Troubles psy : un accès au vaccin semé d'embuches

Prioritaires depuis mars 2021 pour le vaccin, les personnes de + 50 ans atteintes de troubles psychiques se heurtent à des difficultés pour prendre RV, la faute en partie à un éloignement de leur généraliste et à une information incomplète.

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Par Quentin Boulezaz


Souvent isolées, les personnes atteintes de troubles psychiatriques, dont la capacité à prendre des décisions peut être altérée, ne bénéficient pas toujours d'un suivi médical régulier : "Beaucoup n'ont pas de médecin traitant. Elles ne peuvent ainsi pas savoir qu'elles sont prioritaires pour le vaccin (ndlr : si elles ont plus de 50 ans", constate Marie-Jeanne Richard, présidente de l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam).

Les psychiatres sont souvent amenés à prendre le relais pour recenser et faire vacciner les patients qui ne vivent pas dans un établissement médical. "Nous pouvons leur faire des ordonnances. Quand ils ne sont pas en mesure de se déplacer, nous prenons rendez-vous à leur place et les accompagnons chez le médecin ou en pharmacie. C'est un vrai travail sur mesure", résume Radoine Haoui, psychiatre au centre hospitalier Gérard-Marchant à Toulouse. Si la Haute autorité de santé (HAS) ne précise pas ce que recouvre exactement le terme de "troubles psychiatriques", les psychiatres considèrent que les personnes schizophrènes, atteintes de troubles bipolaires ou de dépression chronique sont prioritaires (article en lien ci-dessous). "Nous voyons au cas par cas. Un patient hypocondriaque anxieux à cause du Covid-19 peut très bien recevoir une ordonnance", détaille Radoine Haoui.


Des candidats refoulés

Après l'autorisation des autorités sanitaires, la mise à jour de la liste des personnes éligibles aux vaccins a tardé sur l'application TousAntiCovid et "Doctolib a mis longtemps à mentionner les patients atteints de troubles psychiatriques pour prendre un rendez-vous. Certains se sont ainsi fait refouler", regrette le psychiatre toulousain. Contre toute attente, certains ont quand même pu passer entre les mailles du filet : "J'ai réussi à obtenir un rendez-vous pour mon fils sur Doctolib, alors que j'ai bien précisé qu'il avait 48 ans", raconte Éric Médrinal, dont le fils, atteint de schizophrénie, multipliait en vain les démarches pour se faire vacciner. Autre obstacle relevé par les associations de personnes atteintes de troubles psychiatriques : bien que leur vulnérabilité soit reconnue, elles redoutent une "stigmatisation". "C'est compliqué de se rendre dans un vaccinodrome avec un certificat sur lequel il est écrit qu'elles sont atteintes de troubles psychologiques", explique la présidente de l'Unafam. Une crainte que tempère le Dr Haoui : "Le médecin ne va pas crier sur tous les toits la pathologie des patients."

Limite d'âge

Au-delà de ces freins à la vaccination, les personnes atteintes de troubles psychiatriques et leurs proches regrettent le seuil de 50 ans pour recevoir le vaccin, au même titre que pour d'autres pathologies, comme le diabète ou l'hypertension. Pour le Dr Haoui qui milite contre cette barre d'âge, le respect parfois difficile des gestes barrières concerne tous ses patients : "Un schizophrène qui prend le métro sans masque peut contracter une forme grave du Covid-19, peu importe son âge." En outre, le manque de soins et les conséquences de la sédentarité (diabète, hypertension, troubles respiratoires...) rendent les personnes atteintes de troubles psychiatriques plus susceptibles de contracter des formes graves du Covid-19, selon les experts publics d'Epi-Phare. Mais pour Élisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations à la HAS, "les comorbidités des personnes atteintes de troubles psychiatriques dépendent de l'âge. Le niveau de sur-risque n'est 'que' d'une à deux fois supérieur à la population générale."

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