Au départ, il n'y a parfois qu'un minuscule point rouge. Puis, en quelques heures, la réaction prend des proportions inattendues. Chez la plupart d'entre nous, une piqûre de moustique ne laisse qu'un bouton qui démange quelques jours. Mais certaines personnes réagissent bien plus vivement aux protéines contenues dans la salive de l'insecte.
Pourquoi la peau s'emballe
Lorsqu'il pique, le moustique injecte une salive qui empêche le sang de coaguler. « Des cellules appelées mastocytes sont alors activées et libèrent de l'histamine, ce qui provoque les démangeaisons et l'inflammation », explique le professeur Peter Schmid-Grendelmeier, allergologue à l'hôpital universitaire de Zurich, sur le site du Centre d'Allergie Suisse. Un gonflement important n'est pas nécessairement synonyme d'allergie. Certaines personnes développent toutefois une hypersensibilité, dont la forme la plus spectaculaire porte le nom de syndrome de Skeeter. Dans les heures suivantes, la zone devient rouge, chaude et douloureuse. L'œdème peut dépasser dix centimètres et s'accompagner de fortes démangeaisons, de cloques, parfois de fièvre ou de ganglions. Plusieurs jours, et quelquefois une à deux semaines, sont alors nécessaires pour que tout rentre dans l'ordre.
Quand les gestes ordinaires deviennent impossibles
Les conséquences dépendent largement de l'endroit atteint. Autour d'une cheville, l'œdème peut rendre l'appui douloureux, compliquer certains gestes quotidiens comme enfiler une chaussure et contraindre à interrompre son travail. Une main gonflée peut empêcher d'écrire, conduire ou saisir un objet. Près de l'œil, la réaction peut fermer presque complètement la paupière et gêner temporairement la vision. Les enfants semblent particulièrement exposés aux fortes réactions locales. Plusieurs piqûres peuvent les laisser fiévreux, fatigués et irritables, tandis que les démangeaisons perturbent leur sommeil. Le syndrome de Skeeter touche notamment ceux qui présentent déjà un terrain atopique, comme un eczéma, une rhinite allergique ou un asthme. Avec l'âge et les piqûres successives, une tolérance peut progressivement s'installer et les réactions s'atténuer. Chez certaines personnes, toutefois, la répétition des épisodes finit par restreindre les sorties, le jardinage ou les vacances dans les régions très infestées. À la gêne physique s'ajoutent alors l'anticipation permanente des piqûres et des limitations parfois invisibles pour l'entourage.
Le moustique tigre est-il plus allergisant ?
La progression du moustique tigre alimente les inquiétudes. Une première exposition à cette espèce peut entraîner une réaction marquée. Sa piqûre ne serait pourtant pas plus allergisante que celle des moustiques implantés de longue date, précise le Centre d'Allergie Suisse. Le principal danger d'Aedes albopictus tient à sa capacité à transmettre la dengue, le chikungunya ou le Zika, non à une plus grande gravité de ses réactions cutanées.
Une réaction parfois confondue avec une infection
Rouge, chaude, gonflée et douloureuse, la peau peut faire penser à une infection bactérienne. Il faut bien distinguer le syndrome de Skeeter qui survient dans les heures suivant la piqûre, de l'infection qui s'installe généralement après un ou plusieurs jours et continue de s'étendre. À force de se gratter jusqu'au sang, on ouvre la voie aux bactéries. Une douleur croissante, du pus, des stries rouges ou une fièvre persistante doivent conduire à consulter. Les lésions les plus profondes peuvent aussi laisser des cicatrices ou des marques pigmentées.
Parfois le signe d'une autre maladie
Une réaction très sévère apparue à l'âge adulte ne doit pas toujours être banalisée. Des observations cliniques publiées dans les Mayo Clinic Proceedings et dans Frontiers in Immunology, citées par le blog Réalités biomédicales, hébergé par Le Monde, montrent que des lésions récidivantes, bulleuses ou ulcérées peuvent, exceptionnellement, être associées à certaines maladies immunitaires ou hématologiques. Une forte réaction locale ne signifie évidemment pas que l'on souffre d'un cancer. En revanche, l'apparition récente, chez un adulte, de lésions inhabituelles accompagnées de fièvre, de ganglions, d'une grande fatigue ou de cicatrices persistantes justifie un avis médical.
Quand la réaction se généralise
Une réaction allergique généralisée peut survenir dans les minutes qui suivent la piqûre. « La réaction est locale et importante, mais on peut aussi réagir à distance », précise le docteur Habib Chabane, allergologue, interrogé par Parents.fr. Les réactions généralisées aux piqûres de moustiques restent beaucoup plus rares qu'après une piqûre d'abeille ou de guêpe. Une urticaire sur tout le corps, un gonflement du visage ou de la gorge, une respiration sifflante, des vomissements ou un malaise nécessitent néanmoins d'appeler immédiatement le 15 ou le 112. Un bilan allergologique devra ensuite être réalisé.
Apaiser sans attendre
Du froid enveloppé dans un linge et la surélévation du membre aident à contenir l'œdème. Un antihistaminique oral ou un dermocorticoïde, utilisés sur les conseils d'un professionnel de santé, peuvent calmer les démangeaisons. Mieux vaut ne pas percer les cloques. « En cas de gêne importante ou de réaction étendue, un avis médical peut être nécessaire », rappelle l'Assurance maladie sur Ameli.fr. Vêtements longs, moustiquaires, répulsifs adaptés et élimination des eaux stagnantes réduisent enfin le risque. Chez les plus sensibles, une piqûre presque invisible suffit parfois à mettre tout un membre au repos.
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