Médicaments critiques : l'UE prescrit la solidarité

Face à l'explosion des pénuries de médicaments, le Parlement européen a adopté le 20 janvier 2026 un texte clé pour sécuriser l'accès aux traitements essentiels. Un tournant pour les personnes handicapées, particulièrement touchées par ces ruptures.

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C'est un signal politique fort envoyé depuis Strasbourg. Le Parlement européen a adopté le 20 janvier 2026 le règlement sur les médicaments critiques à une écrasante majorité : 503 voix pour. Un consensus à la hauteur d'une situation devenue intenable (Pénurie de psychotropes : les engrenages d'une crise). Entre 2018 et 2023, les signalements de pénuries de médicaments dans l'Union européenne ont augmenté de plus de 60 % selon l'institution. Derrière ces chiffres, des réalités très concrètes : traitements interrompus, substitutions hasardeuses, angoisse permanente pour les patients chroniques. Aujourd'hui encore, plus de 50 % des ruptures signalées sont liées à des problèmes de fabrication.

Fin de la loi du plus fort entre États membres

Le texte, porté par l'eurodéputé croate Tomislav Sokol (parti Démocrates-chrétiens), s'attaque à une injustice structurelle. Jusqu'ici, en cas de tension sur les stocks, les premiers pays servis étaient souvent les plus puissants économiquement. Résultat : la France ou l'Allemagne sécurisaient leurs approvisionnements, tandis que d'autres États membres se retrouvaient en bout de chaîne. « Nous avons établi un principe clair et fort pour les marchés publics : le prix ne peut plus être le seul critère lors de l'attribution de contrats pour des médicaments. La sécurité de l'approvisionnement, la résilience des chaînes de production et la capacité de fabrication au sein de l'UE doivent être prises en compte », a expliqué Tomislav Sokol. Le « Critical medicines act » introduit un mécanisme européen de coordination des stocks. Concrètement, un bouclier de solidarité permet à un pays en difficulté de bénéficier des stocks excédentaires d'autres États membres. Une avancée saluée, même si certains élus restent prudents. 

Relocaliser sans faire payer les patients

Autre pilier majeur : le prix ne sera plus l'unique critère des achats publics. Désormais, les États devront privilégier les fabricants garantissant que 50 % au moins de la substance active est produite en Europe. L'objectif est clair : réduire la dépendance de l'Union vis-à-vis de l'Asie pour des médicaments essentiels comme l'insuline, les antibiotiques ou les vaccins. Produire en Europe coûte plus cher, un fait reconnu par tous les groupes politiques. Mais le Parlement pousse pour que ce surcoût soit mutualisé, via un budget dédié dans le cadre d'Horizon Europe 2028-2034, afin d'éviter toute hausse des prix en pharmacie. 

Produire en Europe, mais pas à n'importe quel prix écologique

Relocaliser, oui, polluer davantage, non ! Plusieurs eurodéputés, dont Tilly Metz, élue luxembourgeoise des Verts, ont tenu à poser une ligne rouge : les aides financières européennes seront conditionnées à des critères environnementaux stricts. Produire en Europe, c'est aussi produire avec des normes sanitaires et écologiques plus exigeantes qu'en Chine ou en Inde (premiers exportateurs de génériques au monde), avec la garantie de médicaments plus « propres ». 

Signaler un risque de pénurie 6 mois à l'avance

Dernier point clé du texte : l'anticipation des pénuries. Jusqu'ici, certains laboratoires n'alertaient les autorités qu'à la dernière minute, parfois à peine deux mois avant une rupture. Demain, tout risque de pénurie devra être signalé au moins six mois à l'avance. Un délai crucial pour permettre aux médecins d'identifier des alternatives thérapeutiques et d'éviter les ruptures brutales de traitement. Le Parlement assouplit également les règles d'achats groupés : il suffira désormais de cinq pays partenaires, contre neuf auparavant, pour lancer une commande commune et peser davantage face aux industriels.

Un consensus rare, des négociations décisives à venir

Si les groupes politiques se sont opposés sur les modalités financières, le débat a révélé un accord quasi unanime sur un point : le statu quo n'est plus possible. Les négociations finales avec les États membres débuteront le 2 février 2026, avec une signature attendue d'ici juin et une publication au Journal officiel européen, en toute logique fin 2026. « Le droit d'avoir accès à un traitement est un bien fondamental, je me réjouis de cette avancée cruciale », a déclaré Tilly Metz.

© Clotilde Costil

L’hémicycle du Parlement européen avec les députés.
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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