Reportage : Pooki, la chienne assistante dentaire de l'AP-HP

À l'hôpital Bretonneau (AP-HP), dans le 18e arrondissement de la capitale, Pooki accompagne chaque vendredi des enfants autistes lors de leurs soins dentaires. Une présence qui aide à réduire l'anxiété et à apprivoiser peu à peu le cabinet.

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« Camille, ouvre, je te montre, ouvre. Ici. » Dans le cabinet de médecine bucco-dentaire de l'hôpital Bretonneau de l'AP-HP, le soin commence presque comme un jeu. « 1, 2, 3… » Face au jeune patient, Pooki, chienne médiatrice, est là, attentive au bruit de la fraise dentaire ou aux cris de l'enfant qu'elle surveille d'un regard tendre. Aujourd'hui, c'est Camille qu'elle accompagne, un garçon autiste, pour qui les soins dentaires étaient jusqu'à présent impossibles.

Pour Yann, son papa, les cris et la crispation ne sont plus qu'un lointain souvenir grâce à la berger créole. Tous les vendredis matin, elle retrouve sa maîtresse et médiatrice animale, Lola Pasztor, pour accompagner de jeunes patients, de la salle d'attente jusqu'à la fin du traitement. La présence de l'animal s'inscrit dans un accompagnement préparé et personnalisé, encadré par des médecins. « Tout le monde a peur du dentiste, de la piqûre », sourit le Pre Violaine Smail-Faugeron, à l'origine de l'essai clinique randomisé avec Pooki, au sein de l'établissement hospitalier. Pour certains enfants autistes, l'environnement, les bruits, les gestes ou les sensations peuvent toutefois rendre la consultation particulièrement difficile. Pooki devient alors un point de repère, une source de distraction, mais aussi un support pour créer une première relation de confiance.

Avant le soin, apprivoiser le cabinet dentaire

« Mais vous n'avez rien fait aujourd'hui », peuvent parfois penser les parents après une séance sans véritable soin. Pourtant, « on a fait un travail énorme » pour rendre les suivants possibles, temporise Violaine Smail-Faugeron. Cette habituation au cabinet, au praticien et aux instruments constitue une étape essentielle. Et chaque enfant impose son rythme : « Tout dépend de l'enfant qui va arriver et de ce qu'il va nous montrer. » Pour ceux qui communiquent peu ou pas par la parole, les professionnels observent les réactions, les gestes et les préférences sensorielles. « Ça peut être le toucher, ça peut être visuel, ça peut être auditif. » Pour Camille, ce matin-là, le déclic passe notamment par le métro. Il énumère toutes les stations de la ligne 6 parisienne et ça le rassure.

Pooki peut aussi servir de modèle, de récompense ou de médiateur sensoriel. Dans l'étude randomisée menée à partir de 2023 auprès de 49 enfants autistes âgés de 6 à 16 ans, la présence de la chienne lors des deux premières séances a été associée à une anxiété significativement plus faible lors de la troisième, alors même que l'animal n'était plus présent. Les résultats ont été publiés dans Pediatrics en janvier 2026.

Une présence bénéfique aussi pour les soignants

Les bénéfices observés ne concernent pas uniquement les jeunes patients. L'étude rapporte également un effet sur l'anxiété et le stress ressentis par les équipes médicales. Une donnée qui contribue à faire de la médiation canine un outil complémentaire aux approches déjà utilisées, comme l'hypnose, le renforcement positif ou la modélisation. « Les consultations en elles-mêmes ont un énorme rôle », souligne l'équipe : elles permettent progressivement de « désensibiliser l'enfant » et de construire la confiance nécessaire aux soins. Après les résultats de l'étude, l'Agence régionale de santé d'Île-de-France a finalement accordé un financement permettant à Pooki de poursuivre ses interventions à l'hôpital Bretonneau. Certaines familles ont même choisi d'adopter un chien à la suite de cette expérience. Mais au cabinet, une règle demeure : l'animal n'est jamais une solution isolée. « Il faut qu'il y ait tout qui soit mis en place pour que ça marche. » Et ce vendredi matin, lorsque Camille réussit l'étape attendue, les encouragements fusent : « Bravo Camille ! C'est très bien ! » Pooki, elle, reste imperturbable. Sa tête est posée contre sa patte, à même le sol, signe que la mission du jour est accomplie, avant la suivante.

©Clotilde Costil

Pooki dans le cabinet dentaire.
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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