Un « combat de nains » dans une discothèque, des spectacles reposant sur la moquerie du handicap, des défis humiliants sur les réseaux sociaux, la tauromachie des nains… Ces scènes existent encore en France en 2026. Face à ces dérives, un décret publié le 6 mars 2026 au Journal officiel renforce le rôle du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). Désormais, son président pourra agir au nom de l'État devant le juge administratif pour contester l'autorisation, ou l'absence d'interdiction, d'une manifestation mettant en scène des personnes handicapées dans des conditions portant atteinte à leur dignité. Une avancée juridique destinée à combattre des représentations jugées « caricaturales, rétrogrades ou stigmatisantes ».
Référé-suspension et référé-liberté : une action en urgence
Concrètement, le président du CNCPH pourra saisir la justice en référé-suspension ou en référé-liberté, deux procédures d'urgence devant le juge administratif. L'objectif ? Obtenir l'arrêt d'un spectacle en quelques heures, palliant ainsi l'inaction de certaines autorités locales face à des pratiques jugées contraires à l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme. Jusqu'ici, l'interdiction reposait principalement sur les maires ou préfets, qui ne prenaient pas toujours de décision malgré des atteintes manifestes à la dignité humaine. Pour rappel, de nombreuses associations, notamment celle des personnes de petites tailles (APPT), dénoncent depuis des années la persistance de mises en scène humiliantes dans certains événements festifs ou commerciaux. Le dernier en date, très médiatisé, avait lieu en 2024 dans une discothèque toulousaine, mettant en scène un « combat de boxe de nains ». La polémique avait permis de mettre au jour l'ambiguïté de la loi qui n'interdit pas formellement les activités dites « récréatives » qui discriminent des individus en raison de leur handicap… (Un combat de "nains" dans une discothèque fait scandale).
Une protection renforcée… mais encadrée
Le texte concerne précisément les situations où la mise en scène provoque la plaisanterie, la dérision ou la moquerie au détriment des personnes concernées. L'action restera strictement encadrée par le juge administratif, qui devra apprécier la réalité de l'atteinte à la dignité humaine. Dans son avis, le Conseil national consultatif des personnes handicapées salue une mesure « nécessaire » pour protéger l'image des personnes en situation de handicap dans l'espace public. L'instance recommande toutefois de préciser dans le texte « la situation de handicap d'une personne » et de la compléter par « l'empêchement lié à l'état de santé, l'apparence physique, les caractéristiques génétiques, d'une personne ».
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