Dans l'émission de M6, Sarah réconcilie business et handicap

Le 14 janvier 2020, pour la 1ère de l'émission "Qui veut être mon associé ?", sur M6, le projet et la personnalité de Sarah da Silva Gomes ont fait chavirer le jury. Retour sur cette expérience full succès pour son entreprise de mode adaptée.

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Handicap.fr : Sarah, qui êtes-vous ?
Sarah da Silva Gomes : J'ai créé l'entreprise Constant & Zoé en 2015, à Lyon. Une dizaine de personnes travaillent à mes côtés pour concevoir des vêtements astucieux pour faciliter l'habillage des personnes handicapées (articles en lien ci-dessous). C'est mon frère Constant, polyhandicapé, qui m'a montré la voie. Dépendant, en fauteuil roulant et très raide, il nous donne du fil à retordre au moment de la toilette. Cette idée m'a été soufflée par ma mère...

H.fr : Comment avez-vous été castée pour participer à cette émission, dont l'objectif est de mettre en relation des entrepreneurs avec des investisseurs ?
SDSG : La production m'a contactée en janvier 2019, après avoir repéré mon profil sur internet, comme d'autres candidats. Elle a ensuite mis en place tout un processus de sélection.

H.fr : Cette idée vous a séduite, vous aviez besoin de développer votre activité ?
SDSG : Au début, j'étais assez hésitante, j'avais peur de m'exposer et, face aux critiques éventuelles, de mettre en danger mon entreprise et ceux qui m'avaient fait confiance. Et tout cela en public, devant des millions de téléspectateurs. Mais nous devions faire une nouvelle levée de fonds, il fallait saisir cette opportunité.

H.fr : Le tournage n'a pas eu lieu en direct, j'imagine...
SDSG : Non, c'était en juillet.

H.fr : Vous avez dû garder le secret durant 6 mois ?
SDSG : Eh oui ! Mais, j'en ai profité pour continuer à solliciter d'autres investisseurs... J'avais besoin de 500 000 euros et j'en demandais 200 000 aux jurés, m'engageant à trouver le complément de mon côté. C'était le deal que je m'étais fixé. Finalement, ces 5 entrepreneurs m'ont proposé 350 000 au total.

H.fr : Tous les jurés étaient dans l'émotion... Lorsqu'on parle de handicap, faut-il en passer par là ?
SDSG : Non, je ne pense pas et ce n'est pas du tout le message que j'ai voulu faire passer. Je redoutais un peu que le contexte soit "larmoyant" mais ça n'a pas du tout été le cas. Il y a d'ailleurs le même ressenti dans les nombreux retours que j'ai eus.

H.fr : De la part de qui ?
SDSG : De tous. Des particuliers, des frères et sœurs, des professionnels de santé, des libéraux, des entrepreneurs, des fournisseurs, des investisseurs, des donateurs… J'ai même reçu des CV. Pour répondre à votre question, tous m'ont dit qu'ils avaient été agréablement surpris par la sincérité des échanges. Les larmes ont, il est vrai, coulé à la fin mais ce passage ne représente que les 5 dernières minutes. Auparavant, il y a eu 1h30 d'échanges très professionnels et techniques, en face à face. C'était d'ailleurs assez éprouvant, et c'est l'adrénaline qui vous tient en haleine. Je peux vous assurer qu'on n'était vraiment pas dans le pathos ! Jusqu'au dernier moment, je n'avais pas du tout la certitude que c'était gagné. Et puis Delphine André (GCA Transport et logistique), très émue, a finalement embarqué tout le monde... Même en régie, les techniciens étaient au bord des larmes. C'était incroyable.

H.fr : Vous avez été surprise par ce flot de compliments ?
SDSG : Oui, sur le moment, il faut l'intégrer, surtout avec le stress. J'avais envie de me cacher car je n'ai pas l'habitude d'exprimer mes émotions. Et puis il y a eu du soulagement, de la joie... Et lorsque je vois ce qui se passe sur les réseaux sociaux depuis, je me dis que j'ai fait ce qu'il fallait.

H.fr : Vous avez dit, au cours de l'émission, "J'ai envie de réconcilier handicap et business". C'est une ambition légitime mais qui ne tombe pas encore sous le sens...
SDSG : En effet, c'est encore compliqué de faire rimer handicap avec business en France. L'une de mes appréhensions en participant à ce programme était de dévoiler les éléments financiers à des millions de téléspectateurs et d'être attaquée pour de mauvaises raisons. Tout le monde ne travaille pas dans un service comptable ou financier, tout le monde ne maîtrise pas ce jargon. Ne pourrait-on pas me montrer du doigt quand j'annonce une levée de fonds de 500 000 euros sans comprendre qu'il s'agit d'un besoin réel pour faire vivre l'entreprise et continuer à développer notre activité, a fortiori dans une filière, celle du textile, ultra-sensible, voire périlleuse ? Je tiens à préciser qu'elle n'est toujours pas rentable, après 4 ans d'existence. Ces fonds sont donc nécessaires pour assurer notre survie, avec le projet de devenir rentable d'ici 3 ans. Pour le moment, nous n'avons reçu aucun retour négatif à ce sujet. Au contraire, tous semblent avoir apprécié mon propos.

H.fr : Pour Constant & Zoé, une nouvelle étape vient donc d'être franchie qui va lui donner un nouvel élan ?
SDSG : L'avenir nous le dira... Mais le pic de trafic sur notre site a été phénoménal dès la diffusion. Nous avons comptabilisé 22 000 connexions alors que nous sommes en moyenne à une centaine par jour. Nous avons également reçu 2 000 commandes. Notre challenge immédiat : répondre rapidement à la demande. Il y aura peut-être un petit délai...

H.fr : Constant, votre frère, a-t-il saisi l'enjeu de cet événement ?
SDSG : Il comprend qu'il se passe quelque chose. Je lui raconte tout, lui lis des passages d'articles et tous les messages qui lui sont adressés.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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