Michel Mercier: Activité d'utilité sociale et valorisation de la personne : une réflexion éthique

Résumé : Les activités de valorisation s'inscrivent dans un champ qui a sa signification pédagogique. En effet, les théories québécoises sur la valorisation des rôles sociaux permettent de poser la question de la valorisation et de l'utilité sociale.

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La valorisation des rôles sociaux, c'est différent, voire opposé, aux théories de la normalisation. Valoriser, c'est en quelque sorte mettre en évidence la spécificité de la personne, tandis que normaliser, c'est la rendre conforme aux exigences et aux normes de l'environnement social. Ces deux options sont très différentes voire contradictoires : ni l'une ni l'autre ne sont satisfaisantes pour le bien être de la personne. La théorie de la participation sociale semble les transcender : elle implique un changement de regard et un changement des liens sociaux avec la personne handicapée. Cette dernière doit être considérée comme citoyen à part entière, participant aux mêmes avantages que les autres, étant reconnue comme ayant une utilité sociale, par ce qu'elle apporte au cœur même des liens sociaux.

Valoriser réellement une personne handicapée, c'est reconnaître son utilité sociale, en ce qu'elle interpelle les valides sur leur propre humanité. Une telle option éthique n'implique pas forcément une reconnaissance financière de l'utilité, mais une reconnaissance humanisante. Cependant, il ne faudrait pas que la reconnaissance humanisante soit une source d'exploitation qui dispense la société de reconnaître financièrement l'apport d'une personne handicapée, alors que d'autres, dans des situations semblables seraient reconnues par des compensations matérielles. Notons l'attitude des intervenants qui défendent l'art différencié et revendiquent la valorisation, la normalisation et la participation des personnes handicapées dans les productions artistiques ; cette dynamique de valorisation impliquant à son tour une équité et une égalité dans la rémunération.

Cette problématique touche les personnes handicapées mais peut toucher également d'autres populations. Les personnes immigrées par exemple, au cœur des théories culturelles de l'immigration, peuvent soit être assimilées, soit être ramenées à leur spécificité dans des ghettos, soit être au centre de nouveaux liens sociaux. Nous sommes ici dans la même dynamique de reconnaissance que pour les personnes tributaires de handicap.

Soulignons le fait que intégration, insertion et inclusion sociale ont également été distinguées dans la littérature concernant le handicap : l'insertion enferme des personnes dans des structures spécialisées, l'intégration prend des dispositions spécifiques pour les accueillir dans des environnements ordinaires, l'inclusion est la reconnaissance de leur spécificité et de leur utilité dans les lieux où tous les citoyens sont valorisés avec leur individualité propre.

La Déclaration de Madrid porte également cette forme de reconnaissance sociale des personnes avec un handicap. Elle prône : la non-discrimination et la mise en œuvre d'actions spécifiques pour une inclusion sociale. C'est le concept d'accessibilité généralisée ou design for all, qui sont au centre de cette philosophie d'action.

Dans cet esprit, l'utilité sociale est logiquement reconnue et la valorisation des spécificités est au centre de la démarche. Il ne s'agit pas fatalement de rémunérer financièrement mais de reconnaître la valeur de la personne, sans pour autant exploiter le citoyen qui offre son utilité. Une telle question est au centre du débat concernant le bénévolat ou le travail domestique, pour ce qui concerne les personnes valides. Par ce biais, là aussi, les personnes handicapées ne sont pas différentes des autres.

Pr Michel MERCIER
Faculté de Médecine
FUNDP-NAMUR

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