Médico-social et école ont-ils à craindre l'un de l'autre ?

Résumé : 70 000 enfants handicapés scolarisés hors de l'école ordinaire. Quelle prise en charge peuvent-ils espérer ? La défiance manifeste entre le médico-social et l'Education nationale ne compromet-elle pas l'idée d'une école réellement inclusive ?

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En 2012, dans le 1er degré,  61 111 élèves handicapés sont scolarisés en établissements médico-sociaux et 5 500 à l'hôpital. L'école totalement inclusive n'étant pas totalement entrée dans les mœurs, pour de nombreux enfants handicapés, la scolarisation au sein des établissements médico-sociaux reste une alternative indispensable. Une école "dans les murs" qui n'est pas gérée par l'Education nationale mais qui accueille tout de même ses enseignants. Il existe trois dispositifs dans ce sens : l'affectation d'enseignants dans les établissements médico-sociaux, les Unités d'enseignement (UE) (l'enseignant spécialisé va avec son groupe d'élèves au sein de l'école) et la scolarisation temps partagé entre école et établissement.

En chiens de faïence

Dans ces conditions, quels liens, quelles complémentarités, quelles coopérations, quelles interactions peut-on espérer de ces deux univers qui n'ont guère l'habitude de se côtoyer ? C'était le thème de l'une des tables rondes  du colloque "Pour que l'inclusion fasse école", organisé le 27 mai 2014 par le SNUipp, syndicat d'enseignants. En effet, cette coopération entre les établissements du médico-social et l'école existe sur le papier depuis le décret de 2009 mais semble parfois relever du vœu pieux. Chaque partie se regarde en chiens de faïence, redoutant d'être mangée par l'autre. Mais qu'ont-elles à craindre ?

Handicap mental, parent "très pauvre"

Jean-Louis Garcia, président de l'Apajh (association tous handicaps), dit se bagarrer depuis 2008 pour signer une convention entre l'Education nationale et son association, pourtant créée en son temps (1962) par des enseignants. Et regrette que ces deux mondes soient aussi "compartimentés". " Il est vrai, poursuit-il, que les enseignants des écoles ont une mauvaise connaissance du fonctionnement de nos établissements et du public qui peut y être accueilli." Même son de cloche du côté de Christel Prado, présidente de l'Unapei. La première association française de personnes handicapées mentales a attendu 54 ans qu'un ministre (en l'occurrence Vincent Peillon en 2013) daigne se déplacer sur un colloque organisé sur le thème de la scolarité. Dans certains IME, on ne compte parfois qu'un enseignant pour 90 enfants. Handicap mental, parent très pauvre de l'école ?

PEP : des solutions existent !

En dépit de cette défiance réciproque, comment mutualiser les moyens en rassurant les acteurs sur leurs compétences respectives ? Les FGPEP (Fédération générale des pupilles de l'enseignement public) semblent avoir trouvé la solution. Ses liens historiques avec l'Education nationale lui ont permis de trouver des terrains d'entente. "Nous fonctionnons dans la transversalité entre l'éducatif et le médico-social, avec la détermination de ne pas nous placer dans la concurrence mais dans la complémentarité avec l'école et les autres réseaux, explique Martine Salomé, sa vice-présidente. Nous avons très tôt créé des services comme les SESSAD (service d'éducation spéciale et de soins à domicile qui se déplace également au sein de l'école) et le SAPAD (service d'assistance pédagogique à domicile), qui accompagnent sans proposer de structure "fermée".

81% des élèves handicapés à l'école

Et de poursuivre. "Nous avons également repris les AVSI (auxiliaire de vie scolaire individuel) en fin de contrat pour éviter que des compétences ne se perdent et pour favoriser l'accompagnement des enfants en situation de handicap sur tous les temps de vie (école, péri et postscolaire)." Selon une enquête interne datant de 2012, 81% des élèves de ses établissements et services médico-sociaux sont scolarisés en milieu ordinaire (72% à plein temps et 9% à temps partiel), tous handicaps confondus. "Dans certaines situations, explique Martine Salomé, et notamment pour des enfants avec des troubles du comportement qui ne sont pas tolérés par l'école, nous menons une expérience avec deux ARS (Agence régionale de santé) pour permettre à ces enfants accueillis en ITEP (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) d'être scolarisés en milieu ordinaire. En cas de crise, un enseignant isole l'enfant le temps qu'il faut".

Former les enseignants

La conclusion est unanime : l'inclusion ne s'improvise pas et suppose de rassurer toutes les parties en présence, à la fois les camarades des élèves handicapés, les parents et les enseignants. Et, pour ces derniers, un minimum de formation s'avère nécessaire (lire article en lien ci-dessous). Des associations de personnes handicapées s'y emploient, comme l'Apajh qui met son savoir-faire handicap au service des maîtres formés au sein des ESPE (Ecole supérieure du professorat et de l'éducation, ex IUFM). Martine Salomé de conclure : "Quand cette préparation est bien menée, tout se passe bien. C'est même un enrichissement incroyable ! L'école inclusive est une réalité dans d'autres pays et elle fonctionne !"

La mort des IME ?

D'une même voix, la grande majorité des associations de personnes handicapées se prétendent ferventes militantes de l'inclusion même si, en off, certains semblent redouter la mort des IME (Institut médico-éducatif) ? Nous n'en sommes pas là... Lorsqu'on sait qu'entre 5 000 et 20 000 enfants restent chaque année sans solution d'accueil, faute de place en établissements spécialisés ou à l'école, on se dit que les "murs" ont encore de beaux jours devant eux.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 04-06-2014 par chanel :
81% des enfants handicapés scolarisés ?? on estime à 100 000 le nombre d'enfants autistes de 6 à 16 ans. A peine 20% le sont, et encore massivement en maternelle, nettement moins en élémentaire, et pour le collège et le lycée : désert ! Quant aux IME, en effet 1 enseignant même pour 40 jeunes, c'est 4 heures par semaine pour les plus chanceux, et 1/2 h pour la plupart. Un vrai gâchis. Ils devraient être réservés aux enfants avec DI<50 ou avec co-morbidité (épilepsie pharmaco-résistante...) alors qu'on voit des équipes enseignantes pousser en IME des autistes de haut niveau pour ne pas être dérangés.
La PEP n'est qu'un exemple parmi d'autres dans la création des SESSAD, heureusement. Comme on le sait, cet organisme n'a aucune compétence en matière d'autisme et professe des idées beaucoup plus nuisibles qu'utiles.

Le 04-06-2014 par chanel :
Pour ce qui est des IME : il faut reconnaître que la France est le pays d'Europe qui en compte le plus, parce qu'ailleurs l'inclusion n'est pas qu'un voeux pieux qu'on n'évoque qu'en congrès. Et les directives européennes exigent une désinstitutionnalisation progressive. Et pourtant, ceux qui en auraient le plus besoin sont dehors à plein temps chez leurs parents. Certains IME, le comble, les trouvent trop handicapés ou trop malades.
LA solution serait peut-être d'en faire sortir tous ceux qui n'y ont pas leur place pour les accueillir vraiment à l'école ordinaire et de voir ensuite s'il y a vraiment un manque de places.

Le 09-09-2014 par nomade86 :
Petite précision : les enseignants ne font pas leur entrée dans TOUS les établissements médico-sociaux puisque les établissements accueillant du public sourds avec handicaps associés ou pas, ne disposent pas d'enseignants de l'Education Nationale mais de personnes ayant un certificat daptitude au professorat de lenseignement des jeunes sourds (CAPEJS). Il n'y a que très peu d'années que les enseignants référents ont fait leur entrée eux, dans ces établissements clos, bien clos..
http://22q13.fr

Le 26-10-2016 par BARDEAU :
Lexistence des SESAAD est essentielle à léducation de nombreux élèves en situation de handicap. Mais lorsque des enfants présentent des difficultés particulières au cours des apprentissages, une collaboration étroite entre enseignants et rééducateurs simpose. Celle collaboration constitue lapport positif de létablissement spécialisé. Dans une dynamique dinclusion scolaire digne de ce nom, il serait indispensable que les rééducateurs soient présents au sein des établissements ordinaires, tant pour soigner les élèves que pour former les enseignants.

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