Jeux paralympiques : l'élan des Jeux, puis la réalité

Journaliste avec un handicap et parasportif de haut niveau, Pierre Botte, 26 ans, a couvert les Jeux de Paris 2024. Alors que ceux de Milano-Cortina battent leur plein, une question lui revient : que reste-t-il vraiment de cet élan ?

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Un paraskieur à Milan Cortina 2026

« Le 2 septembre 2024, au Club France installé au parc de La Villette à Paris, Alexis Hanquinquant et les médaillés français du paratriathlon montent sur scène. La foule chante et applaudit, les prénoms sont scandés. Quelques jours plus tôt, beaucoup dans le public ne connaissaient pas ces athlètes. Ce soir-là, ils sont accueillis comme des vedettes.

Pendant les Jeux paralympiques de Paris 2024, ce type de scène s'est répété sur plusieurs sites. Avec plus de 2,5 millions de billets vendus, selon la ville de Paris, et des millions de téléspectateurs, ces Jeux ont battu un record d'affluence. Pendant quelques jours, le handisport n'était plus un "à-côté", il était au centre.

La performance, elle, ne m'a pas surpris. Je sais à quel point les athlètes paralympiques s'entraînent comme des sportifs professionnels, avec les mêmes exigences physiques et la même intensité. Ce qui m'a marqué, c'est la découverte collective : un public entier a pris conscience de ces sports et de ces champions.

Un élan plus discret en hiver ?

Dix-huit mois plus tard, alors que les Jeux paralympiques d'hiver de Milano-Cortina se tiennent du 6 au 15 mars 2026, ce souvenir me revient souvent. Aujourd'hui, l'élan médiatique semble plus discret. Peut-être parce que ce ne sont pas "nos" Jeux, ou parce que l'hiver attire moins. Peut-être aussi parce que la séquence exceptionnelle de Paris 2024 est difficile à reproduire.

Fin 2025, environ 255 000 billets ont été mis en circulation pour ces Jeux paralympiques d'hiver, selon les chiffres recueillis par l'AFP auprès du Comité international olympique (CIO). Les organisateurs évoquent un public ''très diversifié'', avec plus de la moitié des acheteurs étant des femmes et environ un quart âgés de 25 à 34 ans.

''Pas eu grand-chose après''

Très vite après les Jeux de Paris, plusieurs athlètes que j'ai rencontrés me confiaient déjà une crainte : que l'élan retombe une fois les Jeux terminés et que cette visibilité exceptionnelle ne se transforme pas en changements durables.

''Les Jeux ont changé le regard des gens, mais sur le modèle économique, il n'y a pas eu grand-chose après,'' confirme Sofyane Mehiaoui, meneur de jeu de l'équipe de France de Basket fauteuil lors des Jeux de Paris 2024.

''Immense raté'', ''tout s'est éteint''…

Un symbole m'a particulièrement marqué : le livre officiel des Jeux de Paris 2024, vendu en librairie, ne mentionnait pas les Jeux paralympiques, qu'avait à l'époque qualifié le tennisman fauteuil Stéphane Houdet d'''immense raté''.

''On a cru qu'avec Paris 2024 la visibilité suivrait. Mais dès la rentrée tout s'est éteint,'' résumait quant à elle la médaillée mondiale en para surf Céline Rouillard. La question est simple : quelle place accorde-t-on réellement au parasport dans le récit du sport français ?

Derrière la vitrine, un quotidien de ''sports amateurs''

Il faut d'abord voir à l'échelon local, du côté des gymnases, des créneaux rares, des budgets bricolés... Moins d'un an après Paris 2024, j'en ai moi-même fait l'expérience. Un coéquipier de rugby-fauteuil m'a expliqué, à propos d'un stage en équipe de France, que les frais seraient à sa charge. Et on lui a glissé, presque gentiment : ''Pas de remboursement, je comprendrais si tu ne venais pas.''

''6 000 athlètes en France (…) réalisent de grandes performances, mais ne gagnent pas leur vie'', m'expliquait avant les Jeux le fondateur de la plateforme Obaine, un outil de financement participatif destiné aux sportifs de haut niveau. Un chiffre qui englobe les sportifs handi et valides, parmi lesquels figurait Sébastien Verdin, lui aussi membre de l'équipe de France de rugby-fauteuil, qui avait à l'époque accepté de rejoindre cette aventure en raison « de la difficulté liée à l'absence de médiatisation du parasport en général. »

Sans médiatisation stable, les sponsors hésitent et les athlètes bricolent. Le rugbyman fauteuil Cédric Nankin me le résumait récemment : ''Même en équipe de France, ça reste un sport amateur. Pour vivre, on doit avoir un autre travail.''

Milan-Cortina, et après ?

Les Jeux paralympiques d'hiver de Milan-Cortina vont à nouveau mettre en lumière ces disciplines et ces sportifs, et c'est une bonne chose. Paris 2024 a prouvé une réalité simple : le public est prêt à s'enthousiasmer pour ces athlètes et ces performances. La question n'est donc plus celle de l'intérêt, elle est celle de la durée, car le véritable héritage des Jeux ne se mesure pas seulement pendant la compétition, mais dans ce qui reste une fois la flamme éteinte.

Ces Jeux rappellent aussi que le paralympisme peut être un espace politique. La France, comme plusieurs pays européens, n'a envoyé aucun représentant gouvernemental à la cérémonie d'ouverture pour protester contre le retour d'athlètes russes et biélorusses. Longtemps considéré comme périphérique, le mouvement paralympique devient lui aussi un lieu de débats et de positions internationales.

Alors, les Jeux paralympiques me font-ils rêver ou me mettent-ils en colère ? La réponse est forcément plus nuancée. Je rêve quand je repense aux tribunes pleines de Paris 2024. Mais je reste inquiet quand je vois à quelle vitesse la parenthèse peut se refermer. La vraie question est désormais simple : comment faire en sorte que cet élan dure plus longtemps que deux semaines ? »

Pierre Botte

©Paralympics - Capture d'écran Instagram

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