« Les résultats ont encore baissé », « comment expliquer la baisse du niveau des élèves ? » À chaque publication des résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), la même musique revient. L'enquête PISA 2025, dévoilée le 8 septembre dernier, n'a pas fait exception : en France, les scores en compréhension de l'écrit et en mathématiques des élèves de 15 ans n'ont jamais été aussi bas depuis 2000.
Mais derrière les scores, une question se pose : qui passe réellement le test PISA ? Et en particulier, quelle est la place des élèves en situation de handicap ? L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui pilote le programme, donne des éléments de réponse dans un travail de recherche sur l'inclusion des « élèves avec des besoins éducatifs spécifiques », publié en 2025. L'organisation admet avoir appliqué jusqu'à présent des règles assez strictes de participation, pour des raisons « logistiques » et de « comparabilité » des résultats.
341 élèves français exclus du test en 2025
« Beaucoup de pays se retrouvent obligés d'exclure un certain nombre d'élèves », détaille Camille Voisin, l'une des autrices de ce travail de recherche, aujourd'hui membre du Centre de recherche sur les inégalités sociales (CRIS). L'OCDE encadre néanmoins ce phénomène : le taux global d'élèves exclus d'un pays doit rester inférieur à 5 % de la population cible, à savoir les jeunes âgés de 15 ans et 3 mois à 16 ans et 2 mois au moment de l'évaluation. Ces élèves doivent aussi être scolarisés dans des établissements d'enseignement et en être au minimum au « grade 7 », c'est-à-dire la classe 5ème en France. Les jeunes de cet âge qui ne sont pas scolarisés ne font donc pas partie de la population cible du PISA.
Lors du dernier test PISA, 6 501 élèves français ont participé, et 341 en ont été exclus, selon des documents fournis par l'OCDE : 31 en raison d'un handicap physique (« functional disability ») et 235 d'un handicap mental (« intellectual disability »). Le taux d'exclusion atteindrait ainsi 4,98 %, juste en dessous du seuil de 5 %. L'OCDE précise à Handicap.fr que le nombre d'élèves en situation de handicap ayant participé ou non au programme n'est en revanche pas une donnée dont elle dispose.
La lecture à voix haute interdite
Plusieurs types de handicap sont pourtant susceptibles d'empêcher les élèves de participer au test tel qu'il existe aujourd'hui. S'il est possible de passer l'épreuve en petit groupe, d'utiliser des appareils auditifs ou de bénéficier d'une lecture des instructions en langue des signes, d'autres dispositifs sont à l'inverse explicitement interdits, comme des outils pour grossir le texte ou la lecture à voix haute des consignes.
Les travaux de l'OCDE identifient cinq types d'élèves souvent exclus du programme PISA : ceux avec des difficultés de concentration, de comportement, de lecture, et ceux qui ont des troubles visuels modérés ou graves.
Un PISA accessible testé dans sept pays
Pour tenter de réduire ces barrières, l'OCDE a mené une étude pilote dans sept pays, dont la France, à laquelle Camille Voisin a participé : « On a voulu développer un test en parallèle du test principal, pour les élèves avec besoins éducatifs particuliers », détaille-t-elle. Les chercheurs ont testé plusieurs solutions, parfois inspirées des outils déjà mis en place lors des évaluations nationales : un test plus court, des pauses pendant l'épreuve, une fonction de lecture à voix haute, ainsi que des adaptations visuelles, notamment des contrastes renforcés ou la possibilité de grossir le texte.
Les premiers résultats sont plutôt encourageants. Plus de 80 % des élèves ont semblé impliqués dans l'épreuve, indique le rapport. La lecture à voix haute et l'augmentation des contrastes ont particulièrement fait leurs preuves. « Ce n'est que le début du travail », reconnaît néanmoins Camille Voisin, qui aujourd'hui ne travaille plus pour l'OCDE. Ce travail de recherche doit se poursuivre dans les années à venir pour perfectionner ce test PISA 2.0.
Un objectif à long terme
Le test PISA 100 % accessible n'est donc pas pour tout de suite. L'OCDE indique à Handicap.fr que cette étude pilote « vise à jeter les bases d'une évaluation PISA plus accessible à l'avenir. [...] Nous espérons que ces données contribueront à l'évolution continue de la méthodologie PISA. » L'organisation nuance néanmoins : « L'amélioration de l'accessibilité est un objectif à long terme et il est peu probable que des changements méthodologiques radicaux interviennent au cours des prochaines années. » Qualifiant l'accessibilité de « question complexe dans le cadre d'une évaluation internationale », l'OCDE considère qu'il faut « trouver un équilibre délicat entre le renforcement de l'inclusion et le maintien de la validité de l'évaluation ainsi que de la comparabilité des résultats entre les pays ».
Camille Voisin reconnaît que l'étude pilote n'a pas permis d'établir si l'inclusion d'un panel plus large d'élèves avait un impact sur les scores. La chercheuse insiste néanmoins sur un point : « A terme, c'est possible d'intégrer tous les enfants scolarisés au test. Et surtout, c'est souhaitable. Aujourd'hui les résultats sont quand même biaisés puisqu'ils excluent beaucoup d'élèves. » Selon elle, l'objectif serait même d'aller au-delà d'aménagements spécifiques et d'arriver à proposer directement un test « vraiment accessible à tout le monde ».
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