L'amour, c'est pas seulement pour les gens normaux (REPORTAGE) par Géraldine SCHWARZ

Résumé : Pendant ses longues années de solitude, Volker avait lu et relu dans la Bible que rien ne vaut l'amour. A 44 ans, cette vérité l'a ébloui quand il a rencontré Monika, grâce à la seule agence matrimoniale pour handicapés mentaux...

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HAMBOURG, 28 jan (AFP) - Pendant ses longues années de solitude, Volker avait lu et relu dans la Bible que rien ne vaut l'amour. A 44 ans, cette vérité l'a ébloui quand il a rencontré Monika, grâce à la seule agence matrimoniale pour handicapés mentaux en Allemagne, l'association non-lucrative "Schatzkiste" ("Boîte aux trésors").

Ce qu'ils partagent, ce qu'ils aiment chez l'autre, Volker et Monika ont du mal à l'exprimer: "Nous....nous....comment c'était déjà Moni?"... "complétons", l'aide-t-elle. "Elle fait bien le ménage", "il m'aide quand il y a des choses que je ne comprends pas à la télévision".

Lui, 47 ans, a perdu beaucoup de sa mémoire après un accident de voiture en 1984. Il était alors marié. Elle, 44 ans, handicapée de naissance, pense que "quelque chose s'est cassé" dans sa tête quand, à trois ans, on l'a abandonnée dans un foyer.

Cette vie impitoyable leur a fait oublier les mots, mais la tendresse, les sentiments ont survécu.
Monika passe ses journées enfermée, à "ranger, nettoyer, faire la cuisine" pendant que Volker travaille comme menuisier dans une usine pour
handicapés.
Le soir, ils regardent la télévision ou des vidéos. Ils ne partent presque jamais en vacances.
"On est tellement bien", soupire-t-il, le regard accroché au sien.
Dans un épais halo de fumée de pipe, elle est assise, un peu recroquevillée car elle a du mal à se tenir droite. Elle a mis de grands anneaux aux oreilles et un pull noir parsemé de touffes d'angora rouge.

Monika a rencontré d'autres hommes: "Que des déceptions, ils m'ont utilisée parce que j'ai un appartement". Avec Volker, dès qu'elle quitte la maison, il faut qu'elle écrive sur un tableau où elle se rend. Sinon, il se fait du mauvais sang.

Au mur, des photos de leur mariage: elle porte un tailleur violet, lui a la barbe grise taillée de près. La mairie, l'église puis la fête dans un restaurant chinois avec quelques amis d'un foyer.
C'était six mois après s'être rencontrés au printemps 2001, grâce à Bernd Zemella, un psychologue et sexologue de la Fondation protestante Alsterdorf à Hambourg (nord), qui aide des malades mentaux et psychiques.
"Quand on est handicapé mental, c'est difficile de faire des rencontres. On n'ose pas sortir dans les discothèques ou les bars, de peur d'être molestés", regrette Bernd. Certains recourent aux petites annonces, mais "les abus" sont faciles avec des gens "si vulnérables".

Il y a quatre ans, ému par la solitude d'un malade, Bernd et une collègue ont eu l'idée de créer une agence de rencontres. Très vite, ils ont rempli cinquante, puis des centaines de fiches, dont trois fois plus d'hommes que de femmes.
Dans son bureau, Bernd accueille des malades de la fondation et d'ailleurs, les interrogent sur leurs goûts, leurs atouts et faiblesses, leur niveau d'handicap... "La plupart sont honnêtes, mais tous cochent la case +je suis très beau+!".
"Les handicapés sont comme nous, sauf qu'il y a certaines choses qu'ils font moins bien que nous. Mais eux aussi ont des rêves d'amour et de mariage".
Souvent marqués d'une fraîcheur rare: pas de pudeur, pas de jeux, pas de mensonge, et une fidélité "supérieure à la normale".
"Souvent, ils n'ont pas d'idée concrète de la vie à deux et tout est à apprendre. Mais en étant en couple, ils ont l'impression d'être un peu plus +normaux+", souligne le psychologue.

Parmi sa liste, Bernd cherche deux personnes susceptibles de s'apprécier et organise une rencontre. "Olaf et Elsa ont tout de suite décidé de se marier", se souvient-il. D'autres se déplaisent immédiatement ou se séparent plus tard.

Les parents ne facilitent pas toujours les choses. "Parfois la maman fait échouer la relation en voulant tout contrôler".
Car une grossesse est vite arrivée depuis que la stérilisation systématique est interdite. D'enfants, Monika n'a pas eu le temps d'en rêver. Elle a été stérilisée dès ses premières règles.
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