Hello Handicap le salon 0 déplacements, 100% recrutement

Paraplégie et plaisir : le film qui déflore un tabou sexuel

Résumé : Entretien avec Benoît Rambourg, réalisateur de "De bonnes sensations", lauréat du Grand prix du Festival Cinéma et handicap qui se tenait à Lyon en mai 2015. Il revient sur les coulisses de son film abordant paraplégie et plaisir sexuel.

Par , le 

Lire les réactions et réagissez !

Handicap.fr : Votre court-métrage, De bonnes sensations, aborde la question de la recherche du plaisir d'une personne paraplégique qui n'a plus de sensation dans son pénis. Pourquoi traiter un tel sujet ?
Benoît Rambourg : En tant que réalisateur, mon désir initial est de faire du cinéma de sensation, notamment via le sens du toucher. Pour ce film, je souhaitais parler de la puberté à un âge qui n'est pas celui de l'adolescence sans savoir où cela allait m'amener. J'ai fait des recherches sur les questions sexuelles et j'ai découvert qu'il existait une redécouverte des sensations chez les personnes paraplégiques suite à un accident. Mon sujet était trouvé !

H.fr : Cette redécouverte des sensations, c'est quelque chose que vous ne connaissiez pas ?
BR : Non, pas du tout. Mais cela n'a fait qu'amplifier mon intérêt pour la chose. Cette capacité d'avoir des orgasmes à travers d'autres parties du corps est vraiment formidable. Le transfert érogène, j'ai vu ça comme un super-pouvoir, quelque chose qui distingue la personne paraplégique du commun des mortels.

H.fr : Le fait que le héros handicapé, Damien, pratique le tir à l'arc a-t-il son importance ?
BR : Déjà, je voulais absolument que le personnage principal soit sportif de haut niveau. Pour justifier les rencontres régulières avec la kiné, d'une part, et pour intégrer l'exigence de la compétition, d'autre part. La possibilité de pouvoir participer aux Jeux paralympiques est un enjeu primordial pour Damien. Mais son érection surprise le détourne de sa quête première face à ce nouvel enjeu plus grand et plus important.

H.fr : Mais pourquoi le tir à l'arc plus particulièrement ?
BR : Pour tout vous dire, cela est parti d'une mauvaise raison. Je souhaitais qu'il fasse un sport que tout le monde pouvait pratiquer. Sauf qu'assez rapidement je me suis aperçu que c'était faux. Au tir à l'arc, tout le corps joue. Mais j'ai été séduit par ce sport éminemment sensuel et sensoriel. Il existe un très grand ressenti physique. Et puis, il y a le symbole fort de la cible et de la flèche.

H.fr : Vos recherches ont-elles été suffisantes pour maîtriser le sujet ?
BR : J'ai eu la chance de rencontrer le frère paraplégique d'un ami, Benjamin, qui, finalement, a donné beaucoup de lui au personnage de Damien. A force d'échanger, il est même devenu un ami proche. De plus, grâce au DTN (Directeur technique national, ndlr) de la Fédération de tir à l'arc handisport, j'ai pu participer à un de leurs stages et être témoin du niveau des athlètes. Vivre ces moments de l'intérieur était très important pour l'authenticité du court-métrage.

H.fr : L'une des scènes marquantes du film est celle où Sonja, la kiné, prend les choses en main et opère le transfert érogène sur le corps de Damien à l'aide d'un feutre. Que souhaitiez-vous mettre en avant à travers ce tableau ?
BR : J'avais envie de faire une scène à la fois très érotique et didactique. Le transfert érogène, ce n'est pas facile à comprendre quand on n'a pas d'explication claire. Je voulais que la scène soit filmée de façon sensuelle, que les regards nous accrochent. Comme s'ils étaient en train de faire l'amour, en fait.

H.fr : Le 28 mai 2015, vous avez obtenu le Grand prix du Festival Cinéma et Handicap qui se tenait à Lyon. Qu'est-ce que cela représente ?
BR : Les récompenses sont des choses très précieuses. On se rappelle les périodes où on n'arrête pas de recommencer le scénario, où on n'a que des doutes et qu'on se dit : « Mais est-ce que mon idée est vraiment originale ? ». Recevoir un prix encourage à continuer avec la même sincérité et, forcément, donne du baume au cœur.

H.fr : Lors de votre discours, vous avez déclaré que l'on vous demandait régulièrement si les acteurs étaient paraplégique et kiné dans la vraie vie, sans donner de réponse. Alors, le sont-ils ?
BR : Non, ce sont bien des acteurs que j'ai rencontrés sur d'autres tournages. Si on me pose souvent la question, c'est notamment à cause des jambes de Damien. En fait, c'est Benjamin qui a fait la doublure pour les scènes où on les voit. Cela me semblait indispensable que le spectateur soit mis face à la réalité de cet homme paraplégique et qu'il se représente réellement et physiquement cette absence de sensations.

H.fr : Aimeriez-vous creuser la thématique du handicap et réaliser un nouveau film sur le sujet ?
BR : Le temps le dira. Mais j'ai fait tellement de recherches, rencontré tellement de personnes que je suis certain que le handicap va m'habiter dans l'écriture de mes prochaines productions. Après, l'histoire primera sur le reste. Je ne veux pas être pollué par des messages politiques ou des démarches citoyennes. Cela remettrait en cause mon intégrité artistique auquel je tiens tout particulièrement.

Lire les réactions et réagissez !  

Handicap.fr vous suggère les liens suivants :

Sur Handicap.fr

"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Kevin Murgue, journaliste stagiaire Handicap.fr"


Commentaires

Réagissez à cet article

Le 14-06-2015 par Walter Salens :
21 minutes de bonheur, d'humour, délicatesse, empathie entre 2 personnes.
Et un feutre qui trace, trace... à la 7 ' env et complète son parcours vers la 11'45". Un regard concret, droit au but sur un handicap spécifique. Sans en être le sujet direct, un message vers les "anti-assistance affective et sexuelle", n'en déplaise à quelques ministres de la Santé. Merci à Handicap.fr d'avoir permis une vision de ce docu, souvent peu visible sur les grands écrans. Et plein de bravos au Réalisateur et son équipe.
Petite fleur en hommage: cœur que 7 mm.
https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/hphotos-xtf1/v/t1.0-9/11407153_394800260704205_8088540611686745022_n.jpg?oh=82851d2391178a571d0a6fd68e62eff6&oe=55F52E81

Le 16-07-2015 par Sophie San Pedro :
Bonjour,
Je suis moi-même tétraplégique niveau C6-C7 depuis un accident de voiture datant de plus de 20 ans. J'en ai aujourd'hui 50 et il est difficile de faire comprendre aux hommes que je rencontre où sont mes zones érogènes. J'ai découvertes celles-ci au fil des années, elles se situent au dessus des tétons. Mon ressenti est alors exacerbé et c'est à partir de cette zone que je sens vraiment les caresses et les baisers d'un homme. Au dessous, je ne sens plus rien mis à part au niveau du clito et profondément dans le vagin. Ces deux zones étant beaucoup plus basses que ma fracture de la colonne. Je ne comprends pas trop pourquoi. Ce film a réveillé mon intérêt par sa vérité. Et j'aurais aimer en recevoir le cd. Il est extraordinaire et me laisse à penser que je ne suis pas la seule dans ce cas. Je remercie le réalisateur et son équipe d'avoir fait ce tournage et leur dire un grand bravo pour l'avoir réalisé.

Soumettre votre avis

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.

Haut

Recevez la newsletter Handicap.fr

Découvrir Autonom-ease - notre sélection de produits et de solutions pour vous et vos proches