Témoignage: au coeur de la manifestation du 29 mars dernier

9 avril 2008 • Par Laetitia Rebord

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Je me suis levée à 4 heures du matin pour être dans le train à Chambéry à 7h30. TGV provenant d'Annecy affrété spécialement pour la manifestation avec arrêt à Bourg-en-Bresse pour prendre encore du monde.

Nous sommes arrivés à Paris Gare de Lyon à 11 h 15 et nous avons pris des bus adaptés pour rejoindre le lieu de la manifestation. Au départ nous devions partir de la place de la République pour aller à la place de l'Opéra. Finalement, nous devions être absolument en tête du cortège pour être les premiers à repartir direction la gare puisque notre train était apparemment le premier. Nous sommes donc arrivés directement à la place de l'Opéra et nous avons rejoint le cortège pour revenir ensuite.

Une envie pressante d'aller rejoindre tout ce monde pour crier notre existence. Un sentiment de réconfort en voyant toutes ces personnes qui s'étaient mobilisées. Nous avons donc fait beaucoup de bruit même si en effet certains ne faisaient que marcher sans crier, d'autres compensaient.

Un grand regret tout de même. Arrivés à la place de l'Opéra, nous avons en quelque sorte été éjectés et poussés à partir immédiatement vers la gare pour le retour. Nous n'avons même pas eu le temps d'écouter les discours de certaines personnes sur le podium d'arrivée.

Le prétexte était qu'il fallait évacuer le grand nombre de personnes handicapées à ramener vers les gares avec un nombre de bus limité.
Alors nous sommes repartis avec un chauffeur bien sympathique qui nous a permis de passer par le Louvre et d'apercevoir Notre-Dame de Paris ainsi que la tour Eiffel. Pour nous pauvres provinciaux, c'était le nirvana ! !!!

Pris dans les bouchons de la capitale, nous y sommes allés sur la vision que nous avions des Parisiens. Et à notre grande surprise, c'est le chauffeur le premier à nous avoir dit que les véritables parisiens étaient exécrables, très individualistes et ne souriaient jamais. Il était né en banlieue et disait que le comportement était totalement différent.

Nous sommes arrivés à la gare à 16 h et notre train repartait à 18 heures 24. Voyez notre mécontentement de devoir attendre tout ce temps au lieu d'écouter ce qui se disait sur la place. Bon ok, il fallait être sur le quai à 17 h 30 précises pour le temps de l'embarquement des différents fauteuils électriques avec seulement 2 plates-formes élévatrices que les agents devaient pomper pour faire monter. Mais quand même !

Enfin, après une franche rigolade dans le train avec beaucoup de personnes que nous ne connaissions pas, nous sommes arrivés à Chambéry à 21 h 40 et je me suis couchée ou plutôt endormie à 1 h du matin, nouvelle heure.

Si cela servira, je ne sais pas, mais un tel rassemblement est déjà notre première victoire. Malheureusement, les journaux ont relayé l'information seulement le jour même. À cette heure-ci, tout le monde aura déjà oublié.

Heureusement, les pétitions ont été reléguées au Parlement. Il valait mieux parler de la présence de Sarkozy au match PSG-Lens avec des supporters proclamant des propos haineux !

D'ailleurs, à ce propos, je pense qu'il aurait mieux fallu organiser des manifestations un peu partout en France dans les grandes villes pour une meilleure visibilité par la population.

Ce que je retiendrai : le sourire de satisfaction de certaines personnes souffrant réellement dans leur propre chair et qui sont venues malgré tout.

Le meilleur slogan : « si ça continue, on va finir dans un Sarko- phage ! » Le slogan de mon groupe : « Sarkozy, t'es foutu, les handicapés sont dans la rue ! » .
Il est vrai que les autres slogans n'étaient pas très recherchés, particulièrement le principal : « ni pauvre, ni soumis » que je trouve vraiment limite. Enfin, ce n'est pas moi qui décide !

Apparemment, certaines personnes pensent qu'il n'est pas normal de réclamer de l'argent si l'on a une activité salariale même en étant handicapé. Je tiens à dire qu'ils ont en partie raison mais que malheureusement certaines personnes qui n'ont pas pu faire de grosses études en raison d'établissements inadaptés ou en raison de leur âge, vu ce qu'il y avait avant, n'ont pas d'autre choix que de vivre avec cette fameuse AAH qui est loin d'être assez suffisante.

C'est pour cela entre autres que je me suis déplacée à cette manifestation.
Mais je crois principalement que j'y suis allée pour montrer que j'existais pleinement. Et honnêtement, ça fait beaucoup de bien de crier son existence quand notre société a tendance à nous faire taire pour question de conformité.

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