Elèves handicapés perturbateurs : le dérapage de la ministre

Qui sont les élèves perturbateurs ? Nicole Belloubet répond à un journaliste : entre autres "ceux en difficulté physique ou parce qu'il y a un handicap". Un amalgame déroutant pour une ministre de l'Education nationale !

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Nicole Belloubet, ministre Education nationale, sur le plateau des 4 Vérités.

DERNIERE MINUTE DU 9 MAI 2024
La ministre de l'Education nationale Nicole Belloubet a présenté, le 9 juin 2024 sur Franceinfo, ses "excuses" aux "familles blessées" par ses récents propos, qui faisaient l'amalgame entre élèves perturbateurs et handicapés. "Très clairement, c'était de la maladresse. C'est d'autant plus maladroit qu'une de mes préoccupations premières dans notre école actuelle, c'est vraiment de mettre en place ce que l'on appelle l'école pour tous", qui "accueille tous les élèves, absolument tous les élèves", a-t-elle ajouté. "Nous faisons évidemment un effort considérable, parce que c'est notre devoir, pour accueillir les élèves qui sont porteurs de handicap", a-t-elle poursuivi, assurant notamment avoir "augmenté considérablement le nombre d'accompagnants" en passant "de 80 000 à 140 000 personnes". Elle promet 3 000 AESH de plus à la rentrée 2024. Pour en savoir plus : Elèves avec handicap : Belloubet présente ses "excuses". 

ARTICLE INITIAL DU 25 AVRIL 2024
Après les pépins de com' d'Amélie Oudéa-Castera sur l'école privée en janvier 2024, la « méga boulette » de Nicole Belloubet, nouvelle ministre de l'Education nationale, sur les « élèves prétendument perturbateurs ». Ça se passe le 22 avril 2024 dans l'émission de Télématin « Les 4 vérités » (France 2).

« Lorsqu'il y a une difficulté physique ou un handicap »

Lors d'un échange sur le thème « Violences au sein de l'école, comment restaurer l'autorité », la question du journaliste porte sur la définition d'un élève perturbateur et les critères pour qu'une telle appréciation soit mentionnée dans son dossier scolaire. Voici la réponse de la ministre : « Un élève perturbateur peut l'être parce qu'il est en difficulté dans sa famille ou en difficulté physique, parce qu'il y a un handicap ». Et d'ajouter : « Dans ce cas-là, nous avons des réponses adaptées. Soit nous mettons en place un assistant d'éducation handicap (ndlr : Oups, plutôt un AESH, non ?), soit nous avons des dispositifs spécifiques de prise en charge ». Et d'évoquer dans la foulée, sans transition, le projet « d'internat éducatif » pour les dur-à-cuire dont le premier ministre Gabriel Attal assure au même moment la promotion.

Réactions !

Une « boulette », seulement ? Cet amalgame réellement incompréhensible a suscité quelques réactions indignées. « Plutôt que de stigmatiser des enfants qui le sont déjà bien trop souvent et d'insécuriser les parents concernés, la ministre serait plus inspirée de s'attaquer aux causes de cette stigmatisation », contre-attaquent plusieurs associations du champ du handicap (lesPep, APF, Trisomie 21...) dans un communiqué commun, dénonçant des propos « choquants, discriminants et irrespectueux ».

Prudence sémantique

Dans un post sur YouTube, Clément Viktorovitch, politologue et chroniqueur, dénonce une « idéologie politique dingue » : « ils veulent une classe qui se tient sage (…) et tout ce qui déroge à cette norme est considéré comme perturbateur alors même (que les élèves handicapés) sont en pleine lutte contre des difficultés auxquelles ils ne peuvent rien ». Selon lui, cette « stigmatisation par la ministre » est « d'une violence hallucinante ». Il appelle à la prudence sémantique pour éviter de confondre des élèves parfois « perturbés » et « perturbateurs ».

Un papa riposte avec humour

Laurent Savard, papa d'un enfant autiste et humoriste, a, lui, choisi de dégainer l'humour dans une vidéo publiée sur son compte LinkedIn. « Bravo Nicole », une « belle perf ». Il interroge : « C'est quoi la difficulté physique ? Des élèves moches ? ». Il poursuit : « C'est un problème ça, Nicole, comme propos. Ça sent la gaffe ! ». Il rappelle que « ce ne sont pas les élèves handicapés qui foutent plus le Bronx » et ils seraient même « 35 % à se faire harceler contre 14 % pour ceux dits 'valides' ». Et d'enfoncer le clou : « Je sais très bien qu'au moment des Jeux paralympiques, vous allez vous battre avec Amélie (Oudéa-Castera, ministre des Sports) puis beaucoup d'autres pour faire des petits selfies avec nos médaillés perturbateurs, ça va dégouliner de résilience… ».

Un mouvement plus global ?

« Ce propos marque une profonde méconnaissance des handicaps et un mépris pour des années de lutte en faveur d'une école pour toutes et tous, commente de Collectif handicaps qui regroupe une cinquantaine d'associations. Ces amalgames ne font que consolider les discours décomplexés de certains syndicats, ouvertement anti-école inclusive »Les « éléments de langage » de Nicole Belloubet font en effet malheureusement écho à d'autres prises de positions très contestables et revendiquées depuis quelques mois. En janvier 2024, c'est un syndicat d'enseignants qui remet en cause l'inclusion scolaire des élèves dits « à besoins spécifiques » (Manif contre l'école 100 % inclusive : indignation!). Leur manif a pour credo : « Stop au chaos et à la mise en danger des personnels et des élèves dans les établissements scolaires. »

Et harceleurs aussi ?

En septembre 2023, c'est aussi un syndicat de directeurs d'école qui, suite au décret d'août 2023 qui permet d'exclure des élèves harceleurs, sème le trouble en faisant une extrapolation très critiquée avec les élèves en situation de handicap (Elèves harceleurs : un amalgame risqué avec le handicap?). Une confusion, déjà à l'époque, avec certains troubles du comportement qui, sans nier qu'ils peuvent ponctuellement être gênants ou déroutants, ne font pas de ces jeunes des agitateurs qui mettent l'Ecole de la République en péril !

© Capture d'écran Télématin

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"
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