Il tient d'abord sans trop de mal. Debout sur une planche de surf posée sur des coussins d'air, un visiteur teste son équilibre. Puis vient un casque de réalité virtuelle qui altère sa vision. « Oh la vache », lâche-t-il après quelques secondes, soudain beaucoup plus concentré. L'animation est proposée par JKO Sport, agence spécialisée dans l'inclusion par le sport. Elle s'inspire de la pratique de Lou Méchiche, parasurfeuse malvoyante de haut niveau : le casque vise à reproduire une partie de sa perception visuelle.
Ouverture du salon par la ministre
« Ça marque directement et le message peut rester plus longtemps dans les mémoires », explique Lou Méchiche. Souvent interrogée sur sa façon de voir, elle apprécie l'efficacité de la mise en situation : « Quoi de mieux qu'un casque qui explique directement ? » Une fois le casque enfilé, observe-t-elle, les participants plaisantent moins et se concentrent davantage sur leur équilibre. L'exercice permet aussi, ajoute-t-elle, de lever des questions parfois taboues lors des conférences. La parasurfeuse n'est d'ailleurs pas la seule figure du parasport à croiser dans les allées. Esteban Herrault, médaillé de bronze en double en para tennis de table aux Jeux paralympiques de Paris 2024, est lui aussi présent sur le stand.
Au Palais des Congrès de Paris ce jeudi 1er octobre, cette scène résume assez bien l'ambiance de la dixième édition d'Inclusiv'Day. (Inclusiv'Day 2026 : innover pour l'emploi et le handicap). Ouverte le matin par Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, et Danielle Deruy, directrice générale du groupe AEF, l'édition anniversaire voit politiques, entreprises, associations et simples visiteurs se mêler dans les allées.
La « place des 10 ans »
Autour de la « Place des 10 ans », des visiteurs s'arrêtent, s'assoient ou filment. Quelques notes de musique ponctuent les prises de parole, tandis que les applaudissements d'une scène se mêlent parfois à ceux d'une autre. En début d'après-midi, CNP Assurances remet plusieurs prix de l'initiative inclusive en entreprise. Parmi les lauréats, AirZen Radio - qui appartient au même groupe que Handicap.fr – décroche le prix Or pour l'intégration dans sa rédaction de Jeanne Métivier, journaliste avec une trisomie 21. (" C'est un truc de ouf ")
Sensibiliser sans faire la leçon
Le mot « ludique » revient souvent. Ariane Marin, alternante chargée de mission handicap dans une filiale du Crédit Agricole, est venue chercher des idées de sensibilisation et découvrir des prestataires. Après avoir testé le parasurf, elle retient justement l'intérêt de passer « par des choses très concrètes comme le jeu ou le sport ». Selon elle, « rendre les choses ludiques » constitue aujourd'hui l'une des pistes fortes pour sensibiliser en entreprise.
Même logique chez Talentéo, qui utilise le gaming et différentes manières de jouer pour parler d'adaptation, ou chez En impro. Cette troupe a choisi le stand-up comme « cheval de Troie », en proposant d'abord un véritable comedy club dans lequel sont ensuite glissés saynètes et échanges autour du handicap. Le constat à l'origine du projet est moins léger : dans les entreprises, les ateliers classiques attirent souvent ceux qui sont déjà sensibilisés, quand les autres ne se sentent pas concernés.
Jennifer Matondo, infirmière en santé au travail et référente handicap, découvre pour sa part Inclusiv'Day. Elle s'attendait à quelque chose de « plus classique, scolaire ». Elle trouve au contraire l'événement « dynamique », « vivant », et profite des échanges avec les exposants pour recueillir des idées à mettre ensuite en œuvre dans son entreprise.
«Je bégaie, et alors»
Derrière les animations, un autre thème traverse la journée : la confiance. Sur la Place des 10 ans, l'association Éloquence de la différence invite des volontaires à monter spontanément sur scène. Zakaria, qui bégaie, raconte qu'il jugeait autrefois « impensable voire inimaginable » de prendre ainsi la parole en public, notamment par peur du regard des autres. Le programme lui a appris à se faire confiance et à se dire : « Je bégaie, et alors. »
Plus tard dans l'après-midi, la question ressurgit sous une autre forme lors d'une table ronde consacrée aux salariés aidants : comment parler de sa situation sans craindre d'être considéré comme moins disponible ou moins engagé ? Puis, devant une salle presque pleine, les échanges sur la santé mentale insistent à leur tour sur la libération de la parole, la capacité à repérer les difficultés et le rôle des collectifs de travail.
Des outils, mais encore des cases
Pour beaucoup de professionnels croisés dans les allées, l'enjeu n'est d'ailleurs plus seulement de découvrir le sujet. Sur le stand de la Fresque de la diversité, une intervenante observe que les visiteurs sont souvent déjà chargés de ces questions dans leur organisation : ils viennent surtout « chercher des outils pour pouvoir mettre en œuvre leur politique ».
Le salon fait pourtant apparaître quelques contradictions. Au Village des travailleurs indépendants handicapés (TIH), Joachim Fontfreyde, dirigeant de Keepya, cabinet de cybersécurité, souligne que son activité n'a « aucun lien avec le handicap ». Son statut peut faciliter l'accès à certains circuits d'achats inclusifs, mais l'emplacement peut aussi brouiller la lecture de son offre. Il dit avoir davantage prospecté en circulant dans le salon qu'en restant sur son stand. Une limite qui résume peut-être l'un des défis aperçus au fil de cette journée : rendre le handicap visible, ouvrir des portes et créer de la confiance, sans enfermer les personnes concernées dans une nouvelle case.
©Solène Alifat


