Assistance sexuelle : le statu quo du gouvernement

Le plan sur la vie affective et sexuelle des personnes handicapées ne crée pas de statut pour les assistants sexuels. Un choix assumé par l'exécutif, qui relance un débat ancien entre associations, abolitionnistes et représentants du handicap.

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Par Marine PENNETIER

Le plan du gouvernement sur la vie sexuelle et affective des personnes en situation de handicap présenté mercredi 18 février 2026 ne prévoit pas de reconnaissance de statut pour les assistants sexuels, une question qui continue de faire débat en France.

Un sujet « extrêmement clivant »

« C'est un sujet qui est extrêmement clivant que je n'ai pas souhaité ouvrir », a déclaré à l'AFP la ministre déléguée chargée du Handicap Charlotte Parmentier-Lecocq en présentant un « plan d'action » sur la vie sexuelle et affective des personnes en situation de handicap. Autorisée en Belgique, en Suisse ou encore aux Pays-Bas, l'assistance sexuelle est interdite sur le sol français où elle est assimilée à de la prostitution - et la mise en relation à du proxénétisme - mais est largement tolérée dans les faits. « La situation actuelle est totalement hypocrite », estime auprès de l'AFP Fabrice Flageul, de l'association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (Appas) qui milite depuis des années pour la reconnaissance du statut d'assistants sexuels. « On se heurte à un mur, or il faut prendre conscience que derrière ce sont des milliers de personnes en situation de handicap qui sont dans un désarroi affectivo-sexuel total », ajoute-t-il. Le débat sur les aidants sexuels, qui oppose certaines associations de personnes handicapées à des mouvements abolitionnistes et féministes, ne date pas d'hier.

Un débat ancien et des positions nuancées

En 2011, une proposition de loi UMP (ex-LR) avait été déposée pour rendre possible le recours à des assistants sexuels , une perspective à laquelle s'était « opposée rigoureusement » la ministre de la Solidarité de l'époque Roselyne Bachelot. Neuf ans plus tard, en 2020, Sophie Cluzel, alors secrétaire d'Etat au Handicap, rouvrait le débat en saisissant le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) à ce sujet. « Force est de constater que certains de nos concitoyens, parce qu'ils sont en situation de handicap, en sont privés, pour certains à vie. Sans aucune solution adaptée, ils sont condamnés à vivre dans une abstinence non choisie », soulignait-elle. En 2021, le CCNE, qui avait émis un premier avis réservé en 2012 au nom de la non-marchandisation du corps, a adopté une position plus nuancée sur la question. Jugeant le sujet « éminemment complexe » et touchant « au respect de la dignité et de la considération de la personne dans toute son humanité », il a estimé que « la recherche d'une solution (possiblement de type expérimental) » ne soulevait « pas de questions éthiques en soi » mais « nécessiterait de modifier » la loi sur la prostitution de 2016.

Un statu quo assumé

Depuis, Emmanuel Macron a bien affirmé en 2023 qu'« avoir une vie comme tout le monde », c'était « aussi avoir une vie affective » et que la question de la sexualité des personnes handicapées n'était « pas un tabou » mais « un enjeu de bien-être, de santé ». Mais l'expérimentation suggérée par le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH) est restée lettre morte et aucune évolution n'est à prévoir à court terme.

« Rester à cadre légal »

« On reste à cadre légal constant donc il n'y a pas de création d'un statut pour les assistants sexuels », a indiqué mercredi 18 février 2026 l'entourage de Charlotte Parmentier-Lecocq. Un statu quo dont se félicite le mouvement du Nid, qui milite de longue date pour l'abolition de la prostitution. « C'est important que le gouvernement tienne là-dessus », insiste Claire Quidet qui « juge incroyable qu'on soit encore en train de débattre de ça dans une ère post #meetoo ». À l'inverse, Julia Tabath, vice-présidente du CNCPH, déplore une « occasion manquée » et regrette que l'exécutif n'ait pas donné son feu vert à une « expérimentation sur l'assistance sexuelle ». « Même si la loi n'évolue pas, rien ne nous empêchera de continuer », prévient pour sa part Fabrice Flageul dont l'association compte une trentaine d'accompagnants sexuels. « On a des demandes tous les jours, il y a un vrai besoin et on continuera de répondre à ce besoin ».

© Kaspars Grinvalds / Canva Pro

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