Handicap psy en entreprise : la chasse aux idées reçues !

Résumé : Embaucher ou maintenir dans l'emploi un travailleur handicapé psychique ? Les entreprises n'osent franchir le pas. Crise, suicide, danger... Comment faire taire les fantasmes ? Le cercle " Osons ! Entreprises & Handicap " s'y emploie...

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« Osons ! Entreprises et Handicap » est un cercle de débat et de réflexion pour « Oser dépasser ses idées reçues sur le handicap ». Il se réunissait le 28 avril 2011 sur la thématique « Travailler avec une personne handicapée psychique, est-ce risqué ? ». Une vingtaine de professionnels, responsables de mission handicap ou psychologues ont répondu présent pour évoquer ce sujet sensible, auréolé de fantasmes, de peurs et de non-dits. C'est en tout cas ce qu'il ressort des études menées par Osons ! auprès des employeurs.

Entreprise en danger ?

Peur ! Le mot revient dans presque toutes les bouches. Peur d'une crise spectaculaire, peur d'un comportement inadapté, peur de ne pas avoir les compétences et les appuis nécessaires pour gérer une situation délicate, peur aussi d'une éventuelle « contamination pathologique » de l'équipe. Eh oui, en termes de handicap psychique, les clichés ont la dent dure. Peur du suicide aussi, alimenté depuis quelques mois par des drames chaque fois plus spectaculaires. Handicap psychique, maladie mentale, dépression... Les dérives de l'esprit sont impénétrables. Que d'amalgames ! Difficile d'objectiver ce danger potentiel. Quelle part relève du réel ou du fantasme ? Comment, alors, convaincre un employeur que l'embauche ou le maintien dans l'emploi d'un travailleur handicapé psychique ne va pas plonger toute son organisation dans le chaos ? Même certaines entreprises qui développent des politiques d'embauche des travailleurs handicapés très fortes affirment que le handicap psychique est rédhibitoire. Si un chef d'entreprise a vocation à prendre des risques, ceux-ci ne relèvent pas de la vie privée de ses salariés.

Un secret bien gardé

D'autres craintes surgissent, notamment l'absentéisme, le manque de fiabilité... Un intervenant aborde alors la notion d'adaptation du poste de travail. De la même façon qu'on aménage le poste de travail d'un travailleur handicapé physique avec certains outils techniques, la souplesse des horaires ne pourrait-elle pas constituer une adaptation à part entière ? Mais encore faut-il connaître la pathologie pour s'y adapter. Or, avec le handicap psychique, on est souvent face à l'invisible, par absence de diagnostique, par déni, à cause d'un secret bien gardé. Il est évidemment plus facile de dire « Je suis sourd » que « Je suis bipolaire » !

Le fantasme de la violence

Les intervenants présents à cette réunion « Osons ! » n'ont rien d'exemplaires. Pas là pour faire la morale. Juste envie d'échanger, de s'enrichir des expériences de chacun. Parmi eux, certains ont déjà intégré des travailleurs souffrant de handicap psychique. Le bilan est positif. Cela suppose quelques adaptations, certes, mais on est bien loin des hantises de schizophrénie incontrôlable ou de burn-out suicidaire. C'est cette crainte de la violence, à l'égard des autres ou de soi-même (cas d'automutilation), qui est la plus souvent évoquée par les employeurs. On sait pourtant qu'il n'y a pas de lien avéré entre handicap psychique et violence, à moins qu'il ne soit associé à d'autres facteurs aggravants (exclusion sociale, prise de drogue...). On constate même que ces personnes, souvent fragiles, sont, dans leur vie privée, deux fois plus victimes de violence que les autres. Ajoutons à cela que le milieu du travail n'est pas, lui-même, propice à la violence. C'est à l'inverse la désocialisation, le manque de repère et de rythme qui plongent certaines personnes dans des états inextricables.

Personne à qui s'adresser

Mais l'arbre qui cache la forêt dans ce débat ne serait-il pas tout simplement le propre comportement de l'encadrant face à un salarié qui vit des troubles psychiques compliqués ? Peur de ne pas savoir gérer, d'être mis en défaut dans ses compétences de manager ? Il est vrai que, dans ce domaine, on trouve bien peu de ressources, et aucune recette miracle ! Il semble évident que le monde du travail, le lieu d'exercice des compétences, n'est pas préparé pour gérer l'exception. Existe-t-il beaucoup d'entreprises où l'on a donné des consignes en cas de décompensation d'un salarié sur son lieu de travail, au même titre que le baBA de la sécurité incendie ou du secourisme ? Quel est l'interlocuteur privilégié ? Certains évoquent le médecin du travail, mais admettent qu'il a rarement les compétences pour gérer ce type de situation, et ne saurait, de toute façon, résoudre une crise dans l'urgence. C'est là que le bas blesse.

ESAT : une équipe de pro

Un intervenant évoque son expérience en ESAT. Ces entreprises adaptées, qui accueillent des travailleurs handicapés, ont la chance de bénéficier d'un encadrement composé de professionnels de la santé et de psychologues, capables de déceler puis de faire face à la plupart des menaces. D'autres expériences de détachement des travailleurs des ESAT en milieu ordinaire sont également tentées, maintenant le lien entre les équipes pendant quelques mois pour optimiser la transition. Mais qu'en est-il des entreprises ordinaires qui n'ont pas cette ressource humaine précieuse ? Face à des situations de crise que l'on pourrait juger « classique », il n'existe pas de repères partagés, pas de « mode d'emploi ». Personne ne sait où aller chercher l'info...

Des entreprises pathologiques

Et puis, à trop vouloir tirer sur l'employé, n'y-a-t-il pas aussi des organisations de travail pathologiques, dont le fonctionnement a de réelles incidences sur l'équilibre mental de ses équipes. Les troubles psychiques sont l'une des premières maladies reconnues comme ayant une origine professionnelle. Le handicap psychique donne à voir à quel point le monde du travail est fragile dans la gestion du facteur humain. Or, à une époque où le développement durable est dans toutes les bouches, il est important de s'intéresser aux gens au même titre qu'aux arbres. Les entreprises ne peuvent plus faire l'impasse sur l'état de santé, qu'il soit physique ou mental, de leurs employés. On ne parle plus là d'une minorité suspecte et dérangeante mais bien de l'ensemble des travailleurs. Un management stratégique doit allier l'humain et l'économique, qui passe par une compréhension plus fine de l'homme au travail. La crise que traversent aujourd'hui certaines entreprises est, dans ce sens, un puissant détonateur. Au monde du travail d'assumer sa part de responsabilité...

Mais les choses progressent. De son côté, l'intégration des travailleurs handicapés physiques avance à grand pas, débarrassée peu à peu de ses préjugés. La partie émergée de l'iceberg. Le handicap psychique relève, quant à lui, encore de l'invisible. Il faudra du temps pour que fondent les fantasmes. « Osons ! » en parler, c'est déjà çà...

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Commentaires

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Le 06-05-2011 par victoire0650 :
je pense qu'il faut avant tout respecter le handicap , car certains trouvent là une main d'oeuvre bon marché.
La pathologie entraînent certaines conséquences et ne pas la respecter entraîne des arrêts et ou une hospitalisation !
Je pense que certains handicaps ne sont pas compatibles avec certains travail vu les conséquences .
Il faut être réaliste pour le bien de la personne ayant le handicap .
Le respect vis à vis de la personne est essentiel !

Le 09-05-2011 par mathias :
Vous avez entièrement raison Victoire. il faut savoir que les entreprises adaptées tout comme les Esat, on demande du rendement au même titre que les valides celui qui ne fait pas l'affaire dehors sans état d'ames, pour certains directeurs.

Le 12-05-2011 par Walter SALENS :
Je ne peux témoigner que pour l'entreprise adaptée TH-OISE - Taverny: il n'est pas demandé au opérateurs d'avoir le même rendement que des personnes valides. Il s'agit d'abord que les personnes deviennent compétentes, fonction du travail spécifique à faire. Certains vont atteindre une bonne productivité, d'autres plus lentes, fournissent de la qualité. Il est du devoir de l'encadrement de trouver le juste milieu. Par ailleurs les Esat et les EA ont des missions très différentes : les EA sont d'ailleurs dans le milieu ordinaire, avec droits et devoirs de tous suivant le Code du Travail.
Walter 95

Le 19-05-2011 par jerome35 :
Reconnu travailleur handicapé depuis le mois de septembre de l'année dernière, j'ai éprouvé beaucoup de difficultés dans mes recherches mais cela a fini par être positif pour moi. Je pense que les entreprises et notamment les grandes entreprises prennent de plus en plus conscience de l'obligation d'emploi des personnes en situation de handicap bien que le pourcentage soit encore très faible. J'ajouterai que le respect des personnes handicapés est primordial dans une société où prime
l'égoÏsme et le chacun pour soi.

Le 20-10-2011 par rollet :
Le 20/10/2011 par Sanderine (64)
RTH 80% depuis 20 ans, je me bats inlassablement pour travailler dans le privé, quand l'état à mis en place un QCM en 2006 pour avoir les 6%, nous avons eu tous les petit handicap entre 10 et 50% qui sont venu gonfler ce %, pour moi cela été de la fumisterie. Les emplois réservés pour certaines foncions, 1ère question posée : Quelle niveau avez-vous ? Quand vous répondez CAP, on vous répond : il faut le niveau BAC minimunm. Avant de sortie des Lois, il faudrait commencer par l'école, Lycée, Fac, adaptée pour l'handicap. Cela nous donnerait une chance un peu plus grande, malgré nos difficultés parfois d'enregistrer moins facilement, car quand nous avons subi plusieurs interventions chirurgicales, notre cerveau fait au mieux pour récupérer les anesthésies subies. Je rejoins Jérôme sur sa dernière phrase pour se qui est du respect. Quand les personnes étaient solidaires, cela fonctionneré dans le meilleur des mondes.
Sandrine

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