Paralysie cérébrale : un jeu interactif contre la douleur

Résumé : En France, deux centres de réadaptation expérimentent "Les Mini-docs", un serious game pour enfants paralysés cérébraux. Ludique, ce dispositif numérique vise à réduire la douleur lors de soins et à rendre le patient plus acteur de son traitement

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La réalité augmentée permet-elle de lutter contre la douleur ? En cours d'expérimentation, le serious game Les Mini-docs invite à répondre par la positive. Ce jeu vidéo interactif, soutenu par la Fondation Apicil, est aujourd'hui testé au CMCR (Centre médico-chirurgical de réadaptation) Croix-Rouge des Massues, à Lyon, et au CMPRE (Centre de médecine physique et de réadaptation pour enfants) de Bois-Larris, dans l'Oise, auprès d'enfants de 3 à 8 ans, atteints de paralysie cérébrale (qui implique des troubles du développement moteur dus à un manque d'oxygénation survenu avant l'âge de deux ans).

Faire face au stress post-traumatique

Emmanuelle Chaleat-Valayer, chef du service Médecine physique et réadaptation au centre des Massues, est le principal instigateur du projet. « Les enfants paralysés cérébraux doivent supporter des soins très douloureux, tels que des injections de toxine botulique, un puissant relaxant musculaire nécessaire pour maintenir la marche pendant la période de croissance », explique-t-elle. Un traitement indispensable, à administrer tous les quatre à six mois. « Malgré toutes les solutions conçues pour pallier les effets de ces soins répétitifs, certains enfants gardent en eux le souvenir de cette douleur ». D'où la nécessité de développer un dispositif capable d'apporter des moyens d'action et de limiter le stress post-traumatique.

Le principe de la contre-agression

Les Mini-docs comportent trois modules, à expérimenter sur une tablette numérique. Le premier propose à l'enfant de cliquer, au choix, sur un papillon, un nuage, un camion de pompier ou un médecin. Chaque option servira à diminuer la sensation de brûlure sur la jambe, due aux injections… ou à arroser le médecin durant le traitement ! De cette façon, l'enfant ne se concentre plus uniquement sur sa douleur. « C'est le principe de la contre-agression, souligne Dr Chaleat-Valayer. L'enfant agit contre ce qui se passe. Souvent, il choisit de cliquer sur le camion de pompier pour m'arroser. Dans ce jeu, je finis souvent trempée ! »

Un effet antalgique

L'objectif va donc plus loin que le simple divertissement. « Dans de nombreux cas, les enfants ne peuvent pas lâcher prise ; il y a un réel besoin de contrôler chez eux, précise la chef de service. Les Mini-docs, c'est un jeu conçu en ce sens, qui leur permet de maîtriser la situation et d'adopter une position d'égal à égal avec l'équipe médicale. » Un aspect psychologique à ne pas négliger, en plus d'un réel effet antalgique constaté par les médecins…

Moins d'anxiété à l'hôpital

Le deuxième module se présente sous la forme d'un parcours de découverte interactif. Muni de sa tablette, l'enfant circule dans le centre de soins, à la recherche de QR codes (codes à scanner), souvent placés sur les blouses des médecins. Une fois détectés, ceux-ci révèlent des messages amusants. « Là, il est question de faire diminuer l'anxiété des enfants mais aussi de leurs parents, qui se trouvent, eux aussi, en situation de stress post-traumatique », poursuit la spécialiste.

Un troisième module en attente

Un troisième module, comportant des avatars personnalisables, a été imaginé. Faute de financements, il n'est pas disponible pour le moment. Pour finaliser le projet, ses initiateurs souhaitent aujourd'hui recueillir 600 000 euros. Une étude scientifique est également en cours depuis décembre 2015, afin d'évaluer l'efficacité du dispositif. Ses auteurs espèrent obtenir des résultats définitifs en 2018. En attendant, les retours restent très positifs, chez les enfants comme chez leurs parents. « Le plus souvent, ils s'amusent ! », constate Cécile Dubois, infirmière et référente douleur au centre des Massues.

Vers d'autres services ?

« Nous devons également former le personnel soignant pour utiliser ce jeu correctement, encadrer le patient et sa famille, ajoute Dr Chaleat-Valayer. La douleur est l'affaire de tout le monde ; c'est un travail d'équipe ! » Exclusivement dédié aux enfants pour le moment, dans le cadre de l'étude de cas, ce serious game pourrait, à terme, s'étendre à d'autres services, tels que l'oncologie ou la dermatologie… Et, être proposé, pourquoi pas, aux adultes ?

© Aimée Le Goff / Fondation Apicil

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Aimée Le Goff, journaliste Handicap.fr"


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