Cas Pistorius - Pas de jeux Olympiques pour 'Blade Runner'

14 janvier 2008 • Par

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Par Astolfo CAGNACCI

PARIS, 14 jan 2008 (AFP) -

Ce jeune homme de 21 ans nourrissait le rêve de participer aux Jeux de Pékin (8-24 août). Pas les Paralympiques. Les Olympiques.

Selon les conclusions du rapport du professeur allemand Gert-Peter Brüggemann, les "échasses" en fibre de carbone utilisées par l'athlète de Pretoria, "doivent être considérées comme une aide technique et, de ce fait, sont clairement en désaccord avec la règle 144.2 de l'IAAF".
Or, cette règle interdit "l'utilisation de tout dispositif technique incluant des ressorts, des rouages ou tout autre élément qui confère un avantage à un athlète par rapport à celui qui n'en utilise pas".

Le monde à l'envers en quelque sorte: de défavorisé, le handicapé devient favorisé. Et le cas, déjà sensible émotionnellement puisque touchant au handicap, a quitté le cadre sportif pour entrer dans le domaine sociétal.

Embarras

Aussi l'IAAF s'est-elle donné le temps de la décision, pesant ses mots.
Preuve supplémentaire de l'embarras suscité par cette affaire, malgré l'aval de la science, ce sont finalement les 27 membres du conseil, et non pas le seul président Lamine Diack, qui ont été invités à se prononcer.
Une manière de diluer la responsabilité d'une décision forcément impopulaire, pourrait-on penser. Pas seulement. L'IAAF a reçu vendredi une lettre de Pistorius qui ne laisse aucun doute sur la volonté de l'athlète amputé de contester "par tous les moyens" la décision.

Le service juridique de l'IAAF a donc employé les derniers jours à prévoir les différents cas de figure. Si Pistorius obtenait gain de cause, son exemple ferait jurisprudence et la course "à l'armement" deviendrait incontrôlable.

L'athlète sud-africain, opportunément conseillé, s'est, lui, placé sur un autre plan que les scientifiques mobilisés. Il veut qu'on lui reconnaisse le droit de "courir avec les prothèses, sans lesquelles (il) ne pourrai(t) pas marcher". En quelque sorte, le droit opposable à la course.


"Simplement un homme"


"Où est le problème?", demande Pistorius, amputé sous les deux genoux à 11 mois en raison d'une malformation osseuse congéniale. Dussent-elles lui procurer un avantage, il revendique le droit moral d'utiliser ces lames, fabriquées en Islande au prix de 12.000 euros, qui lui ont valu le surnom de "Blade Runner" (lame en anglais), en référence également au film de Ridley Scott mettant en scène des êtres artificiels.
Il juge en effet que la nature (ou le destin), en le faisant naître ainsi, ne lui a pas laissé le choix des armes.
"Des prothèses de riches?" Il sourit et affirme que son combat est au service de la communauté des handicapés.

"Blade Runner" avait été autorisé à s'aligner dans la course B du 400 m de la réunion de la Golden League d'athlétisme de Rome, le 13 juillet dernier. Et la presse italienne s'était emparée de son histoire.
Est-il un homme bionique, que le sifflement de ses prothèses rebondissant sur le tartan accompagne dans ses chevauchées?

"Simplement un homme", souffle celui dont le record sur 400 m (46.46) se situe à plus de trois secondes de la meilleure marque mondiale sur la distance (43.18).

"Handicapé, pour moi cela signifie qu'il y a quelque chose que je ne peux pas faire. Or, il n'y a rien que je ne puisse faire", explique-t-il.
D'ailleurs, les handicapés, connaissant désormais son avantage, ne le considèrent plus comme un des leurs. Pistorius pourrait aussi se voir fermer l'accès aux jeux Paralympiques.

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