Handicap.fr : Vous participez depuis plusieurs mois aux travaux préparatoires de cette Conférence nationale du handicap (CNH). Concrètement, comment l'Association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées (APHPP) a-t-elle travaillé en amont ?
Matthieu Annereau : Nous avons participé aux différents groupes de travail, notamment ceux du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), ainsi qu'à travers l'engagement de nos membres élus, représentants d'associations d'élus. Des groupes de réflexion internes à l'APHPP ont également permis de faire émerger des propositions que j'ai pu porter directement auprès de la ministre, en tant que président de l'association.
Handicap.fr : Quelles propositions avez-vous portées ?
MA : Nous plaidons notamment pour un équilibre entre sanctions et valorisation des « bons élèves » en matière d'accessibilité, avec un système de bonus-malus. Sur l'éducation, nous défendons une formation renforcée de l'ensemble des enseignants au handicap, ainsi qu'un véritable statut des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), co-construit avec eux. Sur l'emploi, nous proposons de passer l'obligation d'emploi de 6 à 7 %, dans le public comme dans le privé, et de rendre obligatoires des formations au handicap pour les recruteurs et les managers. Enfin, sur la citoyenneté, nous défendons l'instauration de quotas de participation de personnes en situation de handicap sur les listes électorales et dans les assemblées, comme cela commence à exister dans certains pays.
H.fr : Trois ans après la dernière CNH, quel bilan faites-vous des annonces faites à l'Élysée ? Qu'est-ce qui a réellement avancé et qu'est-ce qui reste au stade des promesses ?
MA : L'avancée la plus durable et la plus amplifiée est la prise en compte transversale du handicap dans l'ensemble des politiques publiques. En revanche, une promesse importante reste inachevée : celle du président de la République d'instaurer des sanctions financières pour les établissements recevant du public (ERP) non accessibles à partir de 2024. Elle doit aujourd'hui faire l'objet d'une annonce forte lors de la CNH 2026.
H.fr : De nombreuses associations dénoncent un décalage entre les annonces et leur mise en œuvre. Cette CNH 2026 est-elle une conférence de plus ou un véritable moment de décision politique ?
MA : C'est toujours le dilemme d'une fin de quinquennat. J'espère une mobilisation forte du chef de l'État pour des annonces majeures et structurantes lors de cette CNH. J'attends également un engagement plus fort des candidats à la présidentielle sur ces sujets, ce qui n'est pas suffisamment le cas aujourd'hui.
H.fr : Le Comité interministériel du handicap (CIH) de mars 2025 a remis l'accent sur l'accessibilité, les parcours de vie, l'école et l'emploi. Dans quelle mesure cette feuille de route va-t-elle orienter les annonces du 25 juin ?
MA : Ces thématiques ont effectivement été au cœur du dernier CIH. Nous attendons donc des annonces concrètes pour faire réellement bouger les lignes.
H.fr : Si vous deviez identifier un combat prioritaire pour les trois prochaines années, celui sur lequel la CNH ne peut pas échouer, lequel serait-il ?
MA : L'enjeu fondamental, c'est l'accessibilité. Sans accessibilité, il n'y a ni inclusion ni autonomie. Il faut une véritable planification pluriannuelle de l'accessibilité, à l'image de la planification écologique : structurée, financée et pilotée dans le temps.
H.fr : Cette conférence se tient dans un contexte budgétaire tendu et après des relations parfois compliquées entre associations et pouvoirs publics. Sentez-vous une CNH sous tension ?
MA : Il n'y a pas de tension particulière. Nous savons tous que les budgets de la nation sont contraints. Mais il ne doit pas y avoir d'économies sur le handicap tant que les objectifs de la loi de 2005 ne sont pas respectés et traduits concrètement dans le droit. Et pour tout ce qui ne relève pas du budget, il faut lever les freins liés à certains lobbys : si les moyens manquent, il faut des politiques volontaristes.
H.fr : Qu'est-ce qui pourrait faire dire, le 26 juin au matin, que cette CNH est différente des précédentes ?
MA : La mise en place d'une véritable feuille de route, une stratégie handicap à 5 et 10 ans, serait un signal fort et structurant.
©Matthieu Annereau / Facebook


