Pour les cancers du sein, colorectal ou du col de l'utérus, les Français « les plus modestes ont moins souvent recours que les plus favorisés » au dépistage, en raison de freins financiers mais aussi liés à l'information et au rapport aux soins, selon une étude publiée jeudi 19 février 2026.
Des programmes nationaux sous-utilisés
En France, hors Mayotte, il existe jusqu'ici des programmes nationaux de dépistage organisé pour ces trois cancers. L'Assurance maladie envoie périodiquement aux personnes éligibles des invitations à faire un examen, intégralement pris en charge.
Spontanément ou sur recommandation médicale, certains Français font aussi de leur côté des dépistages individuels (échographies ou IRM mammaires, tests HPV…).
Cancer colorectal: un écart du simple au double
Pour le cancer colorectal, le recours au dépistage organisé pour les 50-74 ans est deux fois plus fréquent chez les 10% les plus aisés que chez les 10% les plus modestes (31% contre 16%), indique l'analyse du service statistique des ministères sociaux (Drees), qui porte sur la période 2017-2020.
Les femmes y participent davantage que les hommes (28,6% contre 26%).
Cancer du sein: une progression selon le niveau de vie
Pour le cancer du sein, la participation au dépistage, organisé ou individuel, « augmente tout au long de l'échelle de niveau de vie », passant de 42% pour les 10% les plus modestes à 67% pour les 10% les plus aisées, relève la Drees.
Avant 50 ans , âge de démarrage du dépistage organisé, les mammographies et échographies sont également plus fréquentes chez les plus aisées.
Col de l'utérus et vaccination HPV
Pour le dépistage organisé du cancer du col de l'utérus des femmes de 25 à 65 ans, les plus aisées y recourent 1,6 fois plus souvent que les plus modestes.
Quant à la vaccination préventive contre le papillomavirus, les adolescentes du dixième le plus aisé sont 1,8 fois plus nombreuses à avoir un schéma complet à 16 ans que celles du dixième le plus modeste.
Des freins au-delà du coût
Les barrières financières ne sont pas les seules explications aux inégalités de recours, selon les auteurs de l'étude.
Outre des « coûts directs ou anticipés du dépistage et de ses suites (examens complémentaires, reste à charge, transport), même lorsque le dépistage est partiellement pris en charge », ils pointent « des freins liés à l'information et au rapport aux soins: moindre familiarité avec les recommandations, distance sociale aux professionnels, représentations défavorables des examens ou du pronostic ».
Ces entraves peuvent être accrues chez les personnes en situation de handicap ou avec des troubles psychiques. « Des actions complémentaires restent nécessaires pour toucher les populations les moins disposées à la prévention », conclut l'étude.

