Traces de polio Londres : pas d'alarmisme selon les experts

La découverte de traces d'une forme de poliomyélite à Londres présente peu de risques dans l'immédiat. Et, même si elles proviennent d'une souche dérivée d'un vaccin, cela incite plutôt à accélérer la vaccination, estiment des experts.

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Par Isabelle Tourné

Qu'a-t-on découvert ?

Des traces d'une forme de virus de la poliomyélite ont été retrouvées dans des échantillons d'eaux usées d'une station d'épuration à Londres, ont annoncé le 22 juin 2022 l'Organisation mondiale de la santé et les autorités britanniques (article complet en lien ci-dessous). Il ne s'agit pas d'une souche de virus à l'état sauvage, mais d'une version "dérivée" qui sert à vacciner contre la maladie.

La polio est une maladie virale extrêmement infectieuse qui touche en grande partie les enfants âgés de moins de 5 ans. Le virus, dit poliovirus, se transmet d'une personne à l'autre principalement par voie féco-orale. Moins fréquemment, il peut être véhiculé par un support ordinaire, par exemple de l'eau ou des aliments contaminés. Il se multiplie dans l'intestin, d'où il peut envahir le système nerveux et entraîner une paralysie. En 1988, l'Organisation mondiale de la Santé a adopté une résolution appelant à l'éradication mondiale de la poliomyélite. Depuis, les cas dus à un virus sauvage ont diminué de plus de 99%, selon l'OMS, largement grâce à la vaccination.

Quels vaccins contre la polio ?

Si la polio est une maladie incurable, il est en effet possible de la prévenir grâce à la vaccination. La maladie était répandue partout dans le monde, jusqu'à la découverte d'un vaccin dans les années 1950. Il en existe actuellement deux types. Le vaccin poliomyélitique inactivé injectable (VPI) nécessite plusieurs injections et des rappels réguliers. Son coût a longtemps limité sa diffusion aux pays développés. Le vaccin poliomyélitique oral (VPO), moins cher, peut être administré sans injection. Il confère rapidement une bonne immunité générale et une immunité locale au niveau de l'intestin ; il est de plus d'un coût très abordable. Chaque goutte de vaccin contient le poliovirus atténué. Ainsi les enfants vaccinés peuvent développer une immunité contre la poliomyélite.

Or, comme le poliovirus sauvage, le poliovirus vaccinal peut se transmettre d'un enfant à l'autre. De cette façon, d'autres enfants peuvent être protégés même s'ils ne sont pas vaccinés. Mais lorsque beaucoup d'enfants ne sont pas vaccinés et que les niveaux d'immunité sont très bas, le virus vaccinal peut continuer à se propager. Et au fur et à mesure qu'il infecte de nouveaux enfants non vaccinés, il peut subir de légères modifications génétiques. On parle alors de poliovirus dérivés d'une souche vaccinale (PVDVc). Dans de très rares cas, ils provoquent une paralysie, explique en substance l'OMS qui évalue la probabilité à un cas pour trois millions de doses environ.

Comment expliquer les traces de polio dans les eaux usées ?

Selon les autorités britanniques, le scénario le plus probable est qu'un individu récemment vacciné soit entré au Royaume-Uni avant février, en provenance d'un pays où le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) a été utilisé lors de campagnes de vaccination. "La présence de ce virus nous rappelle que l'éradication de la poliomyélite n'est pas encore achevée dans le monde", a souligné David Heymann, professeur d'épidémiologie des maladies infectieuses à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, au Science media Center (SMC).

Quelle est la menace ?

"Il est important de noter que le virus a été isolé uniquement dans des échantillons environnementaux - aucun cas associé de paralysie n'a été détecté", a précisé l'OMS. Les chercheurs estiment donc peu probable que cette découverte aboutissent à un véritable risque en matière de santé publique. Mais selon l'OMS, "toute forme de poliovirus, où qu'elle se trouve, constitue une menace pour les enfants du monde entier".

Quelles leçons en tirer ?

Pour de nombreux experts, cette découverte incite à vacciner la population mondiale de manière à éradiquer définitivement le virus. "Cela nous rappelle à tous à quel point l'utilisation globale des vaccins contre la poliomyélite est vitale", a estimé Beate Kampmann, directrice du Centre de vaccination de la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Car, a-t-elle rappelé, "la multiplication des virus de la poliomyélite dérivés de vaccins ne peut se produire que s'il y a une faible immunité contre la poliomyélite dans une communauté". D'autres chercheurs ont souligné l'importance de surveiller ainsi les eaux usées. Cela aide à "détecter la circulation d'une variété d'infections dans l'ensemble de la population", a déclaré Jonathan Ball, professeur de virologie moléculaire à l'Université de Nottingham au SMC.

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