Fortes chaleurs : les ESMS ont-ils vraiment tenu le choc ?

Températures extrêmes, équipes épuisées, soins perturbés... Un sondage national révèle l'impact concret des canicules dans les établissements sanitaires et médico-sociaux. Un signal d'alerte pour mieux préparer les prochaines vagues de chaleur.

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un vieil homme allongé sur un lit, entouré de soignants

« Les patients ne pouvaient plus dormir. Certains ont été perfusés pour limiter la déshydratation », « plusieurs séances de rééducation ont dû être annulées », « le manque de bras s'est fait d'autant plus ressentir »... Derrière ces témoignages, un constat : les établissements médico-sociaux, largement absents du débat public pendant les canicules de juin et juillet 2026, ont eux aussi subi de plein fouet les températures extrêmes. Selon un sondage du Comité pour le développement durable en santé (C2DS), une association qui fédère des établissements sanitaires et médico-sociaux engagés dans une démarche de développement durable, réalisé auprès de 362 professionnels dans 63 départements, 37,6 % des répondants déclarent avoir travaillé dans des locaux atteignant 31 à 40 °C, dont 11,2 % entre 36 et 40 °C. Pourtant, près de 70 % des établissements disposaient déjà de systèmes de refroidissement (climatisation, ventilation...), preuve que les équipements existants ne suffisent plus toujours à contenir les effets des épisodes climatiques extrêmes.

Ce bilan intervient alors que Santé publique France a estimé le 22 juillet 2026 à 5 764 le nombre de décès en excès enregistrés durant la période caniculaire du 17 juin au 2 juillet 2026, rappelant que les personnes âgées, handicapées ou atteintes de maladies chroniques figurent parmi les plus vulnérables. Face à cette situation, la ministre déléguée chargée du Handicap avait annoncé dès le mois de juin une enveloppe supplémentaire de 50 millions d'euros pour aider les établissements médico-sociaux à mieux affronter les fortes chaleurs ( Canicule : les annonces de la ministre du Handicap).

Des soins maintenus... mais parfois dégradés

Les soignants assurent avoir « tenu le système », comme lors de la crise du Covid. Mais à quel prix ? Et pour combien de temps ? Près d'un répondant sur deux (50 %) estime que la canicule a fortement ou très fortement affecté la qualité des soins. Les témoignages décrivent des transferts de résidents vers les rares chambres climatisées, des consultations ou séances de rééducation reportées, une surveillance renforcée des personnes les plus fragiles, mais aussi des conditions de travail devenues intenables. « Les patients étaient très apathiques », rapporte un professionnel ; un autre évoque « des chambres à 33 ou 34 °C », « des climatiseurs en panne faute de budget » et l'absence d'anticipation. Impossible de maintenir les rendez-vous de rééducation, informe un soignant : « Les évaluations étaient biaisées par une baisse de performance due à la chaleur (essoufflements, fatigue, œdème, ...) ». Si aucune atteinte majeure à la sécurité des soins n'est rapportée dans cette enquête, certains alertent néanmoins sur un risque infectieux accru et sur la difficulté croissante à maintenir une prise en charge optimale.

Autre enseignement majeur : l'épuisement des équipes. 52,9 % des professionnels se disent fatigués, tandis que 68,7 % considèrent désormais cette fatigue comme le principal risque du changement climatique pour les établissements de santé, bien avant les questions énergétiques ou d'approvisionnement en eau. Plus d'un tiers estime d'ailleurs n'avoir reçu aucune aide suffisante pour faire face à la canicule. 24 % expriment un sentiment d'impuissance et 23,7 % de la colère.

Mieux préparer les prochaines vagues de chaleur

Pour le C2DS, ces résultats montrent que l'adaptation des établissements ne peut plus se limiter à installer quelques climatiseurs mobiles en urgence. L'association recommande notamment de cartographier les espaces réellement rafraîchis, afin d'identifier rapidement les zones refuges lors des épisodes de chaleur, et d'intégrer ce risque dans les plans de gestion des établissements. Elle prévoit également de réunir ses 13 clubs métiers à la rentrée afin de définir des mesures concrètes, rapidement applicables sur le terrain. En parallèle, des solutions de bon sens thermique telles que l'installation de protections solaires extérieures (volets, stores, ombrières), déjà présentes dans un tiers des établissements répondants permettent de réduire préventivement la température interne des bâtiments sans surconsommation énergétique.

Au-delà des investissements immobiliers, les professionnels interrogés réclament surtout davantage d'anticipation, des plans d'action mieux coordonnés, une maintenance renforcée des équipements de refroidissement et une réflexion sur l'organisation du travail lors des épisodes extrêmes. Dans un contexte où les canicules sont appelées à devenir plus fréquentes et plus intenses, le défi consiste désormais à adapter durablement les établissements médico-sociaux pour protéger à la fois les résidents... et ceux qui les accompagnent au quotidien.

©Kampus Production de Pexels / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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