Les enfants sourds, le leurre de l'aide à la scolarisation

Résumé : Les enfants sourds sont les grands perdants de la politique d'intégration scolaire des handicapés et le choix linguistique reconnu par la loi reste un leurre, faute de personnels qualifiés d'accompagnement, dénoncent les associations.

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Par Martine VERON

PARIS, 29 sept 2007 (AFP) -

Chaque année, environ un enfant sur 800 naît sourd, mais on connaît mal le nombre d'enfants qui deviennent sourds avant l'acquisition du langage, selon l'Unisda (Union nationale pour l'insertion sociale du déficient auditif), qui, avec une grand nombre d'associations, manifeste à Paris samedi.

L'enquête HID (handicap, incapacités, dépendance) de 2002 estime à 175.000 le nombre de jeunes sourds entre 6 et 25 ans.

Pour ces jeunes, et pour leurs familles, tout se joue dans les toutes premières années. Mais, lorsqu'un enfant naît avec ce handicap, les parents, s'ils ne sont pas atteints eux-mêmes de surdité, sont désemparés, et les informations qu'ils reçoivent sont limitées et souvent contradictoires.

"En France, on est dans une optique de rééducation, l'environnement médical n'a qu'un souci +il faut que l'enfant parle+ et on privilégie donc les solutions médicales, comme les implants", explique Jérémy Boroy, président de l'Unisda.

Quant aux différentes voies offertes à l'enfant pour communiquer, langue des signes française (LSF) ou langage parlé complété (LPC), le monde médical répugne à en parler, selon lui.

Les associations elles-mêmes, pour la première fois réunies samedi dans la manifestation, plaident chacune pour sa paroisse, ne facilitant pas le choix des familles.

"Depuis plus de 100 ans, le débat n'en finit pas" entre les adeptes de la langue des signes et ceux de la langue parlée à tout prix", souligne Annie Risler, linguiste de la LSF et ancienne orthophoniste auprès de jeunes sourds.

"Dès le début, les parents sont incités à aller vers l'oral", et le LPC, qui permet à l'enfant de lire sur les lèvres avec l'aide de gestes codés, "a l'avantage de s'apprendre très vite". Mais "empêcher l'accès à la langue des signes est grave", dit-elle, car l'apprentissage du LPC "ne marche pas à tous les coups" et nécessite la participation de tout l'entourage.

"Les familles manquent d'information neutre et objective", conclut-elle.

Mais une fois choisie une des deux voies, bilinguisme (langue des signes couplée au français) ou langue française avec codeur (équivalent de l'interprète pour le LPC), les familles sont bien en peine de voir reconnaître ce choix à l'école.

"La loi Handicap de 2005 reconnaît ce choix, mais aujourd'hui l'Education nationale met le paquet sur certains handicaps, en créant des postes d'auxiliaires de vie scolaire, mais oublie les sourds", affirme Jérémy Boroy.

Hors expérimentation, dit-il, à Toulouse et Poitiers, le système scolaire ne prévoit pas d'interprète en langue des signes ou de codeurs.

L'Unisda, qui estime à 1.000 le nombre nécessaire de codeurs qualifiés, demande que chaque département dispose d'un établissement intégrant des sourds, en intégration individuelle avec codeur ou en classe bilingue.

L'accompagnement nécessite des professionnels, précisent les associations.

Deux licences professionnelles de codeurs existent mais les interprètes en langue des signes sont encore trop peu nombreux.

"Il ne faut pas s'étonner que très peu de sourds parviennent à l'université en maîtrisant la langue française", affirme Jérémy Boroy, qui lui-même est malentendant "oralisant" avec codeur.

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