40 ans de transport adapté : en route vers l'autonomie ?

Résumé : Le GIHP Rhône-Alpes fête deux anniversaires. L'occasion de faire le point sur quatre décennies de transport adapté en porte-à porte. Quel public, quelles contraintes et quelles perspectives ? Réponses de Bernard Poulet, son président.

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H.fr : 40 et 20 ans : pourquoi deux anniversaires fêtés le 11 octobre 2018 ?
Bernard Poulet : L'association GIHP Rhône-Alpes a été fondée il y a 40 ans par Danièle Faÿnel, tétraplégique, avec l'idée de favoriser le maintien à domicile. Il y a 20 ans, cette association a décidé de créer, avec d'autres partenaires locaux, une filiale GIHP Service adapté exclusivement dédiée au transport.

H.fr : Quelles ont été les grandes évolutions de votre activité transport depuis 40 ans ?
BP : Au départ, gestionnaire du service public lyonnais, GIHP Service adapté s'est développé vers les établissements médico-sociaux (80% de l'activité) pour assurer le transport de leurs usagers du domicile au centre. D'autre part, de spécialiste du handicap moteur à l'origine, nos transports concernent aujourd'hui à 75 % les déficiences intellectuelles ou mentales ou les troubles autistiques.
 
H.fr : Vous disiez pourtant que l'asso avait été créée par des personnes avec un handicap moteur et lorsqu'on parle de transport, on imagine que ce sont surtout de problème d'accessibilité motrice…
BP : Avec la mise en accessibilité des réseaux de transport public (bus, tram, métro), les personnes dont la mobilité est la plus réduite sont celles marchant difficilement ou ayant des problèmes d'équilibre (difficultés pour se rendre à un arrêt) ou des personnes déficientes intellectuellement qui ne sont pas autonomes, ayant besoin d'accompagnement humain.

H.fr : En chiffres, le GIHP ça donne quoi ?
BP : 20 ans d'existence, 220 véhicules, 2 500 transports quotidiens sur 5 départements de la région Rhône-Alpes, 180 salariés avec une ancienneté moyenne de 7 ans. Nous travaillons beaucoup sur la formation et la fidélisation de nos salariés pour apporter une prestation de qualité et avoir un turn-over de conducteurs-accompagnateurs le plus faible possible. Parmi eux, nous comptons 8,8 % de travailleurs handicapés.
 
H.fr : Quel type de formations leur proposez-vous ?
BP : L'association GIHP Rhône-Alpes est reconnue organisme de formation, agréé DataDock. Elle assure les formations d'intégration de nos conducteurs-accompagnateurs ainsi que la formation obligatoire « Conducteur-accompagnateur PMR ». Ces modules permettent d'apporter un savoir-faire et un savoir-être pour tous les types de handicap.  Tous ont par la suite une formation sur les troubles autistiques avec un organisme spécialisé qui leur permet d'être rassurés pour gérer des crises éventuelles et d'avoir les bons gestes afin de limiter le risque de troubles pendant le transport.
 
H.fr : Quelle est la situation du transport adapté ? On le dit trop cher, trop rigide, souvent saturé... Plus généralement, pour les individuels qui vivent en autonomie et veulent disposer d'un transport ponctuel, ça se passe comment ?
BP : Les problèmes principaux sont les ressources et l'accès à l'information. Les services adaptés existent mais à des prix équivalents à un tarif de taxi, les rendant prohibitifs pour un usage régulier de loisirs. Si vous prenez le cas du service de transport à la demande dans les grandes agglomérations, il est très limité dans son accès : il suppose de s'inscrire à l'avance, est réservé aux résidents et souvent saturé et rend difficile le déplacement des personnes handicapées en porte-à-porte. D'autant que ce service public subventionné n'est pas ouvert à celles qui seraient de passage dans la ville.
 
H.fr : Elizabeth Borne, ministre des Transports, est en train de travailler sur la mobilité, une place pour le transport adapté dans sa politique ?
BP : Non, le transport adapté n'a pas été un sujet en tant que tel lors des Assises de la mobilité. Mais une des thématiques visait à améliorer l'amélioration du partage de l'information sur l'accessibilité des transports publics.

H.fr : Vous avez également mis en place le label Handéo ?
BP : Oui, depuis 2016, ce label, porté par l'ensemble des grosses associations du champ du handicap, offre une garantie de qualité de transport pour les usagers mais est aussi un moyen de faire connaître ce type de prestations auprès des individuels. L'agence de Chambéry du GIHP a été le premier service TAD (transport à domicile) à recevoir ce label qui est aujourd'hui  en plein déploiement sur l'ensemble du territoire.

H.fr : Si, un jour, la loi obligeant tous les transports à être accessibles est réellement appliquée, le transport adapté à la demande cessera d'exister ?
BP : J'y mettrais quand même un bémol, car, dans l'absolu, cela voudrait dire que tout le monde est capable d'aller à un arrêt de bus, de tram ou de métro. Or il y aura toujours des personnes qui auront besoin d'un accompagnement humain pour faire le trajet ou d'un service adapté qui leur propose un porte-à-porte. L'accessibilité des services publics ne résoudra donc pas tous les problèmes.

H.fr : Le GIHP Rhône-Alpes a également développé d'autres services pour encourager l'autonomie des personnes handicapées ?
BP : Oui, notamment Mobigihp, qui est un service d'accompagnement  dans l'agglomération lyonnaise qui permet aux personnes isolées de sortir de manière autonome. C'est un accompagnement humain ponctuel, en transport en commun, à pied, en voiture... Ces prestations sont payantes mais les usagers peuvent obtenir des financements, par leur caisse de retraite par exemple. En 2012, l'association a créé un nouveau service ULS (Unité logements et services) permettant à dix personnes en situation de grande dépendance motrice de pouvoir bénéficier d'un service d'auxiliaire de vie 24h/24, en plus de leurs aides individuelles afin de répondre à tous les besoins de courte durée et/ou non programmés. Il se situe à Lyon 8ème, rue de la Solidarité, ça ne s'invente pas.
C'est le type de services innovants et répondant à des besoins réels que notre association développe pour permettre une vie à domicile la plus flexible et la plus autonome possible malgré la dépendance.

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