1825. Une date qui marque un tournant dans l'histoire du handicap visuel. Cette année-là, Louis Braille, 16 ans, invente le système d'écriture qui porte son nom et va constituer la plus grande avancée pour les personnes aveugles et malvoyantes des 200 prochaines années. La canne blanche, conçue un siècle plus tard, constituera un autre tournant. Mais depuis une vingtaine d'années, une troisième étape s'est engagée : celle de l'accélération technologique. Smartphones, intelligence artificielle (IA), vision par ordinateur ou capteurs décrivent désormais l'environnement, sécurisent les déplacements et facilitent l'apprentissage.
De Louis Braille à l'IA : la troisième révolution
À l'échelle mondiale, 2,2 milliards de personnes vivent avec une déficience visuelle, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, près de deux millions pourraient gagner en autonomie grâce à un meilleur accès aux soins… et aux outils numériques adaptés. Pour le comprendre, Handicap.fr a rencontré deux start-ups, SeeHaptic et Sonarvision, hébergées au sein du Campus Louis Braille, lui-même intégré à l'Institut national des jeunes aveugles (INJA) de Paris. La vidéo est à retrouver sur Handicap.live et les réseaux sociaux de Handicap.fr.
Se repérer, se déplacer, travailler : des usages concrets
Comme le souligne Thibaut de Martimprey, directeur du campus, l'IA permet désormais d'accéder à des métiers de juristes ou de commerciaux, autrefois inaccessibles. À l'époque, les personnes avec un handicap visuel étaient cantonnées à des métiers manuels ou répétitifs, souvent dévalorisés socialement, tels que le rempaillage de chaises, la vannerie, l'accordage de pianos ou encore la brosserie. En 2026, l'accès aux outils numériques est le nouveau garant de l'autonomie et de l'égalité des chances face à l'emploi. Applications de guidage ultra-précises, lunettes connectées capables de décrire une scène ou de lire et traduire un cartel de musée : les cas d'usage se multiplient.
S'orienter au mètre près : la fin du stress urbain
Si des applications comme Google Maps aident le grand public, elles manquent de précision pour un aveugle. C'est là qu'interviennent de jeunes pousses comme Sonarvision. Grâce à la vision par ordinateur, l'application scanne l'environnement pour positionner l'utilisateur avec une précision millimétrique, le guidant via des sons spatialisés. Plus besoin de deviner si l'on est au milieu de la route ou sur le trottoir. Cette technologie « libératrice de charge cognitive » permet de rejoindre une adresse sans la préparation anxieuse qui caractérisait autrefois chaque déplacement inconnu. Résultat : « se déplacer seul devient plus sûr, mais aussi plus simple », affirme Arthur Aumoite, patient expert.
Explorer la technologie haptique
De son côté, Seehaptic (anciennement Artha) propose une ceinture qui traduit les images captées par des lunettes en stimulations tactiles sur la peau du dos. C'est ce qu'on appelle la « technologie haptique », soit l'ensemble des dispositifs qui permettent de ressentir physiquement tout ce qui se passe dans le virtuel (Aveugle : une ceinture haptique pour marcher les yeux fermés). Le cerveau apprend à interpréter ces « pixels tactiles » pour visualiser l'espace. « Je vois tout », s'enthousiasme Salim Ejnaini, consultant non-voyant pour Seehaptic (Salim Ejnaini, aveugle, aux manettes d'une émission sportive). « Il y a quelque chose de nouveau, de révolutionnaire, qu'on n'a pas encore exploré et qui donne envie de tester plein de trucs en fait », résume-t-il.
© Clotilde Costil



