour tous l'autisme » milite en faveur de la mise en place d'un dispositif d'urgence « Alerte disparition personne handicapée, dépendante et vulnérable », comme cela existe pour l'alerte enlèvement enfant, mais sans limite d'âge, même si, selon sa présidente, Lætitia Achikian-Durand, « elle met les bouchées doubles lorsqu'il s'agit de mineurs ». Sa démarche concerne plus spécifiquement les personnes avec Alzheimer, Parkinson, dégénérescence du cerveau, trisomie 21, TSA (troubles du spectre de l'autisme sévère ou plus léger si d'autres critères préoccupants comme les idées suicidaires entrent en jeu)… « Notre dispositif concerne toutes les personnes handicapées qui ont une incapacité à trouver leur chemin, à manger seule, ou encore celles avec des troubles et une hypersexualité qui peuvent les exposer aux réseaux de pédocriminalité », explique-t-elle.

Un kit préventif en projet

La demande de soutien financier faite en 2019 lors d'une réunion avec le gouvernement et la Délégation autisme n'a, pour le moment, pas abouti, même si ce projet a été jugé « intéressant ». De son côté, la région Ile-de-France a promis son aide. Pour donner plus de poids à sa démarche, 1 pour tous pour tous l'autisme s'est alors rapprochée d'une quinzaine d'associations, professeurs et médecins, principalement dans le champ de l'autisme pour former un collectif (le C16), rejoint par un Comité de soutien. Objectif, d'ici peu ? S'unir en association collégiale même si cette fusion a été retardée par la crise de la Covid. Tous ont en projet un « kit préventif » composé d'outils, pour certains, déjà existants qui pourraient, entre autres, permettre de repérer et d'améliorer la prise en charge des personnes disparues. 

Une page dédiée

Pour le moment, le C16 s'appuie sur la mobilisation des réseaux sociaux, sa page Facebook (en lien ci-dessous) comptant 7 000 abonnés. Pro-actifs, ses membres permettent des issues parfois heureuses. « Une dame qui nous suivait monte dans un bus et tombe juste sur la jeune femme avec trisomie qui était recherchée, se réjouit Lætitia Achikian-Durand. Elle était perdue, incapable de rentrer chez elle. La personne, après nous avoir contactés, l'a mise dans un taxi. » Si certaines fuguent, la majorité des personnes recherchées sont simplement égarées. Mais la fin de ce parcours en lieux inconnus peut parfois s'avérer tragique. Selon la National autism association, les noyades accidentelles sont responsables de 90 % des décès d'enfants autistes de 14 ans et moins tandis que ce risque concerne également les personnes avec Alzheimer. « Deux jeunes autistes de neuf ans se sont noyés en France, déplore Lætitia, probablement attirés par les reflets de l'eau, sans conscience du danger. » En cas de disparition, il est donc nécessaire d'agir vite et bien…

Des partenariats précieux

Pour éviter d'autres drames, l'association Ikigai a rejoint le collectif ; dédiée à l'enseignement de la natation, elle propose un module « Autisme », qui prévoit dix à quinze leçons particulières. Le C16 a également noué un partenariat avec Wanted Community, suivie par près d'un million de personnes via différents groupes dans toute la France. C'est par son biais que, récemment, un adolescent autiste a pu être rapidement repéré. Certaines personnes le sont parfois très loin de chez elle, comme cette femme Alzheimer sans identité recueillie dans un hôpital à 500 km de son domicile. D'autres en Espagne, en Allemagne… ARPD, association bénévole d'assistance aux familles dans la recherche d'un proche disparu, s'est également associée à cette démarche.

En 2020, le collectif a recensé une trentaine de cas, proposant aux familles un suivi assidu, au jour le jour, et assurant le lien avec les services de police. Lorsque la personne est retrouvée, le visage est masqué sur la page, « contrairement à d'autres où la photo reste visible parfois des années, continuant d'être partagée sur les réseaux sociaux, ce qui peut créer de la confusion et porter atteinte à l'intimité », regrette un membre du C16. Les proches de personnes disparues peuvent les contacter en message privé sur leur page Facebook.

Une grande campagne nationale

Pour alerter l'opinion sur ces disparitions, la fondation Droit d'enfance, en charge du 116 000, numéro européen d'urgence en cas de disparition d'enfants, lance une grande campagne nationale qui sera diffusée sur plus de 30 chaînes de télévision et de radio, dans la presse, les gares parisiennes… Du 23 mai à 14h au 25 mai à 18h, une quinzaine de streamers réaliseront un live caritatif de 52h sur la plateforme Twitch, enrichi du témoignage de parents. Rappelons que le 116 000 est accessible partout en Europe, H24. L'équipe intervient auprès des familles dans le cadre de fugues, d'enlèvements parentaux en France ou à l'étranger, de disparitions inquiétantes de mineurs et de jeunes majeurs. Cet accompagnement se poursuit tant que la famille en exprime le besoin, y compris après le retour de l'enfant. Une aide psychologique est proposée ainsi que des conseils sur les procédures administratives et juridiques, avec l'appui d'un réseau important (polices, gendarmeries, ministères…).

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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