Sexualité et handicap

Résumé : Les aidants sexuels pour personnes handicapées face aux tabous et à la loi française

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STRASBOURG, 27 avr 2007 (AFP) - Des aidants sexuels prodiguant baisers, caresses ou massages aux personnes handicapées: ce service réclamé par des associations de personnes handicapées implique une révolution des mentalités et de la loi française, ont estimé les participants à un colloque à Strasbourg.
"Encore aujourd'hui, certains considèrent les personnes handicapées comme des sous-êtres, incapables d'être aimés, d'aimer, de séduire... Dans l'imaginaire populaire, de tels êtres ne peuvent engendrer que des monstres", explique Jean-Pierre Ringler de la Coordination Handicap et Autonomie (CHA).
Selon lui, la mise en place en France d'un véritable cadre à l'image des Pays-Bas où les accompagnatrices sexuelles existent depuis 1982, ou de l'Allemagne et de la Suisse, se heurte à la culture de la société française qui reste encore celle du "beau, de l'apparence et du performant".
Pour le Pr Jacques Waynberg, président de l'Institut de sexologie, la sexualité des personnes handicapées reste en France un véritable tabou: "Lorsque l'Inserm fait un travail comme la récente enquête sur la sexualité des Français, les personnes en situation de handicap ne sont jamais interrogées", déplore-t-il.
S'exprimant lors du premier colloque européen organisé sur la question de l'intimité et de la sexualité des handicapés, il a proposé qu'une véritable enquête sociologique soit menée.
"Il y a une hypocrisie franco-française à parler de ce problème. On adore parler de sexe, mais quand il s'agit de parler de sexualité il n'y a plus personne", estime de son côté Marcel Nuss Président de la CHA.
Côté législatif, la loi française ne prévoit rien, comme le précise l'avocat Karim Felissi qui rappelle que "le cadre législatif ignore la sexualité sauf sous l'aspect répressif".
"Une accompagnatrice sexuelle qui se ferait rémunérer pour ce travail est assimilée, en terme de droit, à une prostituée et une personne qui joue le rôle d'intermédiaire à un proxénète", explique-t-il.
Comme les associations, il réclame une intervention du législateur. "A l'heure actuelle, par exemple le préjudice d'une personne lourdement handicapée par un accident de la route et dont la sexualité est réduite à pas grand chose n'est pas indemnisé de manière spécifique", regrette-t-il.
"Officieusement, les choses se font dans le secret", note toutefois le Pr Waynberg qui explique qu'il s'agit de la décision individuelle des travailleurs sociaux et des responsables d'établissements.
Selon lui, il suffirait pourtant de mettre en place un "statut" qui mettrait à son tour en place une "profession rémunérée, dûment formée", pour régler l'essentiel du problème.
Nina de Vries est une accompagnatrice sexuelle formée et déclarée auprès de l'administration fiscale allemande. Elle a commencé il y a 10 ans en proposant des massages érotiques, sans relation sexuelle, à des handicapés physiques et mentaux. "Je ne me suis jamais considérée comme une prostituée", insiste-t-elle.
Pour elle, la société doit accepter qu'il y a des personnes qui veulent pratiquer ce métier: "Elle doivent le faire parce que des personnes invalides qui ne sont plus fières de leur corps en ont besoin."

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