Philippe Croizon, dur-dur d'être un héros ?

Résumé : Philippe Croizon est partout, avec l'envie d'en découdre avec l'adversité et des projets plein le corps. Un grand homme qui suscite le plus souvent l'admiration... et parfois l'amertume ! Pas facile d'être une icône, même lorsque c'est mérité.

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Philippe Croizon par ci, Philippe Croizon par là... A la télé, à la radio, pendant les Jeux paralympiques... France Info déclare même qu'il est, à coup sûr, l'un des « hommes de l'année 2012 ». Mais ce Philippe Croizon finirait-il pas exaspérer ceux qui lui reprochent son omniprésence au motif que son aura médiatique est loin d'être représentative de ce que vivent la plupart des personnes handicapées ?

Son handicap : c'est du lourd !

Ce à quoi il convient de répondre qu'une amputation des quatre membres suite à une décharge de 20 000 volts sur une ligne à haute tension, c'est quand même du « très lourd » ! Depuis son accident, en 1994, ce « survivant » a connu l'enfer. Alors, avant de devenir une « icône » du handicap, il ne faudrait pas oublier que l'ancien ouvrier métallurgiste, un monsieur lambda totalement anonyme, en a bavé. Il a bravé la mort, frôlé le suicide, sombré dans la dépression, perdu sa femme, ses deux bras et ses deux jambes... Celui qui accroche aujourd'hui à son visage un sourire perpétuel ne voulait plus voir personne. « Exécrable, un gros con pendant un an, dit-il. Heureusement, mes amis et ma famille ont tenu le choc ! ». Alors, oui, désormais, Philippe Croizon est une vedette mais il ne se la joue pas pour autant starlette ! Et tout ce qu'il véhicule constitue certainement une formidable opportunité, pas seulement pour son ego mais aussi pour l'ensemble des personnes handicapées.

« Héros, moi ? Jamais ! »

Il était, à ce sujet, l'invité d'un récent colloque organisé par la chaîne Eurosport sur le thème « Sport et résilience ». La résilience, c'est la capacité à rebondir plus haut après une épreuve. Philippe Croizon en grand témoin, c'était du pain béni pour illustrer le propos ! Avec une ironie toute relative, la question qui lui était posée, c'est : « Comment devient-on candidat à l'héroïsme ? ». Appellation qu'il envoie valser dans un grand éclat de rire. « Héros, moi ? Jamais ! ». Les choses ont commencé, tout simplement, sur son lit d'hôpital. Immobilisé devant la télé, il voit une femme qui traverse la Manche à la nage et se dit « Pourquoi pas moi ? ». Or, le « Philippe d'avant » est un vrai sportif canapé : bière et foot devant la télé ! En réalité, à l'époque, il sait à peine nager. Il lui faudra deux ans pour apprendre. Et quatorze pour se mettre à l'eau...

Un espoir pour de nombreux mutilés

La traversée de la Manche, que seuls 10% des sportifs valides motivés et ultra entraînés parviennent à réaliser, Philippe Croizon l'a fait, pour lui, pour l'exemple. Il aurait pu se laisser aller au désespoir, en vouloir à la vie mais il a choisi de se battre, notamment pour ses enfants. « Le handicap, c'est quelque chose de terrifiant mais on peut le surmonter. Tant mieux si j'ai été une locomotive pour d'autres... J'ai reçu des lettres du monde entier. ». Cette vitalité contagieuse, Boris Cyrulnik, éthologue et psychiatre, auteur d'ouvrages sur la résilience, s'en est inspiré. Lors d'un voyage au Rwanda, il raconte l'histoire de ce Français atypique à un enfant amputé et lui affirme qu'il est capable de prendre le même chemin. Boris assure que « son exemple a préservé la dignité de très nombreux mutilés. » Même vertu salvatrice pour Théo, un jeune garçon amputé des quatre membres avec lequel Philippe a fini par sympathiser. Au contact de ce « pair hors-pair », il a compris que la vie pouvait être riche et intense.

Le défi sportif : un état de grâce

Parfois, la résilience façon Croizon ressemble à de l'inconscience. Après la Manche, lorsque qu'en regardant une mappemonde, Arnaud Chassery, son acolyte nageur, lui dit « Et pourquoi pas Gibraltar ? », Philippe rétorque « Et pourquoi pas les cinq continents ? ». « J'ai lancé l'idée et, après, je me suis fait peur ». Il a accompli cet exploit « Nager au-delà des frontières » durant l'été 2012, s'octroyant, une fois encore, un feu encenseur de tous les medias. Ce défi sportif le plonge dans un état de grâce. Pour deux raisons, il continue, en dépit de son handicap, à pouvoir faire des projets et se sent plus fort que la souffrance. Un état que Boris Cyrulnik traduit de la façon suivante : « Ca y est, j'ai mis en place un processus qui me rend capable de faire quelque chose de ma douleur. ». Selon lui, à l'instar de Philippe, « beaucoup d'enfants se réfugient dans le sport lorsqu'ils sont confrontés à de trop grandes souffrances sociales, physiques ou morales, les dernières étant souvent les plus dures à surmonter. C'est certainement le meilleur antidépresseur qui soit. »

Philippe Croizon sur orbite ?

Et Philippe Croizon de confirmer que, pendant les quatre ans qui ont suivi son accident, ce sont les expériences dans le centre de rééducation, où il a fallu tout réapprendre, qui lui ont le plus apporté. « Le dépassement de soi pour tous les gestes du quotidien ! Et, dans le sport, j'ai ressenti ces mêmes paliers : le désespoir, l'envie, le doute, la victoire... Depuis, j'aime la vie, je la croque. C'est une chance inouïe d'en être arrivé là. Je me sens heureux et je le partage.»

Jusqu'où l'insubmersible Philippe Croizon peut-il aller ? « Un homme a récemment franchi le mur du son en chute libre, et je ne désespère pas d'être le premier handicapé dans l'espace. » Oui, Philippe Croizon est partout, alors pourquoi pas jusqu'aux confins de l'univers ? Et, franchement, c'est tant mieux !

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Commentaires

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Le 27-01-2013 par Emmanuel MUNIER :
admiration pour ta ténacité : PHILIPPE ; je ne sais pas, si, j'en ferais autant puisqu'il me reste ma main droite quand même!

Le 31-01-2013 par Frédérique Meunier :
Bonjour,

Philippe Croizon, cherche à se dépasser via des exploits qui ne servent, à mon humble avis, à... rien. Il se fait plaisir et c'est tant mieux pour lui, mais qu'il arrête de se faire subventionner ses déplacements par les collectivités qui les financent et qui lui servent de faire-valoir. Montrer ce qu'une personne handicapée peut faire ? mais c'est le quotidien de toutes les personnes handicapées et de leur famille ! et nous n'avons pas attendu M. Croizon pour le faire et pour revendiquer nos droits.
Frédérique
http://lemondedecamille.free.fr

Le 31-01-2013 par gégé :
ce que Philippe développe aujourd'hui en puissance mentale, est l'égale de la puissance de la douleur qu'il a enduré dans les secondes qui ont suivie l'accident et ensuite plus de 10 années de souffrance mentale, qui a ce jour souhaiterait prendre sa place?

Le 31-01-2013 par gégé :
ce que Philippe developpe aujourd'hui en puissance mentale, est l'égale de l souffrance qu'il a enduré dans les instants qui ont suivi son accident , puis par la suite les plus de 10 années de souffrance morale, qui a ce jour souhaiterait prendre sa place ? ce qu'il a fait depuis 4 ans ,est tout simplement formidable ,extraordinaire. qu'el bel exemple pour notre jeunesse et pour notre pays a travers le monde .

Le 01-02-2013 par Florence :
J'ai découvert Philippe CROIZON par son livre "j'ai décidé de vivre". Depuis, je regarge à la télévision ou lis dans la presse tout ce qui le concerne. Je suis en totale admiration devant son parcours. Je pense que Mr Croizon est un magnifique exemple pour toutes les personnes handicapées, qu'il redonne de l'espoir justement grâce à sa médiatisation. C'est une bouffée de bonheur pour moi qui suis valide. A quand un livre sur son épopée pour relier les 5 continents ?

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