Sortir l'autisme de l'ombre

Résumé : Sandrine Bonnaire filme sa soeur pour 'sortir l'autisme de l'ombre'

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Sandrine Bonnaire filme sa soeur pour 'sortir l'autisme de l'ombre'

Par Sophie MAKRIS

CANNES (France), 24 mai 2007 (AFP) - "Gogol" ? Non, autiste. L'actrice Sandrine Bonnaire filme sa soeur, Sabine, atteinte d'une maladie "qui a longtemps cherché son nom" dans un premier documentaire à la fois intime et engagé.
"Pendant longtemps, on n'a pas su de quoi Sabine souffrait. L'autisme n'avait pas vraiment de définition. On disait +handicapé mental+. Il y avait aussi la honte, penser: +on a quelqu'un d'un peu gogol+. Ce mot +gogol+ revenait souvent. On n'assumait pas d'avoir quelqu'un d'un peu différent", a confié Sandrine Bonnaire à l'AFP.
En 2001, un diagnostic tombe enfin. Sabine a 32 ans, un an de moins que
Sandrine: elle est "psycho-infantile avec des comportements autistiques".
L'évaluation arrive bien tard car en 1996, tout a basculé: le décès d'un frère, un déménagement en province ont traumatisé la jeune femme qui est devenue violente envers elle-même et envers les autres. Elle a été internée en hôpital psychiatrique, y est restée cinq ans.
"Cet internement a constitué un déclic. L'état de Sabine s'est tellement dégradé à l'hôpital, elle y a perdu tellement de facultés mentales et physiques que j'ai voulu retrouver son visage d'avant en regardant les cassettes tournées durant nos vacances. La différence était terrible. Je me suis dit qu'un jour, je ferai un film", raconte l'actrice qui a entrepris, quelques années plus tard, le tournage du documentaire sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs.
Toute la construction du film s'articule autour de ce contraste violent entre les images d'hier, celles d'une adolescente vive, cultivée, corps svelte, regard frondeur, et le tableau d'aujourd'hui: une femme à la voix de petite fille encombrée de son corps massif, de sa violence, de ses angoisses qui ne s'expriment qu'au gré d'une élocution difficile.
Le montage de la réalisatrice joue sur les fondus-enchaînés d'une Sabine aux doigts agiles qui courent sur les touches du piano familial et de son ombre, vingt-cinq plus tard, qui bute sur les notes. La jeune fille qui se roulait dans les vagues de l'Atlantique barbote désormais maladroitement dans le petit bassin d'une piscine de campagne.
"Faire un film sur sa soeur, quand on est actrice, j'avais peur de tomber dans le +truc people+. En même tant il y avait la nécessité de parler de ce sujet. J'ai été marraine de la journée de l'autisme et j'ai constaté combien de familles vivaient ce drame dans l'ombre".
La brutalité du parallèle entre le quotidien de Sabine avant et après son hospitalisation interpelle sur les défaillances de prise en charge de l'autisme qui touche environ 40.000 enfants et adolescents en France. Depuis quelques années seulement, Sabine est accueillie dans un centre spécialisé où elle tente de réapprendre tout ce qu'elle connaissait.
"On ne peut pas s'empêcher de se demander ce que serait devenue Sabine si elle était passée directement du cadre familial à cette maison d'accueil. Elle serait sans doute quasiment autonome", estime l'actrice et réalisatrice.
"Depuis cinq, six ans, les diagnostics ont progressé mais la prise en charge de l'autisme demeure très pauvre", regrette-t-elle.
Habituée depuis l'adolescence à la caméra familiale, Sabine Bonnaire était "ravie" d'être filmée pour le documentaire de sa soeur. "Elle disait, +moi aussi je vais être actrice !"
Un rôle que Sandrine Bonnaire n'a pas regretté de lui céder: "On est tellement protégé dans le métier d'acteur. En tournant ce film, je me suis sentie utile".
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