Interview Chantal Laplanche, Responsable Accessibilité Web

Résumé : Un témoignage sur la mise à niveau du contenu Web pour le rendre accessible, au sein d'une grande organisation (le Ministère de la Culture).

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Propos recueillis le 4 avril 2003.

Tristan Nitot — Bonjour, pourriez-vous nous dire comment êtes-vous venue à l'accessibilité Web, et ce qui vous motive à faire de l'accessibilité Web ?

Chantal Laplanche — Les hasards de la fonction publique vous mènent à faire des choses dont vous n'aviez jamais entendu parlé auparavant. Alors, on réfléchit une petite semaine, on tombe dans les bouquins et dans les sources diverses. On se rend compte de deux choses : premièrement, tout est à faire, deuxièmement, ce n'est pas si simple. Avec Michel Bottin, le chef de projet Internet, nous avons compris que l'idée première de valider moi-même les 55 000 pages du serveur serait une tâche sans fin. En effet, les webmestres mettent à jour leurs pages à partir de leur répertoire local et non à partir des documents du serveur. On a donc transformé une tâche en mission, celle d'aider les auteurs à rendre leurs pages accessibles. Dans la pratique, nous avons une liste de discussion, mise en place à l'initiative de Michel Bottin afin de partager le savoir. De temps à autres, je produis des petits modules d'astuces d'accessibilité à partir de la traduction des conseils pratiques de Bobby, adaptés à notre contexte, qui est celui du Web non-commercial. Je valide aussi les feuilles les plus récentes produites par les collègues en mettant en ligne la traduction du rapport de Bobby les concernant, assortie de mes propres commentaires. Enfin, j'ai mis en ligne un site déjà ancien qui traite de la question d'un point de vue général.

T. N. — Quels ont été les moments forts de votre carrière dans l'accessibilité Web ?

Ch. L. — Le premier, c'était en accompagnant mon fils à l'ANPE. J'y ai rencontré une association de handicapés qui aident les chercheurs d'emploi à se servir du Web pour chercher un job dans l'Eure et la Seine-Maritime.
Le second, c'est la rencontre avec Dominique, l'ami d'un ami chez qui je faisais du tourisme. Et les amis de vos amis deviennent facilement vos amis. Surtout celui-là, quand il a su ce que je faisais dans la vie. Dominique a quarante ans, et sa mère prenait de la Thalidomide (médicament provoquant des malformations chez les nourrissons, retiré depuis du circuit commercial). Dominique n'a pas de bras, juste des mains. Au début cela surprend. Il ne serre pas la main, il salue en s'inclinant et claquant des talons. Il conduit sa voiture comme vous et moi, mais avec les pieds. Le micro-ordinateur, c'est pareil. Dominique teste occasionnellement mes pages et celles de mes collègues et me fournit un rapport dont l'introduction commence invariablement par Oh, les cons… parce que le site est inutilisable si l'on ne peut pas manipuler de souris. En effet, Dominique utilise le clavier avec les pieds.

T. N. — Quels conseils donneriez-vous à des webmestres pour faire l'état des lieux de leur site en terme d'accessibilité ?

Ch. L. — On commence par Bobby et, déjà, on a des surprises. Ensuite, on essaie sans les mains, sans la souris, sans les lunettes, avec des boules Quies, avec un navigateur Lynx. On peut peaufiner en présentant les trucs qui clignotent à un épileptique… Après, on se branche sur les sites spécialisés : Braillenet (avec son Guide Accessibilité) est un bon début ; ensuite, il y a les miens qui datent un peu mais c'est en français. Depuis peu, on peut consulter OpenWeb et comprendre ce qui se passe quand on n'a pas le navigateur ad-hoc.

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