Vivre seul en appartement, un rêve semé d'embûches pour de jeunes handicapés

Résumé : 'Avoir un logement, ça fait partie de la vie sociale: c'est bien d'aller chez des potes mais c'est surtout important de pouvoir les inviter chez soi', explique Nicolas Balé, un tétraplégique de 24 ans, qui vit seul depuis maintenant un an et demi...

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Par Frédéric JEAMMES
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TALENCE (Gironde), 20 nov 2004 (AFP) - Victime d'un accident de voiture en 1999, Nicolas a dû batailler pour regagner cette précieuse autonomie, qu'il doit aussi aux aides à domicile qui viennent chaque jour chez lui.
En fauteuil roulant manuel depuis qu'il a retrouvé un usage partiel des membres supérieurs, le jeune homme occupe un logement de 35 m2, au rez-de-chaussée d'une résidence HLM sur la commune de Talence, en banlieue bordelaise.
"J'avais pas trop le choix car mes parents sont décédés et personne dans ma famille ne pouvait m'accueillir", explique l'étudiant.
Ce témoignage ressemble à ceux des handicapés venus raconter leur expérience lors d'un forum organisé cette semaine par l'Institut régional du
travail social (IRTS) d'Aquitaine, à Talence, rassemblant plus de 550 professionnels de France et d'Europe.
Le jeune homme se montre parfois sarcastique sur la vie en structures spécialisées, comme les foyers de vie.
"Le foyer, c'est un peu comme une maison de retraite mais pour handicapés", résume-t-il. "C'est même ça qui m'a motivé pour reprendre des études afin de trouver du travail et gagner en autonomie", ajoute l'étudiant en BEP qui a eu la chance de louer son appartement via l'Institut d'éducation motrice (IEM) de Talence.
Cet établissement, qui aide de jeunes handicapés à poursuivre des études, mais aussi - cas rare en France - les prépare au retour "à la viesociale", offre à près d'une vingtaine de jeunes handicapés ce type de logement.

[BB]dur de se retrouver seul [EB]

Cette liberté ne s'acquiert toutefois pas sans difficulté, après des années passées dans le cocon d'institutions sécurisantes: "Les deux premiers mois, c'était dur de se retrouver seul car avant, au moindre problème, je sonnais pour avoir un coup de main", admet Nicolas.
Autonome pour aller aux toilettes ou se faire à manger, Nicolas reçoit la visite de "tierces personnes" matin et soir pour l'aider à se lever,
prendre sa douche et se coucher.
Contrairement à certains de ses camarades totalement tétraplégiques, qui se déplacent en commandant une manette avec le menton, il n'a pas eu besoin d'équiper son domicile de commandes infrarouge, se contentant d'aménagements adaptés à sa hauteur ou à son fauteuil roulant.
Il a dû en revanche acheter un lit médicalisé, un lève-personne et un siège douche, des équipements onéreux et mal remboursés pour la Sécurité sociale.
"Quand t'es handicapé, il faut être riche", ironise Nicolas, avouant que ses dépenses mensuelles dépassent parfois de 200 à 500 euros le total de ses allocations.
Mais outre l'argent, les handicapés doivent également surmonter la solitude et l'angoisse de l'accident domestique.
Tout le monde n'y arrive pas. "Je me suis rendu compte de mes propres limites psychologiques", explique Jonathan, 22 ans, tétraplégique qui, après quatre mois, a décidé de retourner à l'IEM afin de "repartir sur de meilleures bases".
Mais les blocages viennent aussi des institutions, guère épargnées par les "préjugés culturels", souligne Rémi, 21 ans, totalement cloué sur son fauteuil: "certains se demandent comment une personne qui n'est pas capable d'ouvrir une porte peut prétendre à vivre en appartement seule?", lance-t-il, regrettant la confusion entre "handicap moteur" et "handicap social".
fj/mfo/dv

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