Le 30 décembre 2025, sur un quai parisien, la vie d'André-Germain Dingome bascule. L'homme d'une quarantaine d'années, malvoyant, chute à la station Denfert-Rochereau. Un accident mortel qui agit comme un électrochoc. « Son accident n'est pas un cas isolé, c'est le symptôme d'un réseau encore largement inadapté », alerte un membre du collectif Handicap Visuel. Chaque année, entre 100 et 150 chutes sur les voies sont recensées sur le réseau francilien d'après le ministère des Transports. Derrière ces chiffres, une réalité brutale : pour de nombreux usagers déficients visuels, prendre le métro ou le RER peut devenir une mise en danger.
« On risque notre vie en prenant les transports »
Absence de bandes d'éveil de vigilance, dispositifs sonores insuffisants, signalétique défaillante… Les manques sont connus et documentés. « C'est inadmissible, encore aujourd'hui, des personnes déficientes visuelles prennent les transports et risquent leur vie », dénonce un usager engagé. Samantha Lefebvre, elle, a frôlé le pire à une gare du Transilien dans le Val d'Oise. « Je me suis avancée au bord du quai… il n'y avait pas de bande d'éveil. Je suis tombée sur la voie. » Un témoignage qui illustre l'importance de ces dispositifs pourtant obligatoires.
Des solutions connues… mais trop lentes
Les associations réclament des mesures concrètes : généralisation des façades de quai, déploiement systématique des bandes podotactiles, amélioration du guidage sonore. Des solutions efficaces, déjà visibles sur certaines lignes automatiques comme les lignes de métro 1, 4 ou 14, où les accidents sont quasi inexistants. Mais côté institutions, le calendrier s'étire. « On est sur du temps long », reconnaît Pierre Deniziot, conseiller régional handicap chez Ile-de-France Mobilités, évoquant des travaux lourds et coûteux, jusqu'à 10 millions d'euros par station. Résultat : une mise aux normes complète qui pourrait attendre 2050, voire 2060.
Accessibilité : une question de sécurité, pas de confort
Pour les personnes concernées, le débat dépasse largement la question du confort. « Quand on parle d'accessibilité, il y a des questions de sécurité. Ce n'est pas pour faire joli », insiste un militant en situation de handicap visuel. En 2026, la colère monte, « surtout après JO ». « Se dire qu'on risque encore notre vie en prenant les transports, c'est grave. »
©Capture écran TikTok Samantha Lefebvre


