Handicap: 11 septembre, un hommage à deux vitesses !

Résumé : 11 septembre. 10 ans déjà. La saison est au recueillement, aux hommages, mais qu'en est-il des 70 000 personnes directement exposées aux conséquences de l'attentat qui souffrent aujourd'hui de handicap ou de maladies graves ?

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10 ans déjà ! 10 ans que la télé nous a délivré l'un des plus grands chocs de tous les temps. Deux tours, deux avions... 2 296 morts. Que dis-je, 2 296 héros. Tous décédés... Mais quel hommage rend-on à ceux qui ont conservé la vie mais vivent aujourd'hui sourds, aveugles, estropiés, amputés, avec des troubles musculo-squelettiques ou des cancers, ou tout bêtement, dix ans plus tard, toujours en état de choc ? Leur nom est-il gravé dans le bronze du mémorial de Ground zero ? N'y aurait-il de l'héroïsme que dans la mort ? N-y aurait-il pas pire souffrance qu'un corps morcelé qui vous rappelle à chaque instant cette terreur d'un petit matin de 2001 ensoleillé. A l'heure où les commémorations et autres « Soirées spéciales » inondent nos unes et nos écrans, qu'en est-il de ces personnes handicapées du 11 septembre ? Et quelle place leur est accordée dans ces cérémonies du souvenir ?

71 000 victimes !


Ces héros sacrifiés y ont laissé leur santé, certains n'en finissent pas de sombrer. Le président Bush s'est pressé au chevet de Wall Street plutôt que d'informer la population et les sauveteurs des risques liés à la pollution sur le site dévasté, cocktail corrosif de kérosène, d'amiante, de dioxine, de ciment et autres hydrocarbures connus pour leurs pouvoirs cancérigènes, mais aussi de déchets humains. La « toux du World trade center » a engendré fibrose pulmonaires et autres tumeurs. La revue médicale The Lancet a publié un numéro spécial « 11 septembre » avec plusieurs études sur l'état de santé des new-yorkais ayant participé aux opérations de sauvetage et de déblayage. Elle révèle que, sur les 27 000 pompiers, policiers, personnels médicaux et ouvriers du bâtiment (mais ce sont en réalité 71 000 personnes qui ont été exposées aux émanations toxiques selon le WTC Health Registry mis en place par le département de santé de la ville de New-York), 18 000 souffrent toujours, dix ans plus tard, des suites d'affections liées à leur intervention : 28% d'asthme, 42% de sinusite, 42% de problèmes pulmonaires, 39% de reflux gastro-œsophagien.

En état de choc


L'esprit n'a pas échappé à cette déferlante. 28% souffrent de dépression, 32% de stress post-traumatique et 21% de syndrome de panique. Le concept de stress post-traumatique, développé après la guerre du Vietnam, est le type de psychopathologie le plus fréquemment rencontré après un événement dramatique de grande ampleur. Il s'agit de crises d'anxiété ressenties dans des situations ne faisant courir, d'un point de vue rationnel, aucun danger, tant pour l'intégrité physique que psychologique. A l'approche de cette date anniversaire et de la prolifération de célébrations, les soutiens psychologiques redoublent d'intensité.

La plupart de ces victimes post 11 septembre cumulent plusieurs handicaps et plusieurs problèmes de santé. D'après le dossier publié dans The Lancet, le nombre de victimes post-attentat devrait bientôt dépasser celui des personnes qui ont péri ce jour là... Sur le site de l'Association des familles du 11-Septembre, une large part est consacrée aux questions de santé. Elles continuent de compter leurs morts...

L'Amérique se désengage


Pendant les mois qui ont suivi le drame, l'Amérique a chouchouté, idolâtré ses survivants et ses héros. Mais, au fil du temps, la machine solidaire s'est enrayée : les assurances maladies ont cessé les versements d'indemnités, les assureurs se sont désengagés. L'administration Bush, elle-même, finit par diminuer les crédits affectés à la surveillance médicale. Lors de la proposition budgétaire de 2008, elle annonce une diminution du budget affecté aux soins de l'ordre de 77 % et une annulation du programme de surveillance de la santé des travailleurs de Ground zero. Même désengagement deux ans plus tard : en 2010, la Chambre des représentants américaine rejette un projet de loi pour fournir une couverture maladie aux sauveteurs et volontaires du 11 Septembre atteints par des maladies liées aux attentats. Ce projet de loi, proposé par les élus de New-York, devait coûter 7,4 milliards de dollars ! « La vérité est que personne ne veut plus payer, explique Joel Shufro directeur de la Commission nationale pour la santé au travail. Aux Etats-Unis, on n'a pas la sécurité sociale. Et c'est une immense bagarre pour savoir qui va devoir payer ». La ville de New York a d'ailleurs adopté une attitude de contestation systématique des demandes de reconnaissance en maladies professionnelles et d'indemnisation.

Il faut alors que la justice s'en mêle pour que, ponctuellement, à force de combats, certaines victimes conservent leurs droits. Comble du scandale, 100 millions de dollars ont été dépensés par la Municipalité en frais de justice suite aux 9 000 plaintes déposées. Certaines victimes sont alors contraintes de vendre leur maison pour payer leur traitement. Il existe pourtant une Loi handicap WTC (World trade center disability law) qui est sensée protégé et assurer une retraite loyale à tous ceux qui étaient présents dans ce marasme. Face au silence de leur Nation, les victimes s'indignent de cet « homicide d'Etat ».

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